mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202770 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | JOUTEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mai 2022, complétée par des pièces enregistrées le 8 juin 2022, Mme C A N'Dri, représentée par Me Jouteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a, d'une part, refusé d'abroger l'arrêté du 18 juin 2019 l'obligeant à quitter le territoire français et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant deux ans et, d'autre part, refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'annuler la décision par laquelle elle a implicitement rejeté son recours gracieux du 15 décembre 2021 ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 80 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer dans le même délai et sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- la préfète de la Gironde n'a pas réalisé un examen complet de sa situation ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions du 1er alinéa de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.
Par une ordonnance du 18 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 19 septembre 2022.
Mme A N'Dri a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 11 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A N'Dri, ressortissante ivoirienne, est entrée sur le territoire français le 5 avril 2013. Elle a obtenu plusieurs de titres de séjour en tant que parent d'un enfant français du 29 août 2014 au 24 février 2019. Par un arrêté du 18 juin 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement rendu le 18 décembre, la préfète de la Gironde a refusé de lui renouveler son titre, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de deux ans. Le 7 septembre 2021, Mme A N'Dri a, d'une part, sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, demandé à la préfète d'abroger la décision portant interdiction de retour sur le territoire français du 18 juin 2019. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision de la préfète de la Gironde du 21 octobre 2021, rejetant ses différentes demandes.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
2. Aux termes de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé du caractère exécutoire de cette décision et de ce que la durée pendant laquelle il lui est interdit de revenir sur le territoire commence à courir à la date à laquelle il satisfait à son obligation de quitter le territoire français. / Il est également informé des conditions d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionnées à l'article R. 711-1, ainsi que des conditions dans lesquelles il peut justifier de sa sortie du territoire français conformément aux dispositions de l'article R. 711-2 ". Aux termes de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. () ". En application de ces dispositions, un étranger n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision refusant d'abroger une interdiction de retour sur le territoire français s'il ne justifie pas résider hors de France à la date où il saisit le juge administratif.
3. En l'espèce, Mme A N'Dri ne justifie pas avoir quitté le territoire français à la date de l'enregistrement de sa requête au greffe du tribunal. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 octobre 2021 en tant que la préfète de la Gironde a refusé d'abroger l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux prononcée à son encontre le 18 décembre 2019 doivent être rejetées.
Sur le refus de séjour et la mesure d'éloignement :
4. S'il appartient au législateur, sous réserve des conventions internationales, de déterminer les conditions dans lesquelles les étrangers sont autorisés à séjourner sur le territoire national, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissant la délivrance des titres de séjour n'imposent pas au préfet, sauf disposition spéciale contraire, de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui ne remplit pas les conditions auxquelles est subordonné le droit d'obtenir ce titre. Notamment, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions de ce code, le préfet peut exercer le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant le titre qu'il demande ou un autre titre, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, dont il justifierait.
5. Il n'est pas contesté que Mme A N'Dri s'est maintenue sur le territoire en dépit d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Bordeaux le 18 décembre 2019. Toutefois, la préfète de la Gironde, saisie le 7 septembre 2021 d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressée, avait la faculté, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, de lui délivrer un titre de séjour en tenant compte de l'ensemble de sa situation personnelle et professionnelle. Dans ces conditions, en se bornant à rejeter la demande de titre de séjour de Mme A N'Dri au seul motif qu'elle faisait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire, sans examiner l'opportunité de la mesure de régularisation sollicitée, la préfète a entaché sa décision d'un défaut d'examen particulier de la situation de la requérante.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête de Mme A N'Dri, que la décision du 21 octobre 2021 doit être annulée en tant que la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, la décision rejetant sa demande d'abrogation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, et la décision portant rejet implicite du recours gracieux formé le 15 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Le présent jugement implique seulement que la préfète de la Gironde réexamine la demande de titre de séjour présentée par Mme A N'Dri dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à venir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Mme A N'Dri a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jouteau, avocate de Mme A N'Dri renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jouteau de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 21 octobre 2021 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A N'Dri, la décision refusant d'abroger la mesure d'éloignement prononcée le 18 juin 2019 et la décision par laquelle elle a implicitement rejeté son recours gracieux sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer la demande de Mme A N'Dri dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à Me Jouteau avocate de Mme A N'Dri en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A N'Dri est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A N'Dri, à la préfète de la Gironde et à Me Jouteau.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseiller.
M. Frézet, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le rapporteur,
L. BLe président,
L. POUGET
La greffière,
M-A PRADAL
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026