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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202772

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202772

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBALDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mai 2022 et 25 juillet 2022, Mme D E, représentée par Me Sory Baldé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son signataire disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision méconnaît les articles L. 425-9, L. 423-11 et L. 435-1 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au vu de son état de santé et de sa prise en charge matérielle et financière par ses enfants français.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Zuccarello, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E, ressortissante congolaise, est née le 28 mai 1957 à Kayes (Congo-Brazzaville). La requérante est entrée régulièrement en France le 22 juillet 2018 sous couvert d'un visa court séjour valable jusqu'au 25 décembre 2018. Mme E a sollicité un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dont la délivrance lui a été refusée par un arrêté du 28 août 2019 de la préfète de la Gironde. Saisi d'un recours contre la décision préfectorale, le tribunal administratif de Bordeaux et la cour administrative d'appel de Bordeaux ont rejeté sa requête respectivement les 15 juillet 2020 et 8 décembre 2020. Le 12 octobre 2021, Mme E a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 425-9, L. 435-1 et L. 423-11 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mars 2022, la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a enjoint de quitter le territoire dans le délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Mme E demande l'annulation de cette décision du 14 mars 2022.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible à tous, que M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, bénéficiait, par arrêté du 11 février 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-028 du même jour, d'une délégation lui permettant de signer l'ensemble des décisions que comporte l'arrêté en litige au nom de la préfète de la Gironde. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de faits susceptible de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie de la délivrance d'un titre de séjour se détermine au vue de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-11 du code précité : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour ".

5. En ce qui concerne la demande de Mme E en qualité de parent à charge d'un français, il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France sous couvert d'un visa court séjour, valable jusqu'au 25 décembre 2018, et s'y est maintenue irrégulièrement en dépit du refus de titre de séjour, opposé par la préfète de la Gironde le 28 août 2019, dont la légalité a été confirmée en dernier lieu par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 8 décembre 2020. La délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans au titre des dispositions de l'article précité étant subordonnée à la possession d'un visa long séjour et d'une régularité de séjour, la requérante ne saurait se prévaloir de ces dispositions. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En ce qui concerne la demande de Mme E au titre des considérations humanitaires et ou des motifs exceptionnels, il ressort des pièces du dossier, que la requérante ne démontre pas être isolée ou sans ressources dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu durant soixante-et-un ans. Elle ne démontre pas non plus une présence exclusive de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors que deux de ses enfants résident au Sénégal. Enfin, la décision contestée ne prive pas la requérante de la possibilité de maintenir des liens avec les membres de sa famille en France, tels que ceux préexistants à son arrivée, notamment par l'obtention de visas de court séjour. Ainsi, eu égard à l'absence de considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de la Gironde n'a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme E à mener une vie privée et familiale sur le territoire national au regard des buts poursuivis par la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. En ce qui concerne la demande de Mme E de titre de séjour en qualité d'étranger malade, il ressort des pièces du dossier que par un avis du 6 janvier 2022, le collège de médecins de l'OFII a conclu que si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner de conséquence d'une exceptionnelle gravité. Pour contester le refus de titre de séjour pris par la préfète sur le fondement de cet avis, Mme E verse au dossier une IRM du rachis lombaire du 24 août 2018 faisant état d'une discopathie dégénérative avec protrusion discale et canal lombaire rétréci et de deux certificats médicaux du Dr B, des 12 février 2020 et 23 septembre 2021, prescrivant des séances de rééducation. Toutefois, ces pièces, qui se bornent à faire état d'une incapacité motrice partielle et de la nécessité d'un suivi régulier, ne sont pas de nature, à elles seules, à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII et l'appréciation de la préfète de la Gironde. Mme E ne peut utilement se prévaloir de la circonstance qu'elle n'aura pas accès à des soins au Congo-Brazzaville, dès lors que la préfète de la Gironde, se fondant sur l'avis du collège des médecins de l'OFII, a estimé que son défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme E ne saurait se prévaloir par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

9. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués précédemment, l'obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Zuccarello, présidente,

Mme de Paz, première conseillère,

Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

F. ZUCCARELLO

L'assesseure la plus ancienne,

D. DE PAZ

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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