jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202777 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | JOUTEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 19 mai et 27 juillet 2022, Mme A B veuve D, représentée par Me Jouteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de la préfète de la Gironde portant refus de sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée dès lors que sa demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet, présentée le 24 février 2022 en application de l'article L.232-4 du code des relations entre le public et l'administration, est restée sans réponse ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle a fui le Maroc et sa condition d'esclave en 2013, et a été hébergée chez sa sœur, à compter de 2014 ; elle a résidé avec son conjoint dès 2015, se sont mariés le 23 juillet 2016, et ce dernier, décédé le 30 décembre 2020, est désormais enterré en Gironde ; elle justifie de liens forts en France notamment avec les membres de sa famille présents sur le territoire, les enfants de son époux, et atteste également de deux promesses d'embauche ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, pour les mêmes motifs.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
Par une ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 octobre 2022.
Par une décision du 21 mars 2022, la requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les observations Me Jouteau, représentant Mme D, présente,
- le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, veuve D, ressortissante marocaine née le 21 septembre 1970, est entrée en France en 2013. Elle a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 12 décembre 2018. Le 21 avril 2021 elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L.423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B, veuve D demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par un arrêté du 29 avril 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur le cadre du litige :
2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".
3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
4. L'arrêté du 29 avril 2022, par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, s'est substitué à la décision implicite de rejet né à l'expiration du délai de quatre mois suivant cette demande. Les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite et les moyens développés à son soutien doivent être regardés comme dirigés contre la décision du 29 avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 29 avril 2022 :
5. Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B veuve D réside sur le territoire français depuis 2013, soit depuis près de neuf ans à la date de l'arrêté attaqué. Elle justifie, par les pièces produites, s'être mariée avec un ressortissant français le 23 juillet 2016 et de la réalité de leur communauté de vie. Ce dernier est toutefois décédé le 30 décembre 2020 des suites d'une maladie. Mme B veuve D produit de nombreuses attestations des membres de la famille de son époux, notamment de ses enfants et de la mère de ces derniers, ainsi que de proches, faisant état de ce que d'une part, elle a accompagné activement son époux malade durant plusieurs années et ce jusqu'à son décès, et d'autre part, elle est un membre à part entière de leur famille, y compris depuis le décès de son époux. S'il est constant qu'elle a fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français le 12 décembre 2018, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a pas quitté le territoire français en raison de l'état de santé dégradé de son époux, et dès lors que sa présence à ses côtés était indispensable, comme en attestent les pièces médicales produites. Par ailleurs, la requérante atteste de la présence en France, en situation régulière, de trois de ses frère et sœurs et établit de la réalité des liens, anciens et stables, qu'elle entretien avec eux. Dans ces circonstances particulières, et alors que Mme B veuve D a vécu la majeure partie de sa vie au Maroc et que certains membres de sa famille y résident encore, la décision contestée du 29 avril 2022 porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, en méconnaissance des dispositions et stipulations précitées.
7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 29 avril 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de délivrer à Mme B veuve D un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination, doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard aux motifs d'annulation énoncés au point 6, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B veuve D un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme B veuve D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jouteau, avocate de Mme B veuve D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jouteau de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 29 avril 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de délivrer à Mme B veuve D un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B veuve D un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Jouteau une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Jouteau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B veuve D, à Me Christelle Jouteau et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
La rapporteure
A. C
La présidente
F. MUNOZ- PAUZIÈS La greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026