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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2202795

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2202795

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2202795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBABOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, M. A B, représenté par Me Babou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux née du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande reçue le 21 janvier 2022, tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2021 par laquelle la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il a adressé le 19 janvier 2022 un recours gracieux contre la décision du 20 novembre 2021 auquel il n'a pas été répondu ;

- la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de la Gironde à son recours gracieux n'est pas motivée ;

- en refusant de communiquer les motifs de sa décision implicite de rejet, la préfète n'établit pas avoir réalisé un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- la décision implicite est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation dès lors qu'il a rencontré son épouse en juin 2020, qu'ils se sont installés ensemble en novembre 2020, qu'ils se sont mariés le 25 septembre 2021, et que l'interpellation de M. B par les forces de police ainsi que son placement sous contrôle judiciaire fait suite à une dispute conjugale ;

- cette décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, les décisions du 20 novembre 2021 étant devenues définitives, et en l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, le rejet de son recours gracieux constituant une simple décision confirmative ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme de Gélas a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 2 février 2001, déclare être entré en France au cours de l'année 2018. Par arrêté du 27 mars 2019, le préfet de l'Hérault lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois. Par arrêté en date du 20 novembre 2021, la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans. M. B, a, par l'intermédiaire de son conseil, adressé à la préfète de la Gironde un recours gracieux qui a été reçu en préfecture le 21 janvier 2022. Par arrêté du 29 juin 2023, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 25 septembre 2023, le préfet de la Gironde l'a, de nouveau, obligé à quitter le territoire français et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de trois ans. Dans le cadre de la présente instance, M. B demande l'annulation de la décision née du silence gardé par la préfète de la Gironde sur son recours gracieux reçu le 21 janvier 2022.

2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. () ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ". Aux termes du II de l'article R. 776-5 du même code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. () ". Et aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 20 novembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans, qui mentionnait les voies et délais de recours, a été notifié à M. B le jour même à 17h30 par voie administrative. A défaut de recours contentieux exercé dans le délai de quarante-huit heures à compter de la date de sa notification, cet arrêté est devenu définitif. Il s'en suit que le recours gracieux de M. B contre cet arrêté, dont la préfète soutient qu'il se borne à faire état de son mariage avec une ressortissante française, information déjà portée à sa connaissance et qui constitue l'un des motifs de cet arrêté, reçu en préfecture le 21 janvier 2022, n'a pu avoir pour effet de rouvrir le délai de recours contentieux, lequel au demeurant ne pouvait être prorogé en application des dispositions précitées de l'article R. 776-5 du code de justice administrative. Dans ces conditions, la décision implicite de rejet du recours gracieux née le 21 mars 2022 est purement confirmative de l'arrêté du 20 novembre 2021 et est, à ce titre, insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête sont irrecevables, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au prononcé d'une injonction assortie d'une astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

Mme de Gélas, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

La rapporteure,

C. DE GÉLASLa présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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