jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2202824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | PRAXIOME BORDEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces enregistrés les 20 mai, 28 septembre, 3 novembre, 13 décembre 2022 et 3 mars 2023, Mme E C, représentée par Me Bach, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle lui a infligé une exclusion temporaire de fonction pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Antoine-Sur-l'Isle de la réintégrer à son poste ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas précisés et que la référence à un avis ou à un document est insuffisante ;
- la procédure de sanction à l'encontre d'un agent public est entourée de plusieurs garanties nécessaires à l'exercice de ses droits de la défense, prévues par les articles 4 à 6 du décret du 18 septembre 1989 et par l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique ; la commune n'établit pas qu'elle a fait l'objet d'une convocation devant le conseil de discipline quinze jours avant la séance et alors que la séance a été décalée trois fois ; la commune ne produit pas les courriers de convocation alors qu'en tant qu'autorité investie du pouvoir hiérarchique, c'est à elle de justifier du bon déroulement de l'ensemble de la procédure disciplinaire, sous peine de priver son agent d'une garantie ;
- les constatations du jugement rendu le 29 juin 2021 par le tribunal administratif ne sont pas revêtues de l'autorité de la chose jugée ; l'objet des deux instances diffère, ainsi que la cause juridique, le jugement du 29 juin 2021 étant relatif à une demande indemnitaire alors que la présente requête tend à l'annulation de la sanction disciplinaire ; il n'y a aucune identité de moyens entre les deux instances ;
- la décision contestée est entachée d'une violation de la loi dès lors que l'action disciplinaire est prescrite en application de l'article L. 532-2 du code général de la fonction publique ; son accident du 27 avril 2017 a été reconnu imputable au service le 19 septembre 2017 et le maire a été informé de la prétendue fraude le 31 octobre 2017 ; or l'action disciplinaire n'a été engagée que le 12 octobre 2021, soit au-delà du délai de trois ans et l'intervention d'un rappel à la loi n'est pas interruptive de prescription pour ne pas être prévue dans la liste établie par l'article L. 532-2 du code général de la fonction publique ;
- dès lors qu'elle a été victime d'agissements répétés de harcèlement de la part du maire de la commune, elle ne peut se voir infliger une sanction disciplinaire, conformément à l'article L. 131-12 du code général de la fonction publique ; le maire a refusé de lui fournir un poste aménagé à son état de santé et de lui verser une bonification indiciaire pourtant due et elle a porté plainte pour ces faits et les a signalés au procureur de la République ; la décision contestée n'a pour but que de la sanctionner pour avoir dénoncé les agissements dont elle a été victime ; le jugement du tribunal administratif n'établit pas que les faits qu'elle a dénoncés ne peuvent recevoir la qualification de harcèlement moral et la plainte qu'elle a déposée, à l'encontre du maire de la commune, est en cours d'instruction ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
* elle n'a pas systématiquement refusé d'adresser à son employeur les volets des certificats médicaux justifiant de ses arrêts de travail consécutifs et postérieurs à l'accident, mais les a en réalité adressés à la CPAM de la Gironde ;
* elle a bien été victime d'une entorse grave de la cheville le 27 avril 2017 en descendant de la tondeuse autoportée, qui a nécessité son transport aux urgences et plusieurs opérations chirurgicales ; si l'accident était intervenu la veille, elle n'aurait pas pu prendre son service le matin ;
* les témoignages opposés par la commune en défense sont faux ; son ex conjoint, M. A, n'a témoigné que dans l'objectif de lui nuire, et a d'ailleurs été condamné à 36 mois de prison pour violence à son encontre ; le témoignage de Mme D a été mal interprété ; M. B, adjoint au maire, n'a rien constaté et se borne à rapporter des propos qui n'ont jamais été tenus ;
* la plainte du maire a été classée sans suite pour " infraction insuffisamment caractérisée " le 8 avril 2020 et un simple rappel à la loi n'est pas une sanction pénale ;
* ce n'est pas parce qu'elle a tardivement contesté l'arrêté de retrait de la décision de reconnaissance de l'imputabilité au service, qu'elle a admis avoir agi par fraude ;
* les jugements de rejet n'ont pas d'autorité de chose jugée ;
- les faits reprochés à son encontre ne sont pas fautifs dès lors qu'elle n'a fait qu'exercer ses droits, en application des articles L. 822-18 et -21 du code général de la fonction publique ; elle a été victime d'un accident dans le cadre de l'exercice de ses fonctions, la commission de réforme a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident et par un arrêté du 19 septembre 2019 le maire de la commune a reconnu l'imputabilité au service ;
- la décision est disproportionnée dès lors qu'elle n'a fait qu'exercer légitimement ses droits ; outre les séquelles financières, les séquelles psychologiques dues au ressenti légitime d'injustice et à la perte de lien social sont indéniables ; le conseil de discipline a reconnu le caractère particulièrement sévère et pénalisant de cette sanction dans son avis.
Par des mémoires en défense enregistrés les 22 août et 14 novembre 2022 et 16 janvier 2023, la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle, représenté par Me Meillon, conclut, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
Par une ordonnance du 6 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu au 6 avril 2023.
Un mémoire en défense a été enregistré pour la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle le 18 avril 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahitte, rapporteure,
- les conclusions de M. Naud, rapporteur public,
- les observations de Me Rouget, représentant Mme C,
- et celles de Me Meillon, représentant la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle.
Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme C le 16 mai 2023 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C, adjointe technique territoriale, titulaire depuis le 6 janvier 2013, exerçait des fonctions d'agent polyvalent (entretien des locaux, surveillance des enfants à la cantine, espaces verts et services administratifs), au sein de la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle. Par un arrêté du 19 septembre 2017, le maire de la commune a reconnu l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 27 avril 2017, lui occasionnant une entorse de la cheville. Par un nouvel arrêté du 11 février 2021, le maire de la commune a finalement retiré, en toutes ses dispositions, l'arrêté du 19 septembre 2017. Par un courrier du 12 octobre 2021, Mme C a été informée de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre pour " manœuvres frauduleuses pour obtenir le bénéfice de la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 27 avril 2017 ". Un entretien préalable s'est tenu le 26 octobre 2021. Mme C a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 29 octobre 2021. Le conseil de discipline a émis un avis le 14 mars 2022. Par un arrêté du 5 mai 2022, le maire de la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle lui a infligé, à titre de sanction disciplinaire, une exclusion temporaire de fonction d'une durée de deux ans. Par une ordonnance n° 2202825 du 14 juin 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa requête tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 5 mai 2022. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 5 mai 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut présenter devant le conseil de discipline des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix ".
3. D'une part, le respect du délai de quinze jours s'impose, y compris lorsque, en raison du report de la date de la réunion du conseil de discipline, l'administration convoque de nouveau cette formation consultative afin, notamment, que l'intéressé puisse faire appel au défenseur de son choix.
4. D'autre part, le délai de quinze jours mentionné par ces dispositions constitue pour l'agent concerné une garantie visant à lui permettre de préparer utilement sa défense. Par suite, la méconnaissance de ce délai a pour effet de vicier la consultation du conseil de discipline, sauf s'il est établi que l'agent a été informé de la date du conseil de discipline au moins quinze jours à l'avance par d'autres voies.
5. Il ressort des pièces du dossier que la séance du conseil de discipline, saisi afin d'émettre un avis sur la sanction disciplinaire envisagée à l'encontre de Mme C, devait initialement se tenir le 10 janvier 2022, mais a dû être reportée, aux termes du mémoire en défense, à la demande du conseil de Mme C. Le conseil de discipline, qui s'est de nouveau réuni le 14 février 2022, n'a pu valablement délibérer faute de quorum. Enfin, la séance du conseil de discipline a finalement pu se tenir le 14 mars 2022.
6. Alors que Mme C soutient qu'elle n'a pas été convoquée quinze jours au moins avant la date de la réunion du conseil de discipline, la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle n'établit pas la régularité de la convocation de Mme C, en se bornant à produire les convocations adressées au maire de la commune et à soutenir que Mme C était présente à la séance du conseil de discipline sans qu'elle n'ait fait état d'une quelconque difficulté à ce titre. La commune n'établit pas davantage que l'intéressée aurait été informée de la date du conseil de discipline, au moins quinze jours à l'avance par d'autres voies. Par suite, Mme C est fondée à soutenir que la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière au regard des dispositions précédemment citées et alors que ce délai de quinze jours constitue une garantie.
7. Il résulte de ce qui précède sans qu'il soit besoin de se prononcer expressément sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle a infligé à Mme C, une exclusion temporaire de fonction pour une durée de deux ans, doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle a infligé à Mme C une exclusion temporaire de fonction pour une durée de deux ans, est annulé.
Article 2 : La commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle versera une somme de 1 200 euros à Mme C au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et à la commune de Saint-Antoine-sur-l'Isle
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.
La rapporteure
A. LAHITTE
La présidente
F. MUNOZ-PAUZIÈS
La greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026