mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203008 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BROCHETON AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mai 2022 et le 9 octobre 2023, le syndicat départemental S.U.D. Santé-Sociaux de la Gironde, représenté par Me Noël, demande au tribunal :
1°) d'annuler la note de service du 9 février 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Libourne a précisé les modalités d'organisation de l'exercice du droit de grève permettant d'assurer la continuité du service ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Libourne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la note de service contestée est impérative, elle ajoute à la loi et restreint le droit de grève des agents ; la circonstance qu'aucune conséquence ne soit attachée à une absence de déclaration de l'intention de se porter gréviste n'empêche pas les incidences de ce mécanisme sur le droit de grève des agents qui se retrouveront alors contraints de travailler s'ils ne se sont pas déclarés préalablement ; elle est donc susceptible de recours ;
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est disproportionnée car elle ajoute aux obligations légales découlant de l'article L. 2512-2 du code du travail en imposant aux agents de déclarer au moins 48 heures avant le début du mouvement de grève leur intention d'y participer ; l'administration ne justifie pas de son impossibilité d'assurer la continuité du service sans imposer ces délais aux agents ; de plus, la note de service vise toutes les catégories d'agents sans distinguer ceux dont la présence est indispensable à la continuité du service public.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 20 juillet et le 8 décembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier général de Libourne, représenté par Me Brocheton, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du syndicat requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir :
- à titre principal, que la requête est irrecevable en raison du défaut de caractère décisoire de la note de service du 9 février 2022 ;
- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par le syndicat requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 10 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 11 décembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourdarie,
- les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Deyris, représentant le syndicat départemental S. U. D. Santé-Sociaux de la Gironde.
Considérant ce qui suit :
1. Le directeur du centre hospitalier général de Libourne a, par une note du 9 février 2022, organisé l'exercice du droit de grève permettant d'assurer la continuité du service. Le syndicat départemental S. U. D. Santé-Sociaux de la Gironde demande l'annulation de cette note.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Les documents de portée générale émanant d'autorités publiques, matérialisés ou non, tels que les circulaires, instructions, recommandations, notes, présentations ou interprétations du droit positif peuvent être déférés au juge de l'excès de pouvoir lorsqu'ils sont susceptibles d'avoir des effets notables sur les droits ou la situation d'autres personnes que les agents chargés, le cas échéant, de les mettre en œuvre. Ont notamment de tels effets ceux de ces documents qui ont un caractère impératif ou présentent le caractère de lignes directrices.
3. Par note de service du 9 février 2022, le directeur du centre hospitalier général de Libourne a demandé aux agents de déclarer leur intention de participer à un mouvement de grève à leur supérieur hiérarchique dans un délai de 48 heures avant le début de leur participation effective au mouvement de grève, délai porté à 72 heures en cas de jour férié ou week-end précédant le premier jour de grève. Si le centre hospitalier fait valoir que les agents sont seulement invités à se déclarer avant le début du mouvement de grève, il n'en demeure pas moins qu'eu égard aux effets de cette organisation sur les agents, ceux ne s'étant pas déclarés dans les délais étant appelés prioritairement pour assurer la continuité du service, la note de service du 9 février 2022 est susceptible d'avoir des effets notables sur les droits ou la situation de ces derniers. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.
Sur la légalité de la note du 9 février 2022 :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'en dépit de l'apposition manuscrite de deux lettres pouvant correspondre aux initiales du directeur des ressources humaines avant le nom du signataire, la note de service a été effectivement signée par Christian Soubie, en sa qualité de directeur du centre hospitalier.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 10 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, portant droits et obligations des fonctionnaires, ceux-ci " exercent le droit de grève dans le cadre des lois qui le réglementent ". En l'absence d'une telle réglementation, il revient aux chefs de services, responsables du bon fonctionnement des services placés sous leur autorité, de fixer eux-mêmes, sous le contrôle du juge, en ce qui concerne ces services, la nature et l'étendue des limitations à apporter au droit de grève en vue d'en éviter un usage abusif ou contraire aux nécessités de l'ordre public ou aux besoins essentiels de la Nation.
6. D'autre part, en vertu de l'article L. 2512-1 du code du travail, l'article L. 2512-2 de ce code s'applique aux personnels des établissements publics chargés de la gestion d'un service public. Aux termes de ce dernier article : " Lorsque les personnels mentionnés à l'article L. 2512-1 exercent le droit de grève, la cessation concertée du travail est précédée d'un préavis. / Le préavis émane d'une organisation syndicale représentative au niveau national, dans la catégorie professionnelle ou dans l'entreprise, l'organisme ou le service intéressé. / Il précise les motifs du recours à la grève. / Le préavis doit parvenir cinq jours francs avant le déclenchement de la grève à l'autorité hiérarchique ou à la direction de l'établissement, de l'entreprise ou de l'organisme intéressé. Il mentionne le champ géographique et l'heure du début ainsi que la durée limitée ou non, de la grève envisagée. / Pendant la durée du préavis, les parties intéressées sont tenues de négocier ".
7. Si le droit de grève a le caractère d'une liberté fondamentale, la note de service du 9 février 2022 prise par le directeur du centre hospitalier général de Libourne n'a ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à l'exercice de ce droit par les agents qui le souhaiteraient, mais tend seulement à définir des modalités d'information permettant à l'administration de prévoir le remplacement des agents grévistes en faisant appel d'abord au volontariat des agents non-grévistes et ensuite seulement à l'assignation d'agents grévistes. En particulier, elle n'empêche ni ces derniers de rejoindre le mouvement de grève à tout moment de celle-ci, ni ne leur fait obligation de se déclarer gréviste dès le début de ce mouvement. Le délai de 48 heures, porté à 72 heures en cas de week-end ou jour férié précédant le premier jour de participation effective à un mouvement de grève, n'est pas disproportionné au regard des mesures à prendre par l'administration pour assurer la continuité du service. Les moyens tirés de la disproportion de cette mesure et de sa méconnaissance de l'article L. 2512-2 du code du travail ne peuvent qu'être écartés.
8. En revanche, en dépit des impératifs particuliers de continuité qui caractérisent le service public hospitalier, le chef d'établissement ne peut assigner que les agents indispensables pour assurer la continuité des services qui ne peuvent en aucun cas être interrompus ainsi que les activités essentielles requises pour garantir en particulier la sécurité des patients et la continuité des soins. Ainsi, la note de service du 9 février 2022 est entachée d'illégalité en tant qu'elle concerne a priori l'ensemble des personnels de l'établissement sans distinction entre les services soumis à une obligation de service minimum et les autres.
9. Il résulte de ce qui précède que la note du 9 février 2022 doit être annulée en tant qu'elle concerne l'ensemble des personnels de l'établissement et non seulement ceux affectés dans les services soumis à l'obligation de service minimum.
Sur les frais d'instance :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du centre hospitalier général de Libourne la somme demandée par le syndicat requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. De même, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du syndicat S. U. D. Santé-Sociaux de la Gironde la somme demandé à ce titre par le centre hospitalier.
D E C I D E :
Article 1er : La note du 9 février 2022 est annulée en tant qu'elle concerne à priori l'ensemble des personnels du centre hospitalier.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête du syndicat départemental S. U. D. Santé-Sociaux de la Gironde est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier général de Libourne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat départemental S. U. D. Santé-Sociaux de la Gironde et au centre hospitalier général de Libourne.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Brouard-Lucas, présidente,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
H. BOURDARIE
La présidente,
C. BROUARD-LUCASLa greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026