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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203085

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203085

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL BOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré enregistré le 3 juin 2022, le préfet de la Gironde demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Lacanau a, au nom de cette commune, délivré à la SCI Cemino Lacanau, un permis de construire pour l'édification, sur un terrain constitué des parcelles cadastrées CE-370 et CE-233, situées 24 Corniche Lac et Forêt, d'une maison, de deux places de stationnement et d'un nouvel accès, ensemble la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté son recours gracieux du 7 avril 2022.

Il soutient que cet arrêté méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2022, la commune de Lacanau, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le moyen soulevé par le préfet de la Gironde n'est pas fondé.

La requête a été communiquée à la SCI Cemino Lacanau, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- et les observations de Me Dubois, représentant la commune de Lacanau.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 décembre 2021, le maire de la commune de Lacanau a délivré à la SCI Cemino Lacanau un permis de construire pour l'édification, sur un terrain constitué des parcelles cadastrées CE-370 et CE-233, situées au lieudit " Carreyre ", 24 Corniche Lac et Forêt, d'une maison, de deux places de stationnement et d'un nouvel accès. Par une lettre du 7 avril 2022, le préfet de la Gironde a demandé au maire de la commune de Lacanau de retirer cet arrêté. Du silence gardé sur ce recours par cette autorité, une décision implicite de rejet est née. Le préfet de la Gironde sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version issue de la loi du 23 novembre 2018 applicable aux demandes d'autorisation d'urbanisme déposées avant le 31 décembre 2021 : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement./ Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs () ".

3. Selon le III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " () Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi () ".

4. D'une part, il résulte des dispositions du premier aliéna de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable à l'espèce, que, dans les communes littorales, ne peuvent être autorisées que les constructions réalisées soit en continuité avec les agglomérations et villages existant soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions.

5. D'autre part, le deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, ouvre la possibilité, dans les autres secteurs urbanisés qui sont identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, à seule fin de permettre l'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et l'implantation de services publics, de densifier l'urbanisation, à l'exclusion de toute extension du périmètre bâti et sous réserve que ce dernier ne soit pas significativement modifié. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les espaces d'urbanisation diffuse éloignés de ces agglomérations et villages. Il ressort des dispositions de ce 2e alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que les secteurs déjà urbanisés qu'elles mentionnent se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. Par ailleurs, le III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique autorise, par anticipation, jusqu'au 31 décembre 2021 et sous réserve de l'accord de l'Etat, les constructions qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti dans les secteurs déjà urbanisés non encore identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme.,

6. D'abord, la demande de permis de construire présentée par la SCI Cemino Lacanau porte sur l'édification, en plus du bâtiment déjà existant sur le terrain d'assiette, d'une maison individuelle de plain-pied de 104,85 m². Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette sur lequel porte le projet de construction en litige est distant de plus de 3 kilomètres de la station balnéaire de Lacanau-Océan, duquel il est séparé par de vastes étendues naturelles et de l'habitat diffus, et de près de 6 kilomètres du bourg de Lacanau, duquel il est séparé par le lac de Lacanau. S'il est situé dans le secteur de Carreyre, ce secteur, composé de trois lotissements peu densément bâtis, ne constitue pas un village ou une agglomération au sens des dispositions précitées, nonobstant sa desserte par les réseaux ni d'ailleurs comme un " secteur déjà urbanisé autre que les agglomérations et villages " au sens du deuxième alinéa de cet article, le secteur en litige n'ayant pas été identifié comme tel par un SCoT applicable au titre de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme.

7. Ensuite, si, comme le relève la commune de Lacanau, l'avis défavorable qui a été émis sur le projet en litige par l'Architecte des bâtiments de France auquel se réfère le préfet de la Gironde n'était qu'un avis simple, qui ne liait pas l'administration chargée d'instruire la demande, cette circonstance est sans incidence sur l'application des dispositions légales rappelées plus haut, dont il incombe à cette même administration de s'assurer que les projets soumis à son examen sont en conformité avec elles.

8. Enfin, et au surplus, les dispositions du III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 ne sauraient davantage permettre de fonder légalement l'autorisation en litige, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'état de l'instruction, que le maire de la commune de Lacanau ait entendu fonder sa décision sur ces dispositions et que l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, ait été donné après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites.

9. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire de la commune de Lacanau du 7 décembre 2021 doit être annulé, ainsi que la décision par laquelle cette autorité a implicitement refusé de retirer cet arrêté.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune de Lacanau au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Lacanau du 7 décembre 2021, ainsi que la décision par laquelle cette autorité a implicitement refusé de retirer cet arrêté, sont annulés.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Lacanau sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Gironde, à la commune de Lacanau et à la SCI Cemino Lacanau.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Naud, premier conseiller,

M. Pinturault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNELa greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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