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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203226

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203226

mardi 30 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantPAYET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin et 21 juillet 2022, M. B H, représenté par Me Payet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir, dans cette attente, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- cet arrêté a été signé par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- il méconnaît l'intérêt supérieur de son fils tel que garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. G F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- et les observations de Me Payet, représentant M. H, qui reprend les termes de ses écritures et ajoute que l'intéressé a informé la préfète de la Gironde, le 25 février 2022, à l'occasion de sa convocation en préfecture, des modifications intervenues dans sa vie personnelle et familiale.

La préfète de la Gironde n'étant ni présente ni représentée, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant congolais (République Démocratique du Congo) né le 8 octobre 1998, déclare être entré en France le 14 octobre 2019. Sa demande d'asile a été enregistrée le 19 décembre 2019. Par une décision du 5 février 2021, confirmée par une décision du 3 décembre 2021 de la cour nationale du droit d'asile (CNDA), l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. Par décision du 10 mars 2022, l'OPFRA a rejeté sa demande de réexamen comme irrecevable. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la CNDA du 20 mai 2022. Enfin, par un arrêté du 9 mai 2022, dont M. H demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié ou l'octroi de la protection subsidiaire, a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 15 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-070 du même jour, donné délégation à Mme C E, adjointe, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes attestations, toutes décisions portant refus de titre de séjour, ainsi que toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant, telles que les décisions refusant ou octroyant un délai de départ volontaire ou désignant le pays de destination d'un étranger, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D A, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. H se prévaut de plus de deux années de présence en France, où il dit résider aux côtés d'une compatriote congolaise, titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, avec laquelle il a eu un enfant né le 4 mars 2021. Il ajoute s'être intégré en France, notamment par le biais du travail, et ne pouvoir en aucun cas regagner la République démocratique du Congo, pays qu'il a fui pour des raisons politiques et dans lequel il n'a plus aucun lien. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la présence en France de M. H, ne s'est provisoirement justifiée que par l'instruction de sa demande d'asile puis de sa demande de réexamen, toutes deux rejetées. Par ailleurs, M. H n'établit pas, par les seuls documents qu'il produit, à savoir une attestation de reconnaissance anticipée de naissance, l'acte de naissance de son fils, une attestation de concubinage rédigée par la mère de son fils ainsi qu'une attestation de souscription à la fourniture d'énergie établie au seul nom de cette dernière et à l'adresse qu'il déclare commune, ni la réalité d'une vie commune et stable qu'il entretiendrait avec la mère de son enfant ni sa participation à l'entretien et à l'éducation de celui-ci. En outre, il conserve nécessairement des attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans, et dans lequel, les allégations selon lesquelles il y serait en danger pour des raisons politiques n'étant étayées par aucun élément probant, il n'établit pas courir un risque pour sa liberté, sa sécurité ou sa vie. Enfin, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. H aurait communiqué les documents relatifs aux changements intervenus dans sa situation professionnelle, la seule circonstance qu'il soit titulaire, depuis quelques mois seulement, d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'employé dans la restauration rapide ne saurait lui ouvrir droit au séjour en France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les décisions attaquées, notamment celles portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, ne portent pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles ne sont pas d'avantage entachées d'erreurs de fait, la préfète de la Gironde ayant pu considérer, compte tenu des informations dont elle disposait à la date de sa décision, que M. H était célibataire et sans charge de famille en France, qu'il ne démontrait pas être isolé dans son pays d'origine ni avoir rompu tout lien avec celui-ci et qu'il ne faisait valoir aucun élément ou document justifiant de son intégration dans la société française.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard de ce qui a été dit au point précédent, que la préfète de la Gironde ait, en prenant l'arrêté attaqué, fait une appréciation manifestement erronée de situation personnelle de M. H.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

7. M. H soutient à cet égard qu'un retour dans son pays d'origine priverait son fils de la présence de l'un ou l'autre de ses deux parents, la mère de ce dernier ayant vocation à demeurer en France. Toutefois, ainsi que cela a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant participe effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils, et il n'est pas fait état de circonstances faisant ainsi obstacle à ce que celui-ci se maintienne en France aux côtés de sa mère. Dans ces conditions, M. H n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. H doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B H et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2022.

Le magistrat désigné,

J-C F La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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