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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203278

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203278

mardi 30 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2022, M. B C, représenté par Me Lanne, demande au tribunal d'annuler la décision du 14 juin 2022 par laquelle la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sas délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Il soutient que :

- cette décision a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. I F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant libyen né le 11 juillet 2002, est irrégulièrement entré en France à une date inconnue. M. C a été condamné par le tribunal pour enfants de G pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours et violence aggravée par deux circonstance suivie d'incapacité supérieure à huit jours et il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans le 8 octobre 2020. Ecroué au centre pénitentiaire Bordeaux-Gradignan le 25 juin 2021, il a été condamné le 28 juin suivant à une peine globale d'emprisonnement d'un an et six mois pour des faits de vol aggravé par deux circonstances et violence avec usage ou menace d'un arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours. Par un arrêté du 14 juin 2022, pris à la veille de sa libération, la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par un second arrêté, du 15 juin 2022, cette même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de six mois maximum en vue de son éloignement effectif du territoire français, l'a astreint à se présenter aux services de la direction zonale de la police aux frontières tous les lundis et lui a fait interdiction de sortir du département sans autorisation. Par la présente requête M. C demande l'annulation de la seule décision par laquelle la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français.

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 15 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-070 du même jour, donné délégation à Mme D H, directrice adjointe, à l'effet de signer toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E, directeur des migrations et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". En outre, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article

L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation du requérant, sur lesquels la préfète de la Gironde s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français. La décision vise notamment le 1° de l'article

L. 611-1 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que l'intéressé est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France depuis une date indéterminée et non vérifiable et examine les principaux éléments objectifs et concrets caractérisant sa vie personnelle et familiale avant d'en déduire qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement ce dernier en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, qui est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard de ce qui a été dit au point précédent, que la préfète de la Gironde ait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. C.

6. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir que la décision est entachée d'une erreur de droit, sans invoquer la méconnaissance d'une quelconque règle de droit et sans préciser la consistance de l'erreur susceptible selon lui d'en affecter les motifs, M. C n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

7. En cinquième et dernier lieu, et alors au demeurant que M. C n'assorti son moyen d'aucune précision utile, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France depuis une date inconnue et non vérifiable et, en tout état de cause, en méconnaissance d'une mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 8 octobre 2020. Par ailleurs, s'il a déclaré auprès des services de la préfecture, entretenir une relation avec une ressortissante française avec laquelle il aurait eu une fille âgée de deux ans à la date de la décision contestée, il n'a pas reconnu cette enfant et n'établit pas, outre l'ancienneté et la stabilité de sa relation la mère de celle-ci, qu'il participe à son entretien et à son éducation. Il ne justifie pas davantage de son insertion dans la société française où il achevait, à la date de la décision attaquée, de purger une peine de prison d'une année pour des faits de vol aggravé. Enfin, il conserve nécessairement des attaches en Lybie, pays dans lequel il a grandi et n'allègue pas même courir un risque pour sa vie, sa sécurité ou sa liberté en cas de retour. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la préfète de la Gironde n'a pas, en obligeant M. C à quitter le territoire français, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C, qui ne comporte que des conclusions à fin d'annulation, doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2022.

Le magistrat désigné,

J-C F La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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