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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203416

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203416

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEBRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, complétée d'un mémoire le 3 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Dutin, demande au tribunal d'annuler l'arrêté de la préfète de la Gironde du 20 mai 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et assortissant cette mesure d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la mesure d'éloignement et l'interdiction de retour méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juin 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juillet 2022.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pouget, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité sénégalaise, est entré en France le 20 janvier 2019 sous couvert d'un visa de type C valable jusqu'au 11 février 2019. Suite à son mariage en 2020 avec une ressortissante française et à la naissance d'un enfant, il a obtenu la délivrance d'une carte de séjour en qualité de parent d'enfant français valable du 8 avril 2021 au 7 avril 2022, dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 20 mai 2022, la préfète de la Gironde a rejeté cette demande sur le fondement des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en assortissant cette mesure d'une interdiction de retour d'une durée de trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte mesure d'éloignement et interdiction de retour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

2. En premier lieu, par un arrêté du 11 février 2022, la préfète de la Gironde a consenti à M. D A du Payrat, secrétaire général de la Gironde, une délégation à l'effet de signer tous arrêtés concernant les attributions de l'État dans le département de la Gironde, à l'exception de trois domaines qui ne concernent pas le droit des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes applicables à la situation de M. B, ainsi que les éléments pertinents de sa situation personnelle sur lesquels s'est fondée la préfète de la Gironde, et notamment la circonstance qu'il est marié à une ressortissante française et parent d'un enfant français, qu'il n'y a plus de communauté de vie avec la mère de l'enfant, qu'il ne justifie pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de celle-ci, qu'il est très défavorablement connu des services de police pour diverses infractions, qu'il est incarcéré en exécution d'une condamnation à un an d'emprisonnement pour violences sur conjoint et qu'il représente une menace à l'ordre public. M. B a ainsi été mis à même de comprendre les motifs fondant les décisions contenues dans l'arrêté litigieux, lequel est dès lors suffisamment motivé et ne révèle aucun défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre [citoyens de l'Union européenne], à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est fait défavorablement connaître des services de police et de l'autorité judiciaire pour des faits de port d'arme blanche sans motif légitime le 14 juillet 2020, circulation avec un véhicule sans assurance le 22 juillet 2020, circulation avec un véhicule sans assurance et en état d'ébriété, fait pour lequel il a été condamné à 150 euros d'amende, vol en réunion commis le 16 octobre 2021, harcèlement de conjoint et dégradation de conditions de vie entrainant une altération de santé le 16 décembre 2021. Il a enfin été condamné le 31 mars 2022 par le tribunal correctionnel de Bordeaux à une peine d'un an d'emprisonnement pour violences sur conjoint suivies d'une incapacité n'excédant pas huit jour, et écroué le 26 avril 2022. Eu égard à la nature des faits en cause, qui concernent tant des atteintes aux biens qu'aux personnes, à leur répétition, à leur degré de gravité, et à leur caractère récent, le comportement du requérant constitue une menace grave et actuelle pour l'ordre public, sans qu'il puisse utilement se prévaloir de ce qu'il travaille en prison et de ce qu'il a bénéficié d'une réduction de peine. Par suite, la préfète de la Gironde a pu légalement prendre une mesure d'éloignement à son encontre.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie entre M. B et sa conjointe, victime de ses violences, a cessé, et que le couple n'envisage pas qu'elle reprenne à l'issue de son incarcération. S'il ne peut contribuer pleinement à l'éducation et à l'entretien de sa fille en raison de cette incarcération, le requérant n'établit pas pour autant par les seules pièces produites chercher à conserver des liens de proximité avec elle et aucun élément du dossier n'établit l'existence de tels liens antérieurement à son interpellation, ni d'une contribution à son entretien. Il ne peut par ailleurs se prévaloir d'une insertion aboutie dans la société française et il n'établit ni même n'allègue ne pas disposer d'attaches familiales et personnelles au Sénégal. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement litigieuse ne porte pas au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles cette mesure a été prise, et ne méconnaît donc pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, pour les motifs exposés aux points 5 et 7, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. B.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans prononcée à l'encontre de M. B par la préfète de la Gironde ne méconnait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2022.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

11. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B de même que ses conclusions relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être également rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frezet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le président rapporteur,

L. POUGET

L'assesseur le plus ancien,

L. JOSSERAND

La greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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