jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203524 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CESSO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2022, M. B D, représenté par Me Cesso, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 de la préfète de la Gironde portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer en attendant une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de Me Cesso la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
S'agissant de la décision portant refus de séjour,
- la préfecture devra produire l'avis du collège de médecins de l'OFII qui devra être signé ;
- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;
- le préfet ne pouvait refuser la délivrance du titre sollicité, dès lors que le précédent a été accordé au regard de sa situation globale et qu'il n'y a pas eu changement de situation ;
- le refus de séjour méconnait son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que protégé par les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il vit en France depuis 2002, que deux de ses frères y résident en situation régulière et qu'il a rencontré une française de 72 ans qu'il considère comme sa mère ;
- la décision méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les soins nécessaires au traitement de sa schizophrénie ne sont pas disponibles au Maroc ;
- eu égard à son état de santé et sa vie familiale en France, il justifie d'une situation exceptionnelle voire humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français,
- pouvant bénéficier d'un titre de séjour de plein droit il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;
- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant du pays de renvoi, son renvoi vers le Maroc constituerait une atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il ne peut y bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une décision du 7 juin 2022, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 27 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 29 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- et les observations de Me Cesso représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, de nationalité marocaine, né le 6 août 1979, demande l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2022 de la préfète de la Gironde portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.
2. Par arrêté du 16 septembre 2021, la préfète de la Gironde a donné délégation à M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer toutes décisions et courriers relevant des missions de la direction des migrations et de l'intégration, au nombre desquelles figurent l'ensemble des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour en raison de l'état de santé :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. En premier lieu, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 12 mars 2021, produit par la préfète de la Gironde, est signé des trois médecins composant le collège.
5. En second lieu, cet avis mentionne que l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. En se bornant à produire l'attestation d'un médecin en date du 28 février 2022, affirmant que son état de santé " nécessite qu'il soit accompagné partout ", M. D, qui ne peut utilement faire valoir qu'il a bénéficié du 20 novembre 2012 au 20 septembre 2017 de titres de séjour en qualité d'étranger malade, n'établit pas qu'il ne pourrait effectivement avoir accès au Maroc aux soins nécessaires au traitement de son affection.
En ce qui concerne la vie privée et familiale :
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
7. M. D fait valoir qu'il réside en France depuis 2002, soit 20 ans, que deux de ses frères y résident régulièrement et qu'il a fait la connaissance d'une française de 72 ans qui l'héberge et qu'il considère comme sa mère. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui n'établit nullement sa présence sur le sol français dès 2002, s'est vu délivrer en novembre 2012 un titre de séjour en qualité d'étranger malade, régulièrement renouvelé jusqu'au 20 septembre 2017. Par arrêté du 5 décembre 2018, confirmé par ce tribunal puis la cour administrative d'appel de Bordeaux, le préfet de la Gironde a refusé de lui renouveler ce titre et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. D, qui est célibataire et sans enfant et ne fait état d'aucune insertion dans la société française ni ne bénéficie d'aucune ressource, n'établit ni même n'allègue qu'il serait isolé au Maroc, où résident ses parents. Dès lors, le moyen tiré de ce que le refus de titre attaqué porterait à son droit de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus et méconnaitrait par suite les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, de même que celui de l'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'admission exceptionnelle au séjour :
8. En premier lieu, M. D n'établissant pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans, aucune pièce n'attestant de sa présence sur le territoire en 2019, le moyen tiré de ce que la préfète n'a pas saisi la commission du titre de séjour doit être écarté.
9. En deuxième lieu, les considérations tirées de l'état de santé de M. D et de sa vie privée et familiale en France ne constituent pas des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par la préfète doivent en tout état de cause être écartés.
10. En troisième lieu, M. D, dont le précédent titre de séjour a expiré le 20 septembre 2017, et qui s'est vu opposer un premier refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français le 5 décembre 2018, ne peut en tout état de cause soutenir qu'en l'absence de changement dans sa situation, la préfète de la Gironde ne pouvait lui refuser la délivrance du titre sollicité.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait dû bénéficier d'un titre de séjour délivré de plein droit et ne pourrait dès lors faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
12. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
13. En troisième lieu, il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance du 9 de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
14. Pour les motifs énoncés au point 5, le moyen tiré de ce que le renvoi de l'intéressé au Maroc constituerait une atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il ne pourrait y bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé, doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 avril 2022 de la préfète de la Gironde. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Paul Cesso et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
La présidente rapporteure,
F. E
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
A. LAHITTELa greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026