lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203532 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | LAGARDE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juin 2022 à 16h48 et 1er juillet, M. E A, représenté par Me Pauline Lagarde, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle,
2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision, signée par Mme D F, a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle dès lors qu'il exerce une activité d'artisan-peintre sur plusieurs départements ;
S'agissant de l'interdiction de retour :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée dès lors qu'il n'est pas connu des services de police et travaille.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juin 2022 à 16h54 et 1er juillet, M. E A, représenté par Me Pauline Lagarde, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle,
2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence pendant quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté, signé par Mme D F, a été édicté par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle dès lors qu'il exerce une activité d'artisan-peintre sur plusieurs départements.
La procédure a été communiqué à la préfète de la Gironde qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendues, au cours de l'audience publique du 4 juillet 2022 :
- le rapport de M. Bongrain, magistrat désigné,
- les observations de Me Lagarde, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,
- celles de M. A, assisté par M. B, interprète en langue arabe,
- la préfète de la Gironde n'étant ni présente, ni représentée.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience en vertu de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, ressortissant égyptien né le 3 janvier 1977, est entré en France le 7 mai 2019 muni d'un visa de court-séjour valable jusqu'au 25 mai 2019. Par un arrêté du 28 juin 2022 notifié à 18h la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, M. A a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2203532 et n° 2203533 concernent la situation de la même personne, sont dirigées contre les mêmes décisions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre à titre provisoire M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'incompétence du signataire des arrêtés du 28 juin 2022 :
4. Mme D F, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature de la préfète de la Gironde en vertu d'un arrêté du 21 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 33-2022-104 du 22 juin 2022, librement accessible sur le site de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, toutes décisions prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile parmi lesquelles figurent les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 7 mai 2019 muni d'un visa court-séjour valable du 6 au 25 mai 2019 et s'est maintenu sur le territoire national au-delà de la validité de celui-ci. Si l'intéressé allègue, sans le justifier, qu'il exercerait une activité d'artisan-peintre, il est constant que les conditions d'exercice de cette activité sont irrégulières dès lors que M. A ne bénéficie ni d'un titre de séjour, ni le cas échéant d'une autorisation de travail. De plus, M. A est dépourvu d'attache privée ou familiale en France, son épouse et ses trois enfants mineurs résidant en Egypte. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et professionnelle.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
7. En premier lieu, il ressort notamment des termes de l'arrêté en litige, qui vise les dispositions des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. A " s'est maintenu irrégulièrement en France () dans le seul but de s'y installer et s'oppose à tout retour dans son pays d'origine ; qu'il est sans ressources légales sur le territoire national ; qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France ; qu'il a été interpellé par les services de la police aux frontières pour faits d'usage et de recel de faux document administratif () ". Ce faisant, la préfète de la Gironde, a suffisamment motivé sa décision. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
10. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Les circonstances dont le requérant fait état ne présentent aucun caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Cette mesure a été prise après son interpellation le 28 juin 2022 pour des faits de recel de faux documents administratifs, faux et usage de faux documents administratifs. Il ressort des différents procès-verbaux produits par la préfète de la Gironde que l'intéressé se serait fait envoyer, par voie postale, depuis la Grèce le 15 juillet 2021 une fausse pièce d'identité espagnole interceptée par le service des douanes de l'aéroport Roissy - Charles de Gaulle, ce qu'il ne conteste pas. Eu égard aux circonstances indiquées au point 5 du présent jugement et dont il résulte que M. A n'établit pas disposer d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière en France et réside en France depuis mai 2019, la préfète de la Gironde, en fixant à trois années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
11. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
12. Si M. A soutient que cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, dès lors qu'il exerce une activité d'artisan-peintre sur différents départements, il est constant qu'il exerce cette activité de manière irrégulière. Dans ces conditions, et eu égard aux circonstances énoncées aux points 6 et 10 du présent jugement, la préfète n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation des arrêtés du 28 juin 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice des frais de justice, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Articler 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Lagarde et à la préfète de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
Le magistrat désigné,La greffière,
A. C H. MALO
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026