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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203557

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203557

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203557
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHAMBERLAND-POULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er juillet 2022 et 10 octobre 2022, Mme F E, représentée par Me Chamberland-Poulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2022 par laquelle la préfète de la Gironde lui a refusé une carte de résident en qualité de parent d'un enfant français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, ou à défaut de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou bien de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, les pères de ses enfants participent à leur entretien et à leur éducation ;

- s'agissant de son fils majeur, son père a cessé régulièrement de lui verser sa pension alimentaire en juillet 2021, deux mois avant ses vingt ans, celui-ci ayant fini ses études et étant devenu autonome financièrement ;

- ayant eu pendant cinq années consécutivement des titres de séjours en tant que parent d'un enfant français, elle est fondée à demander la délivrance d'une carte de résident ;

- à défaut, elle remplit les conditions pour se voir délivrer une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 14 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun autre moyen n'est fondé.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme de Paz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, née le 31 janvier 1980, de nationalité gabonaise, est entrée régulièrement sur le territoire français le 12 août 2016. Elle a bénéficié de titres de séjour en qualité de parent d'enfants français du 30 janvier 2017 jusqu'au 21 décembre 2021. Le 4 octobre 2021, elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour et a également sollicité une carte de résident. Par une décision du 20 octobre 2021, la préfète de la Gironde a rejeté ses demandes, mais lui a délivré dans le cadre de son pouvoir de régularisation une carte de séjour en qualité de salariée.

2. En premier lieu, la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 15 avril 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, donné délégation à M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, signataire de la décision litigieuse, à l'effet de signer, notamment, toutes décisions prises en application des dispositions législatives et réglementaires du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée contient l'exposé des considérations de fait et de droit qui ont conduit la préfète de la Gironde a rejeté ses demandes de titres de séjour en qualité de parent d'un enfant français. Il ressort de la décision attaquée que les circonstances de droit et de fait invoquées sont suffisamment développées pour avoir mis utilement la requérante en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. Aux termes aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Selon l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Aux termes de l'article L. 423-10 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans.() ". Enfin, aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme E est mère de deux enfants, nés le 28 septembre 2001 et le 4 avril 2008, de nationalité française, de pères différents. La préfète de la Gironde soutient qu'elle ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions précitées au motif qu'elle ne justifierait pas que les pères français de ses enfants contribuent à leur entretien et à leur éducation. Il ressort en effet des pièces du dossier que la requérante n'a pas produit le jugement du tribunal de Libreville qui fixerait la pension alimentaire du père de Loan, mais a seulement produit les conclusions du mémoire présenté par le père de l'enfant devant le juge et proposant de lui verser mensuellement une somme. Dès lors, la requérante doit apporter la preuve que les pères de ses deux enfants contribuent à leur entretien et à leur éducation depuis au moins deux ans. Or en l'espèce, s'il ressort des pièces du dossier que le père de son fils aîné a versé à la requérante depuis l'année 2010 jusqu'à la majorité de son fils, une somme au titre de la contribution à l'entretien et qu'ensuite, il l'a versée directement sur le compte bancaire de son fils jusqu'au mois de juin 2021, toutefois, il est constant qu'il a cessé les paiements à compter du mois de juillet 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir la requérante, que l'obligation d'entretien à la charge du père avait cessé, dans la mesure où son fils n'avait à cette date pas fini ces études, celui-ci n'ayant validé son BTS qu'en 2022. S'agissant de la contribution à l'entretien et à l'éducation de Deva, les quelques justificatifs de virement et d'un achat d'une guitare pour le noël 2021 ne permettent pas d'établir que son père contribue de manière effective à son entretien. En outre, la déclaration sur l'honneur du père de Deva, qui vit au Gabon, selon laquelle il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille est insuffisamment circonstanciée. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Gironde aurait méconnu les dispositions précitées des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droitd'asile.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Il est constant que la préfète de la Gironde, en réponse à la demande de titre de séjour présentée par Mme E lui a délivré une carte de séjour en qualité de salariée, laquelle préserve tant le droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale que l'intérêt supérieur de sa fille. Dans ces conditions, le seul refus simultanément opposé à la demande de la requérante en tant qu'elle portait sur la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ne méconnaît nullement les stipulations précitées.

10. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de la requérante.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle lui refuse le droit au renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ou le bénéfice d'une carte de résident en cette même qualité.

12. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent être également rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023.

La rapporteure

D. DE PAZ

La présidente

F. ZUCCARELLO

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2203557

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