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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203588

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203588

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantHAAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 12 septembre 2022, Mme G D, représentée par Me Haas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 13 juin 2022 par lesquelles la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, et dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 80 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il a été signé par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- il n'est pas motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît le droit au maintien sur le territoire français qu'elle tient des dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte atteinte à l'intérêt supérieur de son fils mineur tel que protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la préfète de la Gironde, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, a fait une appréciation manifestement erronée de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le droit au maintien sur le territoire français qu'elle tient des dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son fils mineur tel que protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la préfète de la Gironde, en l'obligeant à quitter le territoire français, a fait une appréciation manifestement erronée de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est illégale en ce qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire illégale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la préfète de la Gironde, en l'interdisant de retour pour une durée d'un an, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. H F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- et les observations de Me Ragues Tatum substituant Me Haas et représentant Mme D, qui reprend et précise les termes des écritures de sa consœur.

La préfète de la Gironde n'étant ni présente ni représentée, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G D, ressortissante ivoirienne née le 25 décembre 1993, déclare être entrée en France le 18 octobre 2021. Sa demande d'asile a été enregistrée le 1er décembre 2021. Par une décision du 18 janvier 2022, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 27 mai 2022, l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par un arrêté du 13 juin 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié ou l'octroi de la protection subsidiaire, a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination, a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informée de ce qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, D demande au tribunal d'annuler les seules décisions par lesquelles cette autorité a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour en France pour une durée d'un an.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme D ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 18 juillet 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 15 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-070 du même jour, donné délégation à Mme E B, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions portant refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

5. En l'espèce, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée, mentionne tant les motifs de droit, notamment les articles L. 424-1 et L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que les éléments de fait caractérisant la situation de la requérante, sur lesquels la préfète de la Gironde s'est fondée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Elle précise, notamment, que la demande d'asile présentée par Mme D a été rejetée par l'OFPRA le 18 janvier 2022, puis par la CNDA le 27 mai 2022. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement cette dernière en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, qui est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, la demande est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ". Aux termes de l'article

L. 531-41 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. " Aux termes de l'article L. 531-9 du même code : " Si des éléments nouveaux sont présentés par le demandeur d'asile alors que la procédure concernant sa demande est en cours, ils sont examinés, dans le cadre de cette procédure, par l'office si celui-ci n'a pas encore statué ou par la Cour nationale du droit d'asile si celle-ci est saisie ". Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ".

7. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant, cette demande doit alors être regardée comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du même code.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, qu'à la date à laquelle Mme D a sollicité l'enregistrement de sa demande d'asile, soit selon ses propres dires, le 5 novembre 2021, cette dernière était enceinte de son fils C, né le 13 novembre suivant. Dès lors, la demande d'asile qu'elle a présenté au nom de son fils le 11 mars 2022, alors que sa propre demande n'avait pas fait l'objet d'une décision définitive, la CNDA ne s'étant pas encore prononcée sur son recours formé contre la décision de rejet rendue par l'OFPRA, ne peut être considérée comme une demande de réexamen. Au contraire, Mme D ayant informé l'administration, au cours de l'instruction de sa demande d'asile, de la naissance de son fils, l'instance compétente, soit à ce stade la CNDA, a nécessairement pris en compte cette circonstance et rejeté sa demande en son nom comme en celui de son fils. Ainsi, la demande d'asile du jeune C devant être regardée comme définitivement rejetée le 27 mai 2022, date de la lecture en audience publique de la décision de la CNDA, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Gironde n'aurait pas, en retenant à tort que la demande d'asile de son fils avait été rejetée, procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. En outre, et bien que la préfète ait effectivement entaché sa décision d'une erreur de fait en indiquant que la demande d'asile du jeune C avait été définitivement rejetée par une décision du 18 janvier 2022 notifiée le 31 janvier 2022, alors qu'il résulte de ce qui vient d'être dit que sa demande a été définitivement rejetée le 27 mai 2022, à la date de la lecture en audience publique de la décision de la CNDA, une telle erreur de plume est sans incidence sur le sens de la décision attaquée prise en tout état de cause postérieurement à cette date. Par suite, ce moyen ne saurait davantage être accueilli.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

10. Alors au demeurant qu'un refus de titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de contraindre un étranger à quitter le territoire français, il résulte de la fiche Telemofpra produite en défense et de ce qui a été dit au point 8, qu'à la date de la décision attaquée, Mme D ne bénéficiait plus du droit au maintien sur le territoire français, sa demande d'asile, à laquelle s'est ensuite greffé son fils mineur, ayant été rejeté par la CNDA le 27 mai 2022. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être rejetés.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Mme D soutient que la demande d'asile qu'elle a présenté pour son fils est toujours en cours d'instruction et que tous deux bénéficient ainsi du droit de se maintenir sur le territoire français. Toutefois, tel qu'il a été dit précédemment, la demande d'asile de la requérante, ainsi que celle de son fils, qui lui était rattachée, ont toutes deux été définitivement rejetées par une décision de la CNDA lue en audience publique le 27 mai 2022. Par ailleurs, l'intéressée, dont la brève durée de présence en France ne se justifie que par l'instruction de sa demande d'asile, ne se prévaut, outre son fils, d'aucun lien ni d'aucune insertion sur le territoire français. En revanche, et à supposer même que son père soit décédé, elle conserve nécessairement des attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où rien ne fait obstacle à ce que sa cellule familiale ne se reconstitue. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision attaquée ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

14. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la demande d'asile du fils de A D a été définitivement rejetée de sorte que rien ne s'oppose à ce qu'il regagne la Côte d'Ivoire à ses côtés. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée, en ce qu'elle induirait que son fils se maintienne seul en France, méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que, par l'arrêté précité du 15 avril 2022, la préfète de la Gironde a également donné délégation à Mme E B, à l'effet de signer toutes décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". En outre, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 précités du code des relations entre le public et l'administration, les personnes physiques ou morales destinataires, notamment, d'une décision restreignant l'exercice de leur libertés publiques ou constituant plus généralement une mesure de police, ont le droit d'être informées sans délai des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

17. En l'espèce, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation de la requérante, sur lesquels la préfète de la Gironde s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français. La décision vise notamment le 4° de l'article L. 611-1, ainsi que l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise par ailleurs les conditions d'entrée et de séjour en France de

Mme D, la circonstance que son droit au maintien sur le territoire français a pris fin dès la lecture en audience publique de la décision de rejet de sa demande d'asile par la CNDA, et examine les principaux éléments objectifs et concrets caractérisant la vie privée et familiale de l'intéressée avant d'en déduire que celle-ci n'entre dans aucun cas de délivrance d'un titre de séjour de plein droit et qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement cette dernière en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, qui est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 211-2 et

L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

18. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. L'erreur de fait ne saurait, pour les mêmes raisons, être accueillie.

19. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été rappelé au point 10, à la date de la décision contestée, Mme D ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de la Gironde a pu obliger l'intéressée à quitter le territoire français.

20. En cinquième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 12 et 14, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. En premier lieu, la préfète de la Gironde, qui n'était pas tenue de reprendre l'ensemble des éléments déclarés par la requérante à l'appui de sa demande d'asile, pouvait, sans entacher sa décision d'un défaut de motivation, se borner à indiquer, après avoir visé les article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-3 à -5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que celle-ci n'établissait pas être exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire, pays dont elle a la nationalité.

22. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article

L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

23. Mme D soutient qu'elle a été excisée à l'âge de dix ans puis contrainte par ses oncles, suite au décès de son père, à épouser un homme polygame, lequel l'a régulièrement insultée, violentée et abusée. Elle indique qu'en cas de retour en Côte d'Ivoire elle fera l'objet de mauvais traitements de la part de ses oncles et de son mari qu'elle a volontairement fuis et sera possiblement séparé de son fils. Toutefois, et alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA, Mme D n'établit pas, par la seule production d'une attestation non manuscrite qu'elle présente comme émanant de son parrain l'ayant aidé à quitter la Côte d'Ivoire, ni la réalité des sévices dont elle dit avoir été victime, ni l'existence pour elle ou pour son fils de risques réels et actuels pour leur vie, leur sécurité ou leur liberté en cas de retour dans ce pays. Par suite, en désignant la Côté d'Ivoire comme pays de destination, la préfète de la Gironde n'a méconnu ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

24. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que, par l'arrêté précité du 15 avril 2022, la préfète de la Gironde a également donné délégation à Mme E B, à l'effet de signer toutes décisions accessoires se rapportant à une mesure d'éloignement, telles que notamment les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

25. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que la préfète de la Gironde a fondé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an faite à Mme D, prise au visa des articles

L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les motifs qu'elle serait récemment entrée en France et ne justifierait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

26. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Dès lors, le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité doit être écarté.

27. En quatrième lieu, compte tenu de l'ensemble des éléments rappelés au point 12, la décision attaquée ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée, dont le centre des intérêts privés et familiaux se trouve en Côte d'Ivoire, au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

28. En cinquième et dernier lieu, et tel qu'il a été dit au point 12, les quelques mois de présence en France de Mme D ne se sont justifiés que par l'instruction de sa demande d'asile. Par ailleurs, cette dernière ne justifie d'aucun lien ni insertion sur le territoire français. Par suite, et alors même qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles tendant au paiement de frais irrépétibles ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme D tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G D et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

J-C F La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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