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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203590

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203590

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAYMARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, M. E C D, représenté par Me Aymard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou de réexaminer sa situation dans les mêmes délais, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur un refus de séjour entaché d'illégalité ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juillet 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2022 à 12h00.

M. C D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2022.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ferrari, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C D, ressortissant de nationalité congolaise, né le 14 juin 1990, est entré irrégulièrement en France le 15 octobre 2018. Le 9 novembre 2018, il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 29 novembre 2019, puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 janvier 2021. Suite à ce rejet, par une décision du 19 février 2021, la préfète de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français. M. C D s'est maintenu sur le territoire et a sollicité le 16 août 2021 un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mars 2022, la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. C D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 11 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-028 du même jour, donné délégation à M. A B, directeur des migrations et de l'intégration, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer, en matière d'éloignement, toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant prises en application des II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile : " Pour l'application du 11 de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 précédemment cité : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. " Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. "

4. Il ressort des pièces du dossier que la préfète de la Gironde, a produit dans son mémoire en défense, l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 6 décembre 2021, et ce, même si aucune disposition ni aucun principe ne lui impose de le communiquer au demandeur. Cet avis identifie clairement les médecins signataires ayant siégés au sein du collège et les nomme de façon régulière. Leur identité, qualité, service et signature ont bien été précisées. De même, il ressort des pièces du dossier que le médecin rapporteur qui est intervenu et qui a rédigé le rapport préalable n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. / Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre. "

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Il ressort des pièces du dossier que, la décision rejetant la demande de titre de séjour de M. C D a été notamment prise au vu d'un avis du collège de médecins de l'OFII du 6 décembre 2021, qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que l'état de santé du demandeur pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cet avis, le requérant soutient qu'il souffre d'une dépression fluctuante et accompagne ses propos d'un certificat médical délivré par son psychiatre qui indique que son " patient souffre d'un épisode dépressif caractérisé d'intensité moyenne d'évolution fluctuante pour lequel il bénéficie d'un traitement antidépresseur ". Toutefois, ce seul certificat, au demeurant établi postérieurement à l'arrêté attaqué, n'est pas de nature à infirmer l'avis précité du collège de médecins. Enfin, M. C D ne peut utilement se prévaloir de l'absence de traitement médicamenteux et de thérapie spécifique à son état de santé dans son pays d'origine, dès lors que l'absence de soin ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, la préfète de la Gironde, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Les moyens invoqués à l'appui du refus de séjour ont été écartés. M. C D n'est par suite, pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale et qu'elle doit, par voie de conséquence, être annulée. Ce moyen doit donc être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. C D se prévaut de son arrivée en France en 2018 et de la présence de sa mère sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, M. C D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 19 février 2021 qu'il n'a pas exécuté et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire. Par ailleurs, la seule présence de sa mère sur le territoire ne suffit pas à établir l'intensité de ses liens familiaux et personnels en France, et ne lui confère pas un droit au séjour. Le requérant n'établit pas non plus être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où réside notamment son épouse et ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C D et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme Wohlschlegel première conseillère,

Mme Fazi-Leblanc première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le président-rapporteur,

D. FERRARI

L'assesseure la plus ancienne,

E. WOHLSCHLEGEL

La greffière,

C. POTTIER

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2203590

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