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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203643

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203643

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantSANCHEZ-RODRIGUEZ

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 5 juillet 2022 à 18h09 sous le n° 2203643, M. F D, représenté par Me Francisco Sanchez Rodriguez, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2022 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté, signé par M. B, a été édicté par une autorité incompétente dès lors que qu'aucune délégation de signature ne lui a été accordée en matière de police des étrangers ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- il n'est pas établi qu'il constitue une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

II. Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022 à 10h24 sous le n° 2203644, M. F D, représenté par Me Francisco Sanchez Rodriguez, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2022 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision en litige a été édictée au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle lui a été notifiée sans interprète, sans possibilité de prendre attache avec son conseil ou l'association présente au centre de rétention administratif d'Hendaye méconnaissant le principe des droits de la défense ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle est privée de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 3 juillet 2022, qui a été signée par une autorité incompétence, est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement vers la Palestine ;

- en l'absence de condamnation, poursuites ou convocation devant le tribunal correctionnel, le préfet de Lot-et-Garonne ne pouvait se fonder sur les faits de recel pour lesquels il a été interpellé pour fonder sa décision.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. E pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique du 7 juillet 2022 :

- le rapport de M. Bongrain, magistrat désigné ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience en vertu de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant palestinien né le 22 mars 1991 a été interpellé le 3 juillet 2022 par les services de gendarmerie. Par un arrêté du 3 juillet 2022 notifié à 20h35, dont il demande l'annulation par une première requête enregistrée sous le n° 2203643, le préfet de Lot-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office de cette mesure. Le même jour, l'intéressé a fait l'objet d'un placement en rétention administrative. Par une ordonnance du 5 juillet 2022, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne a ordonné la mainlevée de la rétention administrative de M. D et sa mise en liberté immédiate. Par un arrêté du 5 juillet 2022 notifié à 17h30, dont il demande l'annulation par une seconde requête enregistrée sous le n° 2203644, le préfet de Lot-et-Garonne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2203643 et n° 2203644 concernent la situation de la même personne, sont dirigées contre les mêmes décisions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre à titre provisoire M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 3 juillet 2022 pris dans son ensemble :

4. M. A B, sous-préfet de l'arrondissement de Villeneuve-sur-Lot, qui a signé l'arrêté en litige, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de Lot-et-Garonne en vertu d'un arrêté du 29 décembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 47-2021-220 du 30 décembre 2021, librement accessible sur le site de la préfecture, à l'effet de signer, lorsqu'il assure la permanence du week-end, du vendredi 18 heures au lundi 8 heures, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département, y compris les arrêtés et documents pris dans l'exercice des pouvoirs de police du préfet, à l'exception des réquisitions de la force armée, des arrêtés de conflit et des actes pour lesquels une délégation a été conférée à un chef de service de l'Etat dans le département, dans ce dernier cas M. B bénéficiant d'une même délégation en cas d'absence ou d'empêchement des chefs de service. L'arrêté en litige ayant été édicté le dimanche 3 juillet 2022 et alors qu'il n'est ni établi, ni allégué que les chefs de service s'étant vus confier une délégation de signature dans le cadre des permanences de week-end n'auraient pas été absents ou empêchés le jour de l'arrêté en litige, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté en litige, qui vise notamment les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. D a été interpellé le 3 juillet 2022 pour des faits de recel et d'infraction à la législation des étrangers, est entré de manière irrégulière en France, n'a jamais sollicité de titre de séjour et se maintient en situation irrégulière. L'arrêté précise également que le comportement de M. D constitue une menace pour l'ordre grave pour l'ordre public et que si lors de son audition l'intéressé a indiqué vivre en concubinage avec Mme C, il ne justifie pas d'une vie privée et familiale établie. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient M. D, l'arrêté en litige est suffisamment motivé. La circonstance qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public est sans incidence à cet égard. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un défaut de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".

8. Pour obliger M. D à quitter le territoire français, le préfet de Lot-et-Garonne s'est explicitement fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Dès lors, le requérant qui ne conteste pas ne pas pouvoir justifier de son entrée régulière sur le territoire français et ne pas être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 141-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger fait l'objet d'une décision de refus d'entrée en France, de placement en rétention ou en zone d'attente, de retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour ou de transfert vers l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile et qu'il ne parle pas le français, il indique au début de la procédure une langue qu'il comprend. Il indique également s'il sait lire. Ces informations sont mentionnées sur la décision de refus d'entrée, de placement ou de transfert ou dans le procès-verbal prévu au premier alinéa de l'article L. 813-13. Ces mentions font foi sauf preuve contraire. La langue que l'étranger a déclaré comprendre est utilisée jusqu'à la fin de la procédure () ".

10. M. D ne saurait utilement se prévaloir de ce que la notification de l'assignation en litige n'aurait pas été effectuée dans une langue qu'il comprenait dès lors que cette modalité de notification n'est pas prévue pour une mesure d'assignation à résidence. En tout état de cause, les conditions de notification d'une décision sont seulement de nature à préserver les voies et délais de recours dont disposait l'intéressé à l'encontre de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce la décision a été notifiée sans interprète, sans possibilité de prendre attache avec un conseil ou l'association présente au centre de rétention administratif d'Hendaye ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

12. Il ressort des termes de l'arrêté en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. D fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ne peut quitter immédiatement le territoire français et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Ce faisant, la préfète de la Gironde, a suffisamment motivé sa décision. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 que l'obligation de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. D n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité d'obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et que le préfet de Lot-et-Garonne a, dès le 3 juillet, initié des démarches en vue de l'obtention d'un laissez-passer consulaire. L'intéressé n'apportant aucun élément de nature à établir qu'il n'existerait aucune perspective raisonnable d'exécution effective de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, ce moyen ne peut qu'être écarté.

16. En dernier lieu, si M. D soutient qu'en l'absence de condamnation prononcée à son encontre, poursuites ou convocation devant le tribunal correctionnel, le préfet de Lot-et-Garonne ne pouvait se fonder sur les faits de recel pour lesquels il a été interpellé pour fonder sa décision. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent jugement, le préfet de Lot-et-Garonne ne s'est pas fondé sur les faits de recel, qui ne sont mentionnés qu'au titre des circonstances de son interpellation par les services de gendarmerie le 3 juillet 2022, pour édicter la décision en litige. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation des arrêtés des 3 et 5 juillet 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice des frais de justice, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Articler 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Me Sanchez Rodriguez et au préfet de Lot-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le magistrat désigné,La greffière,

A. E H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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