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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203657

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203657

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203657
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantTREBESSES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, Mme F D épouse C, représentée par Me Jean Trebesses, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou à défaut de réexaminer sa situation et de la munir en l'attente d'un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire n'est pas compétent, en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- la préfète s'est estimée, à tort, en situation de compétence liée pour rejeter sa demande ;

- la décision porte atteinte à sa vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, notamment garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête, qui est dirigée contre une décision confirmative, n'est pas recevable ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 27 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 novembre 2022.

Mme D épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F D épouse C, ressortissante marocaine née le 15 août 1985, est entrée en France le 25 mai 2012 et a fait l'objet de deux obligations de quitter le territoire français les 20 avril 2016 et 9 juillet 2020. Les recours de l'intéressée contre ces mesures ont été rejetés par des jugements du tribunal administratif de Nice des 7 octobre 2016 et 19 février 2021. Mme D a sollicité, auprès de la préfète de la Gironde, son admission au séjour le 10 août 2021. Par une décision du 15 février 2022, dont elle demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que M. B E, directeur des migrations et de l'intégration, bénéficiait par un arrêté du 11 février 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-028 du même jour, d'une délégation lui permettant de signer la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision en litige, qui vise les dispositions des articles L. 425-10 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose que Mme D s'est soustraite à une obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 9 juillet 2020, témoignant de son défaut d'intégration. Elle précise également que l'intéressée n'apporte aucun élément nouveau par rapport à sa précédente demande de titre de séjour. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde a suffisamment motivé sa décision. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la préfète de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que la préfète de la Gironde se serait estimée en situation de compétence liée par rapport à la mesure d'éloignement prononcée par son homologue maralpin.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée en France le 25 mai 2012, est mère de deux enfants de nationalité marocaine et a déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement les 20 avril 2016 et 9 juillet 2020. Par un jugement du 24 février 2021, le juge aux affaires familiales près le tribunal judiciaire de Grasse (Alpes-Maritimes) a fixé la résidence des deux enfants de A D auprès de leur père, également de nationalité marocaine, qui réside à Cagnes-sur-Mer. Mme D, qui s'est rendue de manière épisodique dans les Alpes-Maritimes, est sans ressources et ne justifie pas d'une intégration particulière en France. Dans ces conditions, en refusant de l'admettre au séjour, la préfète de la Gironde n'a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées.

8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 7, la préfète de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

10. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 7, en refusant d'admettre Mme D au séjour, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants.

11. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète de la Gironde, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 février 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme D demande au titre des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D épouse C, à Me Jean Trebesses et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

A. G

La présidente,

F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,

A. BEGORRE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

La greffière,

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