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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203760

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203760

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLAGARDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2203760 et un mémoire, enregistrés le 11 juillet 2022 et le 15 mai 2024, Mme C B, représentée par Me Lagarde, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté n° S70284000428365 du 11 mai 2022 par lequel la préfète de la zone de défense et de sécurité du Sud-Ouest l'a placée en congé de maladie ordinaire du 16 avril au 13 mai 2022 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'aggravation de sa pathologie préexistante est liée à l'accident de service qu'elle a subi ;

- en ne la plaçant pas en CITIS à titre provisoire à l'issue du délai prévu par l'article 47-5 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- l'Etat a également commis une faute caractérisée par la durée de la procédure d'instruction ;

- en rapportant les décisions litigieuses, l'Etat a reconnu avoir commis une illégalité fautive caractérisée par un vice de procédure, une erreur de droit et une erreur d'appréciation ;

- l'illégalité fautive des décisions litigieuses a eu pour conséquence son placement en congé de maladie ordinaire et à demi-traitement pour plusieurs mois, à tort, ce qui l'a conduite à reprendre son travail à temps partiel thérapeutique, ne lui a pas permis de prendre le temps de se soigner, et a eu un impact sur son état de santé psychique ;

- les fautes commises par l'Etat ont eu pour conséquence de la positionner dans une incertitude permanente et de la contraindre à saisir le tribunal administratif, ce qui a également occasionné d'importants troubles psychiques ;

- elle a, en conséquence, subi un préjudice moral s'élevant à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 15 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 juin 2024.

II. Par une requête n° 2203762 et un mémoire, enregistrés le 11 juillet 2022 et le 15 mai 2024, Mme C B, représentée par Me Lagarde, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 mai 2022 de la préfète de la zone de défense et de sécurité du Sud-Ouest en tant qu'elle a refusé de reconnaître imputables au service les arrêts de travail postérieurs au 21 janvier 2022 et l'arrêté n° U12545140421023 du 11 mai 2022 en tant qu'il l'a placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) pour la seule période du 14 au 21 janvier 2022 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'aggravation de sa pathologie préexistante est liée à l'accident de service qu'elle a subi ;

- en ne la plaçant pas en CITIS à titre provisoire à l'issue du délai prévu par l'article 47-5 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- l'Etat a également commis une faute caractérisée par la durée de la procédure d'instruction ;

- en rapportant les décisions litigieuses, l'Etat a reconnu avoir commis une illégalité fautive caractérisée par un vice de procédure, une erreur de droit et une erreur d'appréciation ;

- l'illégalité fautive des décisions litigieuses a eu pour conséquence son placement en congé de maladie ordinaire et à demi-traitement pour plusieurs mois, à tort, ce qui l'a conduite à reprendre son travail à temps partiel thérapeutique, ne lui a pas permis de prendre le temps de se soigner, et a eu un impact sur son état de santé psychique ;

- les fautes commises par l'Etat ont eu pour conséquence de la positionner dans une incertitude permanente et de la contraindre à saisir le tribunal administratif, ce qui a également occasionné d'importants troubles psychiques ;

- elle a, en conséquence, subi un préjudice moral s'élevant à la somme de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaouën,

- les conclusions de Mme Caste, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lagarde, représentant Mme B, et de M. A, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B est adjointe administrative principale de première classe au sein du ministère de l'intérieur et des outre-mer. Le 13 janvier 2022, elle a subi une chute sur son lieu de travail, entraînant des lésions au poignet. Cet accident, qui a fait l'objet d'une déclaration d'accident de service le même jour, a été reconnu imputable au service par une décision de la préfète de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest du 10 mai 2022. Par la même décision, la préfète a reconnu l'imputabilité au service de son arrêt de travail pour la période du 14 au 21 janvier 2022, mais a estimé en revanche que les arrêts de travail prescrits à compter du 22 janvier 2022 ne présentaient pas de lien direct avec cet accident. En conséquence, cette préfète a placé Mme B, par un arrêté n° U12545140421023 du 11 mai 2022, en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) pour la seule période du 14 au 21 janvier 2022 et, par un arrêté n° S70284000428365 du même jour, en congé de maladie ordinaire du 16 avril au 13 mai 2022. Mme B a repris ses fonctions à temps partiel thérapeutique à compter du 16 août 2022. Elle doit être regardée comme demandant au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du 10 mai 2022 et les arrêtés du 11 mai 2022 en tant qu'ils n'ont pas reconnu imputables au service ses arrêts de travail à compter du 22 janvier 2022 et, d'autre part, de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice moral résultant de l'illégalité fautive des décisions contestées et des fautes commises par l'Etat dans l'instruction de sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident.

2. Les requêtes n° 2203760 et 2203762 concernent la situation d'une même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 12 janvier 2023 édicté en cours d'instance à la suite de l'expertise médicale menée le 22 septembre 2022, à la demande de l'administration, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest a placé Mme B en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la période du 22 janvier au 12 août 2022 inclus. Ce faisant, le préfet doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré la décision du 10 mai 2022 et les arrêtés du 11 mai 2022 dans la mesure contestée par Mme B dans ses deux requêtes. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation présentées par cette dernière sont désormais dépourvues d'objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 822-18 du code général de la fonction publique : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ". Aux termes de l'article L. 822-21 du même code : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / 1° Un accident reconnu imputable au service tel qu'il est défini à l'article L. 822-18 () ". Aux termes de l'article L. 822-22 du même code : " Le fonctionnaire bénéficiaire d'un congé pour invalidité temporaire imputable au service conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 47-4 du décret susvisé du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " L'administration qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : / 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé lorsque des circonstances particulières paraissent de nature à détacher l'accident du service () ". Aux termes de l'article 47-5 du même décret : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'administration dispose d'un délai : / 1° En cas d'accident, d'un mois à compter de la date à laquelle elle reçoit la déclaration d'accident et le certificat médical (). Un délai supplémentaire de trois mois s'ajoute aux délais mentionnés au 1° et au 2° en cas d'enquête administrative diligentée à la suite d'une déclaration d'accident de trajet ou de la déclaration d'une maladie mentionnée au troisième alinéa du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée, d'examen par le médecin agréé ou de saisine de la commission de réforme compétente. Lorsqu'il y a nécessité d'examen ou d'enquête complémentaire, l'employeur doit en informer l'agent ou ses ayants droit. / Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'administration n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 et au dernier alinéa de l'article 47-9. Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 47-9 ". Aux termes de l'article 49 du même décret : " Au terme de l'instruction, l'administration se prononce sur l'imputabilité au service et, lorsqu'elle est constatée, place le fonctionnaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la durée de l'arrêt de travail. () Pour obtenir la prolongation du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse un nouveau certificat médical à son administration précisant la durée probable de l'incapacité de travail ".

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier des certificats médicaux produits par Mme B et des conclusions de l'expertise médicale réalisée à la demande de l'administration le 12 septembre 2022, que si l'accident survenu le 13 janvier 2022 a révélé que l'intéressée souffrait de pathologies préexistantes, à savoir une arthrose et une rhizarthrose, le traumatisme subi à l'occasion de cet accident a provoqué une symptomatologie réactionnelle sur ces pathologies de la main et du poignet droits, nécessitant par elle-même 6 à 9 mois de traitement. Dès lors, les arrêts de travail et les soins prescrits du 14 janvier au 12 septembre 2022, jour de l'expertise, présentent un lien direct et certain avec l'accident de service du 13 janvier 2022. La décision initiale du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud-Ouest de ne pas reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail et soins prescrits à Mme B à compter du 22 janvier 2022, retirée ensuite par une décision du 12 janvier 2023, était ainsi entachée d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a déposé sa déclaration d'accident de service le 13 janvier 2022 et qu'elle s'est vue opposer, le 10 mai 2022, une décision de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail et soins prescrits à compter du 22 janvier 2022, dont les conséquences ont été tirées par un arrêté du 11 mai 2022 la plaçant en congé de maladie ordinaire à compter de cette date. Dès lors que ces décisions n'avaient pas fait l'objet d'un retrait lorsque l'administration a sollicité l'examen de Mme B par un médecin agréé, qui s'est déroulé le 12 septembre 2022, l'administration, qui avait déjà statué sur l'imputabilité au service des arrêts de travail de l'intéressée, n'a pas commis de faute en s'abstenant de la placer provisoirement en congé pour invalidité temporaire imputable au service en application des dispositions précitées de l'article 47-5 du décret du 14 mars 1986.

8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le médecin agréé mandaté par l'administration a remis son rapport le 22 septembre 2023, que Mme B n'a eu connaissance des conclusions de ce médecin qu'à l'occasion de la production du mémoire en défense du ministre de l'intérieur, soit le 1er mars 2024, et que l'administration n'a reconnu l'imputabilité au service de l'ensemble des arrêts et soins prescrits à Mme B que le 12 janvier 2023. Compte tenu de l'intervention de décisions refusant de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts postérieurs au 22 janvier 2022, de la circonstance qu'un expert n'a été sollicité qu'après l'intervention de ces décisions, du délai écoulé entre la remise du rapport du médecin agréé et la décision du 12 janvier 2023 et de ce qu'aucune diligence supplémentaire, telle qu'une saisine de la commission de réforme, n'est de nature à justifier ce délai, la requérante est fondée à soutenir que la carence manifestée par l'administration dans le déroulement de l'instruction de sa demande constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

9. Il résulte de l'instruction que les fautes mentionnées au point 6 et 8 ont maintenu Mme B dans une situation incertaine et ont limité sa rémunération à un demi-traitement pendant une durée anormalement longue, occasionnant un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 500 euros. Par suite, il y a lieu de condamner l'Etat verser une somme de 500 euros à Mme B.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, soit 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 mai 2022 en tant que la préfète de la zone de défense et de sécurité du Sud-Ouest a refusé de reconnaître imputables au service les arrêts de travail de Mme B postérieurs au 21 janvier 2022, de l'arrêté n° U12545140421023 du 11 mai 2022 en tant que cette préfète l'a placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) pour la seule période du 14 au 21 janvier 2022 et de l'arrêté n° S70284000428365 du 11 mai 2022 par lequel la préfète de la zone de défense et de sécurité du Sud-Ouest l'a placée en congé de maladie ordinaire du 16 avril au 13 mai 2022.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme B une somme de 500 euros en réparation de son préjudice.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la zone de défense et de sécurité du Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Jaouën, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN

Le président,

M. BOURGEOIS La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

2,220376

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