jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203777 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | AUTEF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Aurélie Autef, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à défaut de se conformer à cette obligation ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête, qui n'est pas tardive, est recevable ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- le signataire de la décision ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- la décision refusant de lui accorder un titre de séjour en qualité de salarié n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît le principe du contradictoire dès lors que le rapport de la direction zonale de la police aux frontières ne lui a pas été communiqué préalablement à l'édiction de la décision en litige ;
- elle a été édictée au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a obtenu un récépissé créateur de droits ; son état civil est établi par différents documents ; les autorités ivoiriennes n'ont pas été saisies ; la direction zonale de la police aux frontières de Toulouse a estimé que son acte de naissance était authentique ; un passeport lui a été délivré sur la base de cet acte de naissance ; il a fait l'objet d'une évaluation concluant à sa minorité ; il a été confié à l'aide sociale à l'enfance ; le signalement de la préfète de la Gironde a fait l'objet d'un classement sans suite de la part du Procureur de la République ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions fixées à cet article ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît ces mêmes dispositions ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 19 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 5 septembre 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Autef, représentant M. A,
- la préfète de la Gironde n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 5 janvier 2003, est entré en France en décembre 2018. Il a fait l'objet d'une ordonnance provisoire de placement du procureur de la République de Rodez le 22 février 2019. Par un jugement du 14 novembre 2019, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Bordeaux l'a confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. Le 3 février 2021, M. A a sollicité son admission au séjour auprès de la préfète de la Gironde sur le fondement des dispositions des dispositions du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu L. 423-22 du même code. Par un arrêté du 12 avril 2022, la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; /2° Les documents justifiants de sa nationalité () ". L'article L. 811-2 du même code dispose que : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Selon l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. A, la préfète de la Gironde s'est fondée sur le caractère frauduleux des documents d'état civil présentés à l'appui de la demande.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A a présenté une copie intégrale datant du 28 juillet 2020 d'un acte de naissance n°1644 du centre de Danane édité le 29 décembre 2013 faisant état d'une naissance le 5 janvier 2003, légalisé par le ministère des affaires étrangères ivoirien le 12 août 2020, ainsi qu'un extrait de ce même acte délivré le 5 août 2020. M. A a également fourni un certificat de nationalité. Pour contester l'authenticité de ces documents, la préfète de la Gironde s'est fondée sur un rapport de la direction zonale de la police aux frontières du 18 août 2021 selon lequel la copie intégrale comme l'extrait de l'acte de naissance produits par M. A présentent des zones blanchies par grattage au niveau du prénom de l'intéressé et de la date de la loi du 25 janvier 2013 permettant l'enregistrement tardif des naissances. M. A s'est toutefois vu délivrer un certificat de nationalité le 4 août 2020 et un passeport le 18 novembre 2020 mentionnant la même identité. En outre, M. A a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République de Rodez le 22 février 2019, d'une ordonnance et d'un jugement des 4 mars et 14 novembre 2019 du tribunal judiciaire de Bordeaux maintenant son placement ainsi que d'un jugement du 3 décembre 2019 déléguant l'autorité parentale au département de la Gironde. Si la préfète de la Gironde a adressé un signalement au procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale relatif au caractère frauduleux que présenterait les documents de M. A, il constant que celui-ci a été classé sans suite. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde ne peut être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe du caractère non conforme à la réalité des actes en question. Ce faisant, la préfète de la Gironde ne pouvait légalement rejeter la demande de titre de séjour de M. A au motif qu'il ne justifiait pas de son identité.
6. Il résulte de ce qui précède, et pour ce seul motif, que la décision du 12 avril 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé d'admettre M. A au séjour doit être annulée, et par voie de conséquence les décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2022. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Autef, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat, le versement à cette dernière de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Gironde du 12 avril 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Aurélie Autef, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Autef renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Aurélie Autef et à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
Mme Lahitte, conseillère,
M. Bongrain, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.
Le rapporteur,
A. B
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈSLa greffière,
C. SCHIANO
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026