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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2203842

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2203842

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2203842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 15 juillet 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Lyon a renvoyé au tribunal administratif de Bordeaux le dossier de la requête de M. E A.

Par cette requête, M. E A représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente dès lors que le signataire de l'acte ne dispose pas d'une délégation régulièrement publiée ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu de l'intéressé ;

- la préfète de la Loire a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Monsieur A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 18 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, de nationalité algérienne, né le 11 novembre 1994, allègue être entré en France en 2020. Par arrêté en date du 21 juin 2022, la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français avec un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Dans la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 18 juillet 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté a été signé par M. C D, sous-préfet secrétaire général, qui disposait d'une délégation en vertu d'un arrêté préfectoral du 6 mai 2022 régulièrement publié au recueil des acte administratifs de la préfecture de la Loire du 6 mai 2022, aux fins de signer notamment " tous actes, arrêtés, décisions, documents et correspondances administratives, y compris : les arrêtés portant éloignement d'un étranger pris en application des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", dont font partie la mesure en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. " Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. M. A soutient qu'il n'a pas été en mesure de faire utilement valoir des observations avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a été auditionné le 21 juin 2022 par les services de police à la suite d'un contrôle routier. M. A ne fait valoir, au soutien de son moyen, aucun élément qui, s'il avait été communiqué à la préfète, aurait dû conduire cette dernière à ne pas prendre la décision contestée. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait méconnu son droit d'être entendu préalablement à l'édiction à son encontre d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, M. A fait valoir qu'il travaille sur le territoire français ce qui lui permet de transférer régulièrement une partie de ses revenus à sa famille restée en Algérie afin de payer les frais médicaux de son père. Toutefois, et d'une part, M. A est entré irrégulièrement sur le territoire et se maintient depuis lors sans avoir sollicité de titre de séjour. D'autre part, M. A n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations relatives à l'aide financière apportée à sa famille et à l'état de santé de son père. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire français, la préfète de la Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ni de la situation personnelle du requérant ni des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de ce dernier.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 21 juin 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

J-C. B La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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