jeudi 28 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2203909 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | MEAUDE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2022, la préfète de la Gironde demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sous un délai de huit jours de M. F D et de Mme E A du logement qu'ils occupent, situé 53 rue Léon Jouhaux à Bordeaux au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par l'association SOS Solidarités ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux passé ce délai de huit jours ;
3°) d'autoriser la préfète à donner toutes instructions utiles au diaconat de Bordeaux afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D et de Mme A à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Elle soutient que :
- le juge administratif est compétent pour connaître d'une telle demande en vertu des dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la requête est recevable dès lors qu'une mise en demeure de quitter le lieu d'hébergement a été notifiée le 15 juin 2022 à M. D et Mme A, qui se maintiennent néanmoins dans les lieux et que la procédure de sortie de l'hébergement prévue aux articles L. 551-12 et R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été respectée ;
- la libération des lieux par les intéressés présente un caractère d'urgence et d'utilité compte tenu du nombre de places disponibles dans les dispositifs d'hébergement pour demandeurs d'asile et du nombre de demandeurs d'asile qui n'ont pu bénéficier d'un hébergement recensés dans le département de la Gironde ;
- M. D et Mme A se maintiennent illégalement dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile en application des dispositions des articles L. 552-2 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que leur recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant leur demande d'asile a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile et qu'ils disposaient d'un délai d'un mois pour quitter le logement qu'ils occupent.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, M. F D et Mme E A, représentés par Me C, concluent :
1°) à ce que l'aide juridictionnelle leur soit accordée à titre provisoire ;
2°) à titre principal, au rejet de la requête ;
3°) à titre subsidiaire, à ce que leur soit octroyé un délai de douze mois de sursis à leur expulsion ;
4°) à ce qu'une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la préfète ne produit aucun chiffre ou document justifiant de l'urgence de la demande ;
- la demande d'expulsion se heurte à une contestation sérieuse dès lors que Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé afin de bénéficier d'un suivi psychiatrique, que les époux résident avec leurs deux enfants, âgés de 7 et 10 ans, que la famille souhaite demander le réexamen de leur demande d'asile et qu'aucune proposition de relogement ne leur a été faite par les services préfectoraux ;
- un délai de départ de douze mois doit leur être octroyé dès lors qu'ils bénéficient du droit d'être relogés en application des dispositions de l'article L. 521-3-1 du code de justice administrative et de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles et qu'aucune proposition de relogement ou d'hébergement ne leur a été présentée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport et entendu Mme C, représentant M. D et Mme A, qui reprend ses écritures et fait en outre valoir que ces derniers n'ont reçu communication de la requête et de l'avis d'audience que le 27 juillet 2022 à 9h40, ce qui ne leur a laissé que peu de temps pour réunir des documents et ne leur a pas permis de s'enquérir de l'état de la demande de titre de séjour formée par Mme A, et qu'ils n'ont bénéficié d'aucun accompagnement de la part des services préfectoraux, de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ou du centre d'accueil pour demandeurs d'asile au sein duquel ils sont hébergés pour trouver une solution de relogement ou d'hébergement.
La préfète de la Gironde n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
2. M. D et Mme A ont déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué par le bureau d'aide juridictionnelle. Compte tenu de l'urgence, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. D et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. L'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". L'article L. 542-1 du même code prévoit que : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". En vertu de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". L'article R. 552-13 du même code dispose que : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13, dans les conditions suivantes : () 2° Dans les autres cas, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement pour une durée maximale d'un mois à compter de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu. ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Enfin, en vertu de l'article L. 521-3-1 du code de justice administrative : " () En cas d'évacuation forcée, l'autorité chargée de l'exécution de la décision du juge s'efforce par tous moyens de proposer un relogement aux occupants sans titre en situation régulière sur le territoire national. Dès lors qu'une proposition adaptée de relogement a été faite, le juge peut ordonner la démolition de la construction illégale. ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile qui n'a plus cette qualité, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Il résulte de l'instruction que la demande d'asile présentée par Mme E A a été rejetée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 18 janvier 2021 et que son recours dirigé contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 mars 2022. Ainsi, le droit de Mme A à se maintenir sur le territoire français a pris fin le 10 mars 2022, de sorte que son hébergement, avec son époux, M. F D, et leurs deux enfants âgés de 7 et 10 ans, dans un appartement du centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par l'association SOS Solidarités, situé 53 rue Léon Jouhaux à Bordeaux, a pris fin le 31 mars suivant. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés aient sollicité leur maintien dans ce lieu d'hébergement et, en tout état de cause, à supposer même que ce maintien leur ait été accordé, il ne pouvait l'être que pour une durée maximale d'un mois à compter de la fin de prise en charge, soit jusqu'au 30 avril 2022. Après que les intéressés ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 1er avril 2022, la préfète de la Gironde les a mis en demeure de quitter les lieux par lettre du 31 mai 2022, notifiée le 15 juin suivant. Il n'est pas contesté par les intéressés qu'ils se maintiennent dans les lieux.
6. M. D et Mme A font valoir qu'ils souhaitent solliciter un réexamen de la demande d'asile de cette dernière et, par ailleurs, qu'elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé et produisent un certificat médical du 25 janvier 2022 indiquant qu'elle souffre d'un trouble de stress post-traumatique compliqué d'un épisode dépressif majeur d'intensité sévère et de trouble d'expression somatique à type de céphalées chroniques. Toutefois, ces seuls éléments ne sont pas de nature à faire regarder la demande de la préfète de la Gironde comme se heurtant à une contestation sérieuse.
7. En outre, la libération des lieux par les intéressés présente, eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile, parmi lesquels 1 977 personnes, dont 14 familles avec enfants mineurs et 17 personnes isolées, ne bénéficient pas d'un hébergement dans le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile, et au nombre de places dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile en Gironde, à savoir 1 121 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile et 756 places d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile, un caractère d'urgence et d'utilité que ne sont pas susceptibles de remettre en cause les circonstances que font valoir M. D et Mme A.
8. Par ailleurs, s'ils soutiennent que la préfète aurait dû assurer leur relogement, les dispositions de l'article L. 521-3-1 du code de justice administrative qu'ils invoquent sont inopérantes dès lors qu'ils ne se trouvent pas en situation régulière sur le territoire national. En outre, le droit de toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale d'accéder, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence, garanti par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, n'a pas pour effet de permettre à une famille de se maintenir au sein d'un hébergement pour demandeurs d'asile dès lors que leur droit de se maintenir sur le territoire français a pris fin et leur expulsion du logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile n'a pas pour effet de priver M. D et Mme A de la possibilité de solliciter de la part des services compétents un hébergement d'urgence. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que les intéressés aient accompli des démarches en ce sens alors qu'ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à compter du 30 avril 2022 par courrier du 1er avril 2022 et que la mise en demeure du 31 mai 2022 leur a été notifiée le 15 juin suivant. En revanche, il y a lieu, pour tenir compte de leur situation familiale et de la période estivale et leur permettre d'accomplir des démarches en vue de trouver une solution d'hébergement, de leur accorder un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance pour libérer le logement qu'ils occupent.
9. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à M. D et Mme A et à tous occupants de leur chef de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent. Il sera loisible à la préfète de la Gironde, à défaut d'exécution volontaire dans ce délai, d'obtenir l'exécution de cette décision juridictionnelle en procédant à l'expulsion des intéressés aux frais, risques et périls de ces derniers et en sollicitant, en tant que de besoin, le concours de la force publique. Il y a également lieu d'enjoindre à M. D et Mme A d'évacuer les biens meubles entreposés leur appartenant.
Sur les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens :
10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions et de celles du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent dès lors être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. F D et Mme E A et à tous occupants de leur chef de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent sans droit ni titre au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile géré par l'association SOS Solidarités, situé 53 rue Léon Jouhaux à Bordeaux.
Article 2 : Il est enjoint à M. F D et Mme E A de retirer du logement mentionné à l'article 1er tous les biens meubles leur appartenant et s'y trouvant.
Article 3 : A défaut d'exécution volontaire dans le délai mentionné à l'article 1er, la préfète de la Gironde est autorisée à faire procéder, avec le concours de la force publique, à l'expulsion de M. F D et Mme E A et à faire évacuer du logement les biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des intéressés.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. F D et à Mme E A.
Copie en sera adressée à la préfète de la Gironde.
Fait à Bordeaux, le 28 juillet 2022.
La juge des référés,La greffière,
S. BC. GIOFFRE
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à
tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les
parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026