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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204179

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204179

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204179
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantCESSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2022, M. C E, représenté par Me Paul Cesso, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Charente-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de se prononcer à nouveau sur son droit au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;

Sur la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- cette décision méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est entré en France de manière régulière le 4 juillet 2017 et réside ainsi depuis cinq ans sur le territoire, qu'il entretient une relation de concubinage avec une compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, avec qui il partage une vie commune depuis le 19 mai 2019, qu'un enfant est né de leur union le 25 février 2022, qu'il résidait avec son épouse et son enfant jusqu'à la veille de l'édiction de l'arrêté litigieux et qu'il conteste les faits de violences pour lesquels sa compagne a porté plainte ;

- cette décision méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant, garanti par les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé a nécessairement pour effet de séparer l'enfant de l'un de ses parents ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- dès lors qu'il entre dans les catégories lui permettant de bénéficier de plein droit d'un titre de séjour, il ne peut faire légalement l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard aux conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire français, à l'ancienneté de ce séjour et à son intégration ;

- cette décision méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant, garanti par les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne saurait être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de se soustraire à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an :

- cette décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le préfet de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le décret n°2021-810 du 24 juin 2021 portant diverses dispositions en matière d'aide juridictionnelle et d'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme D et les observations orales de Me Anaïs Esseul, substituant Me Paul Cesso, représentant M. E, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens, le préfet de la Charente-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

Les parties ont été informées à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du magistrat désigné pour connaître des conclusions à fin d'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui relèvent d'une formation collégiale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 juillet 2022, le préfet de la Charente-Maritime a refusé de délivrer à M. C E, né le 6 avril 1976, de nationalité algérienne, le certificat de résidence qu'il sollicitait sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. E, placé en rétention administrative, demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.

Sur l'étendue du litige et la compétence de la magistrate désignée :

2. Il n'appartient pas au juge statuant selon la procédure prévue aux articles L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative de connaître des conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à M. E, ainsi que des conclusions accessoires à cette demande, qui doivent donc être renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ". L'article 39 du décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020, modifié par l'article 3 du décret n°2021-810 du 24 juin 2021 dispose que : " Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide. ".

4. Il résulte de ces dispositions que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal un étranger placé en centre de rétention administrative dans une instance relative à sa procédure d'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. En l'espèce, Me Cesso a été désigné d'office pour représenter M. E et bénéficiera donc nécessairement de cette rétribution. Par suite, les conclusions présentées par le requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation relevant de la compétence de la magistrate désignée :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées relevant de la compétence de la magistrate désignée :

5. M. Pierre Molager, secrétaire général de la préfecture de la Charente-Maritime et signataire de la décision litigieuse, bénéficiait d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Charente-Maritime, en vertu d'un arrêté n° 17-2022-05-30-00006 du 30 mai 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions, à l'exception d'une liste limitativement énumérée de décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. L'article 6 de l'accord franco-algérien stipule que : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). ". En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'obligation de quitter le territoire français que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

8. En premier lieu, M. E soutient qu'il doit se voir attribuer de plein droit un certificat de résidence en application des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors qu'il est entré en France de manière régulière le 4 juillet 2017 et réside ainsi depuis cinq ans sur le territoire, qu'il entretient une relation de concubinage avec une compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, avec qui il partage une vie commune depuis le 19 mai 2019, qu'un enfant est né de leur union le 25 février 2022, qu'il résidait avec son épouse et son enfant jusqu'à la veille de l'édiction de l'arrêté litigieux et qu'il conteste les faits de violences intrafamiliales pour lesquels sa compagne a porté plainte.

9. Toutefois, tout d'abord, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France le 4 juillet 2017 sous couvert d'un passeport algérien et d'un visa d'une durée de 30 jours avec entrées multiples, les éléments qu'il produit, à savoir une copie de ce passeport, le formulaire de demande de titre de séjour déposé le 23 mai 2022, l'acte de naissance de son fils A né le 25 février 2022 et un échéancier de factures d'électricité du 3 novembre 2021, ne suffisent pas à établir qu'il séjournerait habituellement en France depuis 2017.

10. Ensuite, M. E produit, pour étayer ses allégations selon lesquelles il partage depuis 2019 une vie commune avec Mme B, également de nationalité algérienne et mère de son fils A, outre les documents précités, une unique attestation datée du 29 juillet 2022 et établie pour les besoins de la cause par une personne se présentant comme son amie, indiquant qu'il était en couple avec Mme B depuis juin 2019. A cet égard, au cours de son audition par les services de police le 26 juillet 2022, Mme B a indiqué qu'elle le fréquentait depuis juin 2019 mais qu'ils n'ont jamais emménagé ensemble, que le requérant a seulement utilisé son adresse pour ses démarches administratives et que s'ils ont continué à se fréquenter, elle a toujours refusé de partager une vie commune avec lui et a fait état d'éléments précis sur les séjours que l'intéressé a effectués chez elle, notamment pour passer du temps avec leur enfant. M. E a déclaré, au cours de son audition du même jour, qu'il habitait avec Mme B depuis juin ou juillet 2019 et qu'il avait l'intention de la quitter et ne souhaitait plus vivre avec elle. Compte tenu de ces déclarations contradictoires et de l'absence d'éléments probants produits par le requérant, ses allégations selon lesquelles il partagerait une vie commune avec Mme B depuis trois ans à la date de la décision en litige ne sauraient être regardées comme établies.

11. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. E et Mme B ont eu un enfant, A, né le 25 février 2022 après avoir été reconnu par les père et mère le 1er septembre 2021. Si, ainsi qu'il a déjà été mentionné, il n'est pas établi qu'ils auraient partagé une vie commune, il ressort des déclarations effectuées par M. E et Mme B auprès des services de police et concordantes sur ce point que le requérant entretient une relation régulière avec son fils. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le 26 juillet 2022, une voisine de Mme B a fait appel aux services de police et déclaré entendre des cris, des enfants pleurer et une femme dire " ne me tape pas ", que les services de police ont concomitamment été contactés par Mme B, qui déclarait avoir reçu, sous les yeux de ses enfants, des coups de la part de son ex-compagnon, que les services de police se sont rendus sur place et ont interpellé M. E, que Mme B présentait des lésions au visage, au poignet, à l'épaule et dans le dos, qui ont justifié son transport vers les urgences où un médecin a constaté ces blessures et prescrit une incapacité temporaire de travail d'une durée de deux jours et qu'elle a porté plainte contre M. E au sujet de ces violences.

12. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et alors même que M. E conteste les faits de violences qui lui sont reprochés, les liens personnels et familiaux dont se prévaut l'intéressé ne suffisent pas à faire regarder le refus d'autoriser son séjour comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Il en résulte que M. E ne peut être regardé comme pouvant prétendre de plein droit à l'attribution d'un titre de séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de sorte qu'il ne peut utilement soutenir qu'une telle circonstance ferait obstacle à son éloignement.

13. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 9 à 12 ci-dessus.

14. En troisième lieu, compte tenu de l'ensemble des éléments cités aux points 10 à 12 et, en particulier, des faits de violences intrafamiliales reprochés à M. E, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à l'intérêt supérieur de son enfant A une atteinte disproportionnée aux buts qu'elle poursuit, alors même qu'elle aurait pour effet de le séparer de l'un de ses parents compte tenu de ce que Mme B, titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans, a vocation à rester sur le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En vertu de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

16. D'une part, compte tenu des éléments mentionnés aux points 11 et 12 ci-dessus et, notamment, des faits de violences intrafamiliales reprochés au requérant, son comportement doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier des déclarations faites par l'intéressé aux services de police au cours de son audition, qu'il n'avait pas l'intention de rejoindre le domicile de la mère de son fils à l'issue de l'interpellation et qu'il comptait appeler un ami pouvant l'héberger à Paris, sans toutefois être en mesure de communiquer son adresse aux fonctionnaires de police. Dans ces circonstances, et compte, tenu, par ailleurs, de ce que la vie commune avec Mme B n'est pas établie, ainsi qu'il a été dit au point 10 ci-dessus, M. E ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, de sorte qu'il ne peut être regardé comme présentant des garanties de représentation suffisantes. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions des 1° et 3° des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Charente-Maritime a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

17. En second lieu, les moyens tirés de ce que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 13 et 14 ci-dessus.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

19. En premier lieu, si M. E soutient que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 13 et 14 ci-dessus.

20. En second lieu, les éléments dont se prévaut M. E ne sauraient, compte tenu de ce qui a été dit aux points 9 à 12, être regardés comme des circonstances humanitaires pouvant justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. En outre, la durée d'un an fixée pour cette interdiction ne saurait être regardée comme excessive, eu égard à l'absence d'éléments permettant d'établir l'ancienneté du séjour de l'intéressé en France, à la nature de ses liens sur le territoire français et à la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur ce territoire, alors même qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

21. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 27 juillet 2022 par lesquelles le préfet de la Charente-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

22. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. E tendant à l'annulation de la décision du 27 juillet 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, au préfet de la Charente-Maritime et à Me Paul Cesso.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2022.

La magistrate désignée,

S. DLa greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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