lundi 31 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204202 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU-6 semaines |
| Avocat requérant | MEAUDE |
Vu la procédure suivante :
D une requête enregistrée le 30 juillet 2022, Mme B, représenté D Me Meaude, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2022 D lequel la préfète de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans les 15 jours, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros D jour de retard, et de lui délivrer, dans les deux cas, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) à titre subsidiaire, suspendre l'exécution de la décision du 12 juillet 2022 jusqu'à la lecture publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- la décision est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l'arrêté est entaché d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine.
En ce qui concerne les conclusions à fin de suspension de l'obligation d'éloignement, elle fait valoir qu'elle justifie d'éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours D la Cour nationale du droit d'asile.
D un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Me Chadourne substituant Me Meaude, représentant Mme B, reprend et développe les moyens de la requête.
La préfète de la Gironde n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante albanaise, est entrée sur le territoire le 4 juillet 2021 selon ses déclarations. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile D décision du 30 juin 2022, après examen en procédure accélérée, l'Albanie étant considéré comme pays sûr. D arrêté du 12 juillet 2022 dont elle demande l'annulation, la préfète de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle possède la nationalité.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée D la juridiction compétente ou son président. () L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée D décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée D le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme D l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la demande de la requérante, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
4. En premier lieu, la décision comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne qu'elle est célibataire et sans charges de famille en France, qu'elle ne démontre pas être dans l'impossibilité de se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans, et qu'elle ne fait valoir aucun élément justifiant son intégration dans la société française et ne produit aucun document établissant son insertion durable dans la société française. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'un défaut de motivation doit être écarté. Eu égard à cette motivation, la préfète de la Gironde n'a entaché sa décision d'aucune erreur de nature à révéler un défaut d'examen sérieux de la situation de la requérante.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable./ () "
6. si Mme B établit qu'elle est suivie médicalement en France, les pièces produites, à savoir un certificat médical et une ordonnance ne permettent pas de considérer que le défaut de soins pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'elle ne pourrait avoir accès à un traitement approprié dans son pays d'origine. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le père de la requérante a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire D décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 juillet 2017, en raison d'une vendetta de la part de la personne qu'il était accusé d'avoir blessée, faits pour lesquels il a pourtant été innocenté après avoir fait l'objet d'une détention provisoire. Le frère de la requérante, alors mineur, a également obtenu le bénéfice de cette protection. Mme B a formulé la même demande, et un refus lui a été opposé le 28 décembre 2021 au motif qu'elle était majeure. Si l'intéressée n'était, pendant la période 2017 - 2021, alors pas dépourvue d'attaches dans son pays, où elle poursuivait ses études, en la personne de sa mère, la mère de l'intéressée a, depuis lors, également quitté l'Albanie, et a demandé l'asile en France. Ainsi, les attaches familiales de Mme B, célibataire et sans enfant, ne sont plus situées dans son pays d'origine mais bien en France ; deux membres de sa famille au moins ayant vocation à rester durablement sur le territoire, eu égard notamment à la nature de leur droit au séjour. Il s'ensuit qu'en décidant d'éloigner la requérante du territoire français, la préfète de la Gironde a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée D rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise.
10. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire doit être annulée ainsi que, D voie de conséquence, les décisions fixant un délai de départ de 30 jours et fixant un pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard au motif d'annulation, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer à Mme B un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. L'Etat, partie perdante à la présente instance, versera à Me Meaude une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour elle de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, et sous réserve que la requérante soit admise définitivement au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme B.
D E C I D E:
Article 1er : Mme A B est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les décisions, contenues dans l'arrêté du 12 juillet 2022, D lesquelles la préfète de la Gironde a obligé Mme A B à quitter le territoire dans un délai de trente jours à destination du pays dont elle possède la nationalité, sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à Mme A B un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Meaude renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Meaude, avocate de Mme A B, une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à Mme A B.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de la Gironde et à Me Delphine Meaude.
Rendu public D mise à disposition au greffe le 31 octobre 2022.
La magistrate désignée,
M. CLa greffière,
S. CASTAIN
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026