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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204226

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204226

mercredi 7 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCESSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 1er août 2022 et le 19 septembre 2022, Mme E, représentée par Me Cesso, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 juillet 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- le refus de séjour a été pris sur une procédure irrégulière ;

- le refus de séjour méconnait les articles L. 425-10, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est contraire aux articles 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi est contraire à l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zuccarello, présidente,

- et les observations de Me Esseul, substituant Me Cesso, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante géorgienne, a déclaré être entré en France le 28 septembre 2019 accompagnée de son conjoint, de leur fille mineure, un second enfant étant né depuis sur le sol français. Les demandes d'asile du couple ont été rejetées par des décisions du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) après avoir été examinées selon la procédure accélérée. Par un arrêté 8 juillet 2022, la préfète de la Gironde a refusé de délivrer à Mme E un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 21 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, donné délégation à Mme C F, directrice adjointe, à l'effet de signer toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B D, directeur des migrations et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". Selon l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi allant dans le sens de ses conclusions. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. La préfète de la Gironde a produit l'avis du collège des médecins de l'OFII du 7 décembre 2021, signé électroniquement par les membres du collège. Compte tenu de cette production, et sans plus de précision du requérant quant à l'irrégularité dont serait entaché cet avis, le moyen tiré du vice de procédure qui entacherait la décision attaquée doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort de cet avis du collège des médecins de l'OFII du 7 décembre 2021 que l'état de santé de l'enfant de la requérante nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. La requérante soutient que l'arrêt de sa prise en charge médicale pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité et produit, un certificat médical d'un médecin généraliste du 27 juillet 2022, au demeurant postérieur à la décision attaquée, qui indique que le suivi en France est nécessaire à défaut de possibilité de soins équivalents dans le pays d'origine, ainsi que le compte rendu d'hospitalisation de l'enfant. Toutefois, aucun des éléments médicaux produits ne permettent, à eux seuls, de remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII selon lequel le défaut de prise en charge de l'état de santé de l'enfant de Mme E ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant de Mme E serait dans l'impossibilité d'accéder effectivement à un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de séjour serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'état de santé de son enfant et méconnaîtrait les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, Mme E soutient que la décision de la préfète lui refusant le séjour méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que Mme E est entrée récemment sur le territoire français en 2019, qu'elle a déjà fait l'objet ainsi que son époux, d'un refus au titre de l'asile et d'une obligation de quitter le territoire français qu'elle n'a pas mise à exécution. Elle ne justifie d'aucun lien d'une particulière intensité en France ou elle n'a pas d'activité professionnelle et bénéficie d'un logement en structure sociale d'urgence. En revanche, elle a conservé des liens familiaux avec son pays d'origine ou elle a vécu jusqu'à ses 23 ans, ou est née son premier enfant et ou résident sa fratrie ainsi que ses parents. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de la Gironde lui a refusé le séjour. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme E.

8. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, à défaut de liens privés et familiaux sur le territoire français, eu égard à la récente présence de l'intéressée sur le territoire français, alors qu'elle ne justifie pas être isolée dans son pays d'origine, dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans, la décision de refus de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme E au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Enfin, en dernier lieu, dès lors que la mesure contestée n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de A E, de leur mère, elle ne porte pas atteinte à leur intérêt supérieur. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points 8 et 9, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est ni contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni à celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Si la requérante soutient que la décision fixant le pays de destination est contraire à l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle se borne à des considérations d'ordre général et n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle serait personnellement exposée à un risque pour sa vie, sa liberté ou sa sécurité, en cas de retour en Géorgie alors en outre que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, autorité administrative compétente en matière d'asile, a rejeté sa demande d'asile. Par suite, en désignant ce pays comme pays de destination, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les autres conclusions :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées. Il en va de même de ses conclusions au titre des frais liés à l'instance dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, à Me Cesso et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

F. ZUCCARELLO

L'assesseure la plus ancienne,

D. DE PAZ

Le greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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