lundi 8 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204280 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | GONNORD |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance du 3 août 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Pau a renvoyé au tribunal administratif de Bordeaux le dossier de la requête de M. K D enregistrée le 29 juillet 2022 sous le numéro 2201719. Cette requête a été enregistrée sous le numéro 2204280.
Par cette requête, M. K D, représenté par Me Gonnord, avocat commis d'office, demande au tribunal :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel la préfète de la Gironde a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
* le signataire ne justifie pas d'une délégation à cette fin ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
* elle porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
* le signataire ne justifie pas d'une délégation à cette fin ;
* la décision est illégale par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et des circonstances humanitaires dont il se prévaut.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, à 12h23, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. K D n'est fondé.
Vu l'arrêté attaqué.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, en application des articles L. 614-6 et L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, le 5 août 2022, à 14h30 :
* entendu en son rapport, M. Vaquero, magistrat désigné,
* entendu les observations de Me Gonnord, représentant M. K D, absent à l'audience. Il conclue aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens. Il ajoute que M. K D vient d'engager une procédure de pacte civile de solidarité avec Mlle F chez qui il est hébergé. Il justifie du sérieux de leur relation. Il ajoute également qu'il conteste le refus de départ volontaire opposé à son client. A ce sujet, rien ne permet d'affirmer qu'il y a un risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement.
Des pièces complémentaires ont été versées à l'audience pour M. K D et n'ont pas été communiquées.
En l'absence de la préfète de la Gironde ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations, à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. K D, de nationalité marocaine, né le 25 janvier 1998 à Sidi Slimane, est entré en France de manière irrégulière en 2017 selon ses dires et s'est maintenu sans autorisation sur le territoire. Suite à son interpellation à Libourne, le 26 juillet 2022, la préfète de la Gironde, par un arrêté du 27 juillet 2022, a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de trois ans. M. K D, initialement placé en rétention au centre de rétention administrative d'Hendaye, a été libéré par ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Bayonne en date du 31 juillet 2022 et assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une période de vingt-huit jours. M. K D demande l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2022.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ". L'article 39 du décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020, modifié par l'article 3 du décret n°2021-810 du 24 juin 2021 dispose que : " Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide. ".
3. Il résulte de ces dispositions que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal administratif un étranger assigné à résidence dans une instance relative à sa procédure d'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. En l'espèce, Me Gonnord a été désigné d'office pour représenter M. K D et bénéficiera donc nécessairement de cette rétribution. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre M. K D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté :
4. L'arrêté est signé de Mme G J, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux, qui disposait d'une délégation en vertu d'un arrêté préfectoral du 21 juin 2022 régulièrement publié au recueil des acte administratifs de la préfecture de la Gironde du 21 juin 2022, en l'absence ou en cas d'empêchement de M. A C et de Mme B I, aux fins de signer notamment " toutes décisions, documents ou correspondances pris en application des livres II, IV, V, VI, VI et VIII (parties législative et réglementaire) ", dont font partie les obligations de quitter le territoire français et les interdictions de retour sur le territoire. Il n'est ni démontré ni même allégué que M. C et Mme I n'étaient pas absents ou empêchés à la date de signature de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;()".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. K D est entré en France selon ses dires en 2017, de manière irrégulière et il s'est maintenu tout aussi irrégulièrement sur le territoire, en dépit d'une première mesure d'éloignement prise à son encontre par la préfète de la Gironde le 16 septembre 2020. Il ne peut justifier d'aucune ressources stable et légale en France. S'il se prévaut de sa relation avec Mlle F, ressortissante française domiciliée à Castillon-la-Bataille, chez laquelle il est hébergé à titre gratuit, il ressort des pièces du dossier que cette relation est récente et qu'en toute hypothèse, la vie commune ne dépasse pas trois mois. La circonstance que le requérant et son amie auraient engagé, il y a peu, une démarche en vue de conclure un pacte civil de solidarité, n'est pas de nature à caractériser l'ancienneté de cette relation. Il ressort également des pièces du dossier que M. K D a été interpellé par la gendarmerie de Libourne le 26 juillet 2022 pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours commis sur son ex-compagne âgée de 17 ans. Il ne démontre ni même n'allègue être dépourvu de famille dans son pays d'origine où réside sa fratrie et où il a vécu au moins jusqu'à 19 ans. Pour toutes ces raisons, la préfète de la Gironde, en prenant la mesure d'éloignement contestée, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de l'intéressé.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : "Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : /1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;
() /4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; /5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
8. Il est constant que M. K D est entré irrégulièrement sur le territoire français. Il a déclaré lors de son audition par la gendarmerie le 26 juillet 2022 qu'il entendait s'opposer à l'exécution d'une nouvelle mesure d'éloignement prise à son encontre. Comme il a été dit précédemment, il s'est par ailleurs maintenu irrégulièrement en France. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé, qui n'a pas respecté sa précédente assignation à résidence, s'est soustrait à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre par la préfète de la Gironde le 16 septembre 2020. Il a d'ailleurs déclaré lors de son audition à la gendarmerie qu'il avait quitté la France pour la Belgique afin d'échapper à la mise en œuvre de cette obligation de quitter le territoire français. Par suite, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : "Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ()."
10. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, M. K D n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire contenue dans l'arrêté du 27 juillet 2022.
11. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. K D est entré en France, sans autorisation depuis 2017. Il a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans par arrêté de la préfète de la Gironde en date du 16 septembre 2020. Il n'a pas respecté, à cette occasion, les conditions de son assignation à résidence et s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire national. Il est défavorablement connu de l'autorité de police pour des faits de violence sur une personne vulnérable suivie d'incapacité supérieure à 8 jours, de violences aggravées suivie d'incapacité supérieure à 8 jours, et de destruction de bien appartenant à autrui en réunion aggravée, commis le 13 septembre 2020. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a été interpellé le 26 juillet 2022 par la brigade de gendarmerie de Libourne pour des faits de violence suivie d'incapacité inférieure à 8 jours sur son ex-compagne âgée de 17 ans. La circonstance qu'il entretiendrait une relation avec une ressortissante française, chez laquelle il est hébergé à titre gratuit, et avec laquelle il envisage de conclure un pacte civil de solidarité, ne constitue en rien une circonstance humanitaire au sens de l'article L. 612-6 précité. Ainsi, et quelles que soient les raisons, au demeurant peu convaincantes, pour lesquelles il n'aurait pas respecté sa précédente assignation à résidence, en l'absence de toute circonstance humanitaire, la préfète de la Gironde n'a pas commis erreur d'appréciation en assortissant la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée maximale de trois ans.
12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au paragraphe 6, l'interdiction de retour sur le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. K D n'est pas fondé à obtenir l'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2022.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi relative à l'aide juridictionnelle font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. K D au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. H K D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H K D et à la préfète de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2022.
Le magistrat désigné,
M. E La greffière,
S. CASTAIN
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026