vendredi 2 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204452 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CHAMBERLAND-POULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 août 2022, Mme B C A, représentée par Me Chamberland-Poulin, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 6 juin 2022 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " étudiant " ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention du jugement au fond, et ce, dans un délai de quarante-huit heures à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que :
- entrée en France en mars 2020 sous couvert d'un visa d'étudiant autorisant le séjour jusqu'au 28 février 2019, elle a obtenu le renouvellement de son titre de séjour, qui a expiré au mois d'octobre 2020 ;
- ayant validé ses deux premières années de licence de chimie à l'université de Bordeaux, elle a été admise, au vu de ses excellents résultats, au parcours d'échange international avec l'université Laval au Québec, pour la rentrée universitaire prochaine ;
- les pièces jointes à la demande de renouvellement de titre qu'elle a formulée en ligne n'étant pas toutes visibles, elle a déposé une demande sur papier le 5 novembre 2020 et en a reçu confirmation le 15 décembre 2020 ;
- si elle a été informée d'une décision de classement sans suite de sa demande le 17 juin 2021, elle a été convoquée pour remise d'un titre le 13 août suivant, vainement en raison d'une panne informatique que ses nombreuses démarches auraient provoquée ;
- sans titre, elle a formulé le 25 janvier 2022 une demande de renouvellement de récépissé, qui a été rejetée le 27 janvier ;
- elle a été informée oralement le 31 janvier 2022 qu'en l'état, la carte de séjour ne pouvait lui être remise ;
- elle a en conséquence présenté une nouvelle fois une demande de titre par voie postale, reçue le 4 février 2022, sur laquelle la préfète de la Gironde n'avait pas statuer expressément le 6 juin 2022 ;
- elle a sollicité vainement communication des motifs de la décision implicite née du silence gardé par l'autorité préfectorale, le 20 juin 2022 ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le défaut de justification de la régularité de son séjour en France en tant qu'étudiante l'empêchera d'effectuer à la rentrée universitaire 2022, sa troisième année de licence de chimie dans le cadre d'un échange international, à l'université Laval, au Québec ;
- en outre, l'absence de titre ou d'autorisation de séjour en France fait obstacle à l'obtention d'un visa pour l'entrée au Canada et est de nature à compromettre la poursuite de sa scolarité en France ;
- la décision attaquée est entachée d'illégalité au regard de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, faute de réponse de l'autorité préfectorale, dans le délai imparti, à sa demande de communication des motifs ;
- le défaut de communication des motifs révèle une absence d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision repose sur une erreur d'appréciation et une erreur de droit dans l'application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle remplit les conditions, compte tenu du caractère réel et sérieux de ses études, des moyens dont elle dispose et de la régularité de son entrée en France ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision, qui va l'obliger à interrompre ses études et lui faire perdre la chance d'obtenir son diplôme, est affectée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête comme étant mal fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 1er septembre 2022 à 14h30, après le rapport, ont été entendues les observations de Me Chamberland-Poulin, représentant Mme A, qui a développé les moyens soulevés dans la requête.
La préfète de la Gironde n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / () L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de Mme A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence est en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B C A, ressortissante vietnamienne, est entrée en France le 3 mars 2019 en vue de poursuivre des études, sous couvert d'un visa de long séjour valable jusqu'au 28 février 2020 et a obtenu du préfet du Rhône le 29 février 2020 une carte de séjour portant la mention " étudiant " dont la validité expirait le 28 octobre 2020. Elle a d'abord sollicité le renouvellement de son titre par une démarche en ligne, le 28 octobre 2020. Puis elle a déposé un dossier de renouvellement de ce titre auprès des services de la préfecture de Bordeaux, qui en ont accusé réception le 5 novembre 2020. Confirmation du dépôt de la demande de renouvellement de titre lui a été adressée le 15 décembre 2020. Après instruction, la préfète de la Gironde a décidé de lui accorder une carte de séjour temporaire valable du 23 juillet au 22 décembre 2021. Toutefois, selon les écrits en défense, le titre n'aurait pu être constitué et, par suite, être remis à Mme A en raison d'une anomalie dans le fichier national des étrangers, que l'autorité préfectorale impute aux démarches itératives de l'intéressée. Faute d'avoir pu obtenir matériellement la carte de séjour, Mme A a demandé sur le site dédié, le 25 janvier 2022, la délivrance d'un récépissé, ce qui lui a été refusé le 27 janvier suivant, au motif que sa carte de séjour était disponible en préfecture. Elle a d'ailleurs été convoquée le jour même, aux fins de remise de ce titre le 31 janvier 2022. Il n'est pas contesté qu'alors, aucun titre n'a pu lui être donné. Finalement, elle a demandé une nouvelle fois une carte de séjour portant la mention " étudiant ", par courrier dont les services préfectoraux ont accusé réception le 4 février 2022. Dans ces conditions, la décision implicite de rejet qui est née, à échéance du délai de quatre mois fixé par l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du silence gardé par la préfète de la Gironde sur cette demande ne peut être analysée que comme un refus de renouvellement de titre. Il suit de là que la condition d'urgence doit être présumée satisfaite.
En ce qui concerne les moyens de nature à créer un doute sérieux sur la décision :
5. Il ressort des pièces du dossier que, par lettre du 16 juin 2022, reçue le 20 juin, Mme A a sollicité, en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, la communication des motifs de la décision implicite de rejet née le 4 juin 2022 du silence gardé sur sa demande de renouvellement de titre réceptionnée le 4 février précédent. L'autorité préfectorale s'étant abstenue de répondre à cette demande, le moyen invoqué par Mme A et tiré du défaut de motivation de la décision en cause est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de cet acte.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. Si Mme A demande au juge des référés d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, l'exécution de la présente ordonnance implique seulement, en l'état de l'instruction, la délivrance à l'intéressée d'un récépissé de demande de titre portant autorisation de travail dans la limite du titre précédent, en attendant le réexamen de sa situation, conformément aux dispositions des articles R. 431-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de remettre à Mme A, par tout moyen, un tel récépissé et ce, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, ainsi que de procéder à un nouvel examen de la situation de cette dernière dans un délai de deux mois. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
8. Mme B C A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire par la présente ordonnance, son conseil, Me Chamberland-Poulin, peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Chamberland-Poulin au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce versement entraînant renonciation de Me Chamberland-Poulin à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
ORDONNE :
Article 1er : Mme B C A est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite de rejet née le 4 juin 2022 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur la demande de Mme A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme A au plan du séjour dans un délai deux mois et de remettre à cette dernière, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant travailler dans la limite du précédent titre.
Article 4 : L'Etat versera à Me Chamberland-Poulin la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C A, à la préfète de la Gironde et à Me Chamberland-Poulin.
Fait à Bordeaux, le 2 septembre 2022.
Le juge des référés,
J-M. BAYLE La greffière,
C. GIOFFRE
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026