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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204554

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204554

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantBOYANCÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2022, Mme E, représentée par Me Boyancé, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 de la préfète de la Gironde portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de l'admettre provisoirement au séjour et de procéder au réexamen de sa situation et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir en application des articles L. 512-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- il n'a pas été procédé à l'examen de sa situation personnelle dès lors que la décision ne mentionne pas les risques auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine ;

- il n'est pas justifié du caractère définitif du rejet de sa demande d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale compte tenu de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E, ressortissante géorgienne née le 3 septembre 2001, est entrée en France le 24 avril 2021. Elle a déposé une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 30 juin 2022, statuant sur le fondement de l'article L. 531-24 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 août 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié ou l'octroi de la protection subsidiaire, a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler ces décisions.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Par arrêté préfectoral du 21 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2022-104 du même jour de la préfecture de la Gironde et disponible sur son site internet, Mme C A, cheffe de bureau de l'asile et du guichet unique, signataire des arrêtés attaqués, disposait d'une délégation de signature de la préfète de la Gironde pour signer, en l'absence ou empêchement de M. D et dans la limite de ses attributions, les décisions de la nature de celles en litiges. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

3. L'arrêté attaqué mentionne que la requérante ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français, que son mari et leurs deux enfants résident irrégulièrement en France et qu'elle n'établit pas que sa cellule familiale serait dans l'impossibilité de se reconstituer en Géorgie. Une telle motivation, qui n'avait pas à rappeler l'ensemble des circonstances de fait que constitue la vie de la requérante, révèle que la préfète de la Gironde a procédé à un examen suffisant de la situation personnelle de la requérante. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit ne peut donc qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : /1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ".

5. Il ressort des mentions portées sur le relevé Telemofpra produit en défense, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que la décision du 30 juin 2022 par laquelle l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de Mme E en procédure accélérée en application des dispositions du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été notifiée le 1er août 2022. Ainsi, à la date l'arrêté contesté, l'intéressée ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

6. Il ressort des pièces du dossier que la requérante n'est entrée en France qu'en 2021 et que son époux se trouve également en situation irrégulière en France. Elle ne justifie pas en quoi il lui serait impossible de réinstaller sa cellule familiale en Géorgie où elle n'établit pas encourir de risques. La circonstance qu'elle produite quelques bulletins de salaires et une promesse d'embauche au nom de son mari n'est pas de nature à justifier d'une intégration suffisante à la société française au regard du caractère récent de son séjour en France. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

7. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la décision fixant le pays de renvoi n'est pas privée de base légale.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à Me Boyancé et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Ph. F

La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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