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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204709

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204709

mercredi 16 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantLAMPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2022, Mme B G, représentée par Me Lampe, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 août 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) de suspendre l'arrêté du 24 août 2022 jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statut sur sa demande d'asile ;

4°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou, à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs :

- la décision a été signée par une autorité incompétente dès lors que le signataire de la décision ne dispose pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation traduisant un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfète s'est estimée en compétence liée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme G, a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. F E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B G, de nationalité géorgienne, née le 2 septembre 1940, déclare être entrée sur le territoire français le 27 avril 2022. Sa demande d'asile a été enregistrée le 5 mai 2022. Par une décision du 29 juillet 2022, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. Par un arrêté du 24 août 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme G demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 27 septembre 2022, Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, ses conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

3. Il résulte d'un arrêté préfectoral du 21 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2022-104 du même jour de la préfecture de la Gironde et disponible sur son site internet, que Mme C A, cheffe de bureau de l'asile et du guichet unique, signataire des arrêtés attaqués, disposait d'une délégation de signature de la préfète de la Gironde pour signer, en l'absence ou empêchement de M. D et dans la limite de ses attributions, les décisions de la nature de celles en litiges. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté attaqué vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme G la préfète de la Gironde a pris en considération la circonstance que sa demande d'asile avait été rejetée et qu'elle est veuve et sans charge de famille en France. La préfète a également pris en considération la circonstance que Mme G ne produit aucun élément de nature à justifier de son insertion dans la société française. Enfin, la préfète de la Gironde, qui n'était pas tenue de reprendre l'ensemble des éléments déclarés par les requérants à l'appui de leur demande d'asile, pouvait, sans entacher sa décision d'un défaut de motivation, se borner à indiquer que celle-ci n'établissait pas être exposée à des traitements inhumains et dégradants, contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour en Géorgie, pays dont elle a la nationalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions en litige doit être écarté. La motivation de cette décision révèle par ailleurs que la préfète a procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

6. Aux termes de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé () "

7. Il ressort de la fiche Telemofpra produite en défense pas la préfète de la Gironde que, l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de Mme G par une décision du 29 juillet 2022, notifiée le 9 août 2022. Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des termes mêmes de l'arrêté en litige, que la préfète de la Gironde se serait estimée en situation de compétence liée pour refuser de renouveler l'attestation de demande d'asile dont bénéficiait Mme G à la suite du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA. Par suite, le moyen tiré d'une telle erreur de droit doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

9. Si Mme G soutient qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; / 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ".

11. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la durée de présence en France de Mme G ne se justifie que par l'instruction de sa demande d'asile. Elle est arrivée en France très récemment et ne démontre pas une quelconque insertion dans la société française. Par suite, et alors même que la requérante n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, la préfète de la Gironde, n'a pas entaché sa décision d'une méconnaissance des dispositions précitées en édictant à son encontre une interdiction de retour d'un an.

Sur les conclusions aux fins de suspension de la décision :

12. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

13. Ainsi qu'il a été dit aux points 9 et 7 ci-dessus, Mme G ne présente pas d'éléments de nature à justifier son maintien sur le territoire durant l'examen du recours qu'elle a formé devant la CNDA. Par suite, ses conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 24 août 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme G tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme G est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G, à Me Lampe et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Ph. E

La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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