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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204716

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204716

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAUTEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Autef, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution du refus de titre de séjour que la préfète de la Gironde lui a opposé par l'arrêté du 13 juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler valable jusqu'à ce que le tribunal ait statué au fond et ce, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. C soutient que :

- né le 6 mai 2003 à Bamako au Mali, il a dû quitter son pays d'origine avec un tiers à qui sa mère l'avait confié et, entré en France après avoir traversé l'Italie, il a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire le 26 février 2019 de la part du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nîmes ;

- par ordonnance du 4 mars 2019, confirmé par jugement du 29 octobre 2019, le juge des enfants du tribunal judiciaire de B a prononcé son placement auprès des services du département de la Gironde jusqu'à sa majorité ;

- à compter de l'année scolaire 2019/2020, il a suivi différents stages, avec sérieux et motivation, et a intégré un centre de formation en vue de préparer le certificat d'aptitude professionnelle d'agent de propreté et d'hygiène, dans le cadre d'un contrat d'apprentissage conclu le 15 novembre 2021 avec une société exerçant dans ce domaine ;

- il a bénéficié de la part du département de la Gironde d'un contrat " jeune majeur ", qui a été renouvelé ;

- il a déposé une requête au fond contre l'arrêté attaqué ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que, le plaçant en situation irrégulière au plan du séjour et le privant du droit au travail, ce qui l'empêche de poursuivre sa formation et le laisse sans ressources, la décision attaquée préjudicie de manière grave et immédiate à ses intérêts ;

- en outre, le besoin pour l'entreprise de l'embaucher, compte tenu de ses qualifications, crée également une situation d'urgence ;

- la décision est affectée du vice de l'incompétence de son auteur si celui-ci ne peut justifier d'une délégation de la part du préfet à l'effet de signer cette catégorie d'acte ;

- la décision, qui lui refuse le titre prévu par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'irrégularité faute de consultation de la commission du titre de séjour, en violation de l'article L. 432-13 de ce code ;

- la décision est insuffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière faute de mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 122-1 et L. 122-2 de ce code, le rapport de la direction zonale de la police aux frontières de B sur lequel la préfète se fonde ne lui ayant jamais été communiqué ;

- la décision, qui est prise sans saisine préalable des autorités maliennes en méconnaissance des dispositions de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015, contrevient à la présomption de validité des actes d'état civil posée par l'article 47 du code civil ;

- les actes produits présentent des garanties d'authenticité et ont d'ailleurs été considérés comme valides par les autorités maliennes ;

- le refus de titre de séjour repose sur une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie avoir été pris en charge par un service d'aide sociale à l'enfance avant l'âge de 16 ans ainsi que du caractère réel et sérieux de la formation qu'il a suivie, que l'avis de sa structure d'accueil sur son insertion est très favorable et qu'il n'entretient plus de relations avec son pays d'origine ;

- pour les mêmes motifs, le refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas remplies.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022 à 14h30, après le rapport, ont été entendues les observations de Me Autef, représentant M. A C, qui a développé les moyens soulevés dans la requête.

La préfète de la Gironde n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A C demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution du refus de titre de séjour que la préfète de la Gironde lui a opposé par arrêté du 13 juillet 2022.

Sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. A C à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. Pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence est en principe remplie dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

5. Il est constant que M. A C, qui serait entré en France le 24 octobre 2018 d'après ses déclarations, a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire par ordonnance du 26 février 2019 du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nîmes. Puis, par une ordonnance de placement provisoire du juge des enfants du tribunal pour enfants de B en date du 4 mars 2019, M. C a été confié au département de la Gironde. Cette mesure a été confirmée par un jugement de placement du 29 octobre 2019. Enfin, l'intéressé a bénéficié de la part du département de la Gironde d'un contrat " jeune majeur " pour la période du 6 mars 2021 au 4 novembre 2021, renouvelé jusqu'au 4 novembre 2022. Parallèlement, M. C s'est engagé dans une formation, en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle et a conclu, dans ce cadre, un contrat d'apprentissage en cours d'exécution. Mettant ainsi un terme à l'intégration professionnelle et sociale de M. C, dont les efforts paraissent significatifs au vu des documents produits, le refus de titre de séjour qui lui est opposé doit être regardé, dans les circonstances particulières de l'espèce, comme portant à ses intérêts une atteinte immédiate et suffisamment grave pour que la condition d'urgence soit satisfaite.

En ce qui concerne les moyens de nature à créer un doute sérieux sur la décision :

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A C est né le 6 mai 2003 à Bamako, au Mali, selon le jugement supplétif d'acte de naissance n° 3711 rendu le 20 avril 2021 par le tribunal civil de la commune II du district de Bamako, qui ne paraît comporter aucune incohérence susceptible de faire douter de l'exactitude des mentions qui y figurent. Si la préfète de la Gironde remet en cause l'authenticité de l'extrait d'acte de naissance de l'intéressé délivré par l'officier d'état civil du centre secondaire de Bougouda de la commune II du district de Bamako au regard du jugement supplétif précité, il ressort du rapport de la direction zonale de la police aux frontières Sud-Ouest en date du 16 décembre 2021 que le formalisme de cet acte est conforme, que les mentions biographiques ne présentent pas de traces d'altération frauduleuse et que les marques de validation de l'autorité administrative sont également conformes. Il suit de là que M. A C doit être regardé comme ayant fait l'objet d'une prise en charge par un service d'aide sociale à l'enfance avant l'âge de 16 ans. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, le moyen invoqué par M. C et tiré de l'erreur de droit dans l'application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une prise en charge par un service d'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize paraît de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C est fondé à demander la suspension de l'exécution du refus de titre de séjour que la préfète de la Gironde lui a opposé par arrêté du 13 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Si M. C demande au juge des référés d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, l'exécution de la présente ordonnance implique seulement, en l'état de l'instruction et dans les circonstances de l'espèce, que l'autorité préfectorale lui remette un récépissé de demande de titre valant autorisation de travail conformément aux articles R. 431-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, jusqu'au jugement de la requête au fond. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer à M. A C un tel récépissé, valable jusqu'au jugement de la requête au fond, et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

9. M. A C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire par la présente ordonnance, son conseil, Me Autef, peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Autef au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce versement entraînant renonciation de Me Autef à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

ORDONNE :

Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution du refus de titre de séjour que la préfète de la Gironde a opposé à M. A C par arrêté du 13 juillet 2022 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à M. A C un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Autef en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à la préfète de la Gironde et à Me Autef.

Fait à B, le 16 septembre 2022.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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