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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204717

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204717

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantPARDOE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 7 septembre 2022, M. B, représenté par Me Pardoe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 août 2022 par lequel le préfet de la Dordogne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant trois ans ;

2°) d'accorder à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

M. B soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est signée par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, révèle un défaut d'examen particulier de sa situation, est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, procède d'une erreur manifeste d'appréciation, porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale en ce qu'elle est fondée sur un arrêté portant obligation de quitter le territoire français lui-même irrégulier ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire durant trois ans est signée par une autorité incompétente est insuffisamment motivée, révèle un défaut d'examen particulier de sa situation, est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, est illégale en ce qu'elle est fondée sur un arrêté portant obligation de quitter le territoire français lui-même irrégulier et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 et 8 septembre 2022, le préfet de la Dordogne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les décisions attaquées ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022, présenté son rapport et entendu Me Pardoe, avocat du requérant, qui étend à la barre les moyens de la requête dirigés contre la décision d'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 27 mars 1989, a fait l'objet, le 28 août 2022, de décisions du préfet de la Dordogne d'obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, et lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant trois ans. Il demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () " ; aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie. Elle peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité des conclusions d'annulation ;

Sur les moyens communs dirigés contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire français :

3. M. Nicolas Dufaut, secrétaire général de la préfecture de la Dordogne, bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 16 mai 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, d'une délégation du préfet de la Dordogne lui permettant de signer les décisions querellées.

4. Les décisions comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

5. Le long rappel, dans les décisions querellées, de la situation personnelle de M. B depuis son entrée sur le territoire français, révèlent un examen particulier de la situation de celui-ci.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B fait valoir que sa vie privée et familiale se situe en France et que sa présence est nécessaire auprès de ses enfants nés de son mariage avec une ressortissante française en 2015, 2017, 2019 et 2021, ainsi que le révèlent les motifs de l'arrêt de la Cour d'appel de Limoges du 15 mars 2022. Toutefois, si cet arrêt mentionne effectivement " qu'il est important de préserver les relations père/enfants ", l'arrêt fait également état d'un " fonctionnement parental délétère ", relève que " de graves violences ont eu lieu au domicile familial () en présence des enfants " qui ont d'ailleurs conduit à la condamnation pénale du requérant à 20 mois d'emprisonnement pour " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes, violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne ayant été conjoint ", l'un des enfants né de la première union de la mère ayant dû se défenestrer pour échapper à la violence du requérant armé d'un couteau et l'arrêt relatant les propos de la mère indiquant que le requérant a tenté de faire exploser une bouteille de gaz dans l'appartement en la frappant sur le sol. Alors que les services de protection de l'enfance et les décisions du juge judiciaire font état des risques pour les enfants qu'engendrerait une reprise de la vie conjugale par " ce couple dysfonctionnant ", celle-ci paraît néanmoins probable ainsi que l'indique l'arrêt d'appel précité et les propos tenus à l'audience, le requérant mettant en avant le projet de s'installer à Voiron en Isère avec ses enfants et leur mère. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a déjà fait l'objet de cinq condamnations pénales entre le 12 février 2018 et le 27 octobre 2021, dont deux condamnations à quatre mois d'emprisonnement avec sursis et une à vingt mois d'emprisonnement ferme. Enfin, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir une intégration dans la société française par le travail alors qu'il a déjà bénéficié d'un titre de séjour d'un an, du 9 novembre 2016 au 8 novembre 2017. Dans ces conditions, le préfet de la Dordogne, pour apprécier la mesure entre la vie privée et familiale du requérant et la menace pour l'ordre public qu'il représente, n'a commis aucune erreur d'appréciation. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Au regard de ce qui a été relevé au point précédent, les moyens tirés de ce que M. B ne représenterait pas une menace pour l'ordre public et de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, doivent être écartés.

9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

10. M. B soutient qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et de ce qui a déjà été relevé au point 7 du présent jugement, que M. B a, au cours des deux dernières années, été incarcéré durant dix-huit mois. Il ne ressort d'aucune pièce qu'il aurait assumé une obligation alimentaire durant les deux dernières années. La seule mention, par les décisions judiciaires et les services de protection de l'enfance, qu'il aurait été, à certaines périodes, un parent plus équilibré que la mère, ne suffit pas à considérer qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français, qui font l'objet de mesures éducatives et de protection de l'enfance, dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans.

11. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

12. M. B soutient que ses enfants ont besoin de sa présence à leurs côtés et se prévaut à cette fin de la mention, par l'arrêt de la cour d'appel de Limoges précité " qu'il est important de préserver les relations père/enfants ". A ressort toutefois des pièces du dossier et de ce qui a déjà été relevé aux points 7 et 10 du présent jugement que les enfants de M. B, sont victimes du conflit parental et font l'objet de mesures de protection de l'enfance, que M. B a déjà fait preuve de grande violence en leur présence et qu'il est, en tout état de cause, frappé d'une interdiction de paraître dans le département de la Haute-Vienne où résident la mère et les enfants. Dans ces conditions, les décisions querellées ne méconnaissent pas les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les moyens dirigés seulement contre la décision d'interdiction de retour :

14. En l'absence d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision d'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

15. Il ressort des pièces du dossier et de ce qui a déjà été relevé aux points précédents que si l'interdiction de retour sur le territoire français durant trois ans rendra plus difficiles les relations entre le requérant et ses enfants, le préfet de la Dordogne, en prenant en considération la menace pour l'ordre public que représente le requérant et la violence que celui-ci a déjà manifestée en présence de ses enfants, n'a commis aucune erreur d'appréciation.

Sur le moyen dirigé contre la décision refusant un délai de départ volontaire :

16. En l'absence d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant un délai de départ volontaire tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision d'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles présentées au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Dordogne.

Lu en audience publique le huit septembre deux mil vingt-deux.

Le magistrat désigné,

F. BÉROUJON La greffière,

C. GIOFFRÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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