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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204793

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204793

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP KAPPELHOFF-LANCON - THIBAUD - VALDES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 7 septembre et 29 décembre 2022 et le 10 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme I K, M. E G, Mme C G, M. A D et M. F L, représentés par Me Lavaud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le maire de Mérignac a accordé un permis de construire à la société Paul et Blanche Doumer, ensemble la décision du 29 juin 2022 de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mérignac la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, en raison de leurs qualités de voisins immédiats du projet et des nuisances générées par le projet, telles que la perte d'intimité et d'ensoleillement ainsi que les nuisances sonores ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet, méconnaissant les articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire méconnaît l'article 2.4.1 du règlement de la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole ;

- il est incompatible avec l'objectif fixé à l'article 2.1.5 du projet d'aménagement et de développement durable ;

- il méconnaît l'article 2.4.4.4 du règlement de la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole ;

- il méconnaît l'article 3.2.2 du règlement de la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, la société Paul et Blanche Doumer, représentée par Me Valdes, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2023, la commune de Mérignac, représentée par le SELARL HMS Atlantique avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis solidairement à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable à défaut d'intérêt pour agir ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Frézet,

- les conclusions de M. Josserand, rapporteur public,

- les observations de Me Cordier-Amour, représentant la commune de Mérignac,

- et les observations de Me Andronikos, représentant la société Paul et Blanche Doumer.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 décembre 2021, la société Paul et Blanche Doumer a déposé une demande de permis de construire pour la démolition de bâtiments et la construction de 48 logements collectifs sur un terrain cadastré section BY n°s 150, 151, 837 et 838, situé 154 - 158 rue Paul Doumer à Mérignac. Par un arrêté du 31 mars 2022, le maire de cette commune a accordé le permis de construire sollicité, sous réserve de respecter certaines prescriptions. Par un courrier du 23 mai 2022, plusieurs habitants proches du terrain d'assiette, parmi lesquels figurent les requérants, ont effectué un recours gracieux contre cet arrêté, qui a fait l'objet d'une décision explicite de rejet le 29 juin 2022. Par la présente demande, Mme I K, M. E G, Mme C G, M. A D et M. F L demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 14 octobre 2020, le maire de Mérignac a consenti à M. F J, premier adjoint chargé de l'urbanisme, une délégation de signature en matière d'autorisation d'urbanisme, aux fins notamment de se prononcer sur les demandes de permis de construire. Cet arrêté, notifié en préfecture le 14 octobre 2020, a été publié au recueil des actes administratifs de la commune. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. D'une part, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ".

5. En l'espèce, le dossier de demande de permis de construire comporte un plan de masse des constructions à édifier coté dans les trois dimensions. S'il ne fait pas apparaître les plantations supprimées, celles-ci figurent avec précision sur la notice paysagère, qui représente l'ensemble des plantations avant travaux, et précise que vingt arbres seront abattus. Il ressort en outre des pièces du dossier que le plan de rez-de-chaussée représente les arbres à planter et leurs emplacements précis.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

7. Il ressort du dossier de demande de permis de construire que celui-ci comporte trois documents graphiques représentant l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes ainsi que six photographies. Ces dernières, prise à des distances plus ou moins proches du terrain d'assiette, depuis l'allée Paul Doumer et la rue Paul Doumer, permettent de le situer dans l'environnement proche et lointain. Le dossier est, en outre, complété par un plan de situation, des plans de façade, et des plans de toiture et de coupe qui permettaient au service instructeur d'apprécier la conformité du projet à la réglementation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de permis de construire doit être écarté dans toutes ses branches.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.4.1.1. du règlement de la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole : " La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () ".

9. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage urbain ou naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site urbain ou naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

10. En l'espèce, les parcelles litigieuses se situent dans la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole, que le règlement définit comme une zone à " tissus à dominante de grands ensembles et tissus mixtes ", ainsi caractérisée par une grande diversité de formes et d'échelles de bâti, qui peuvent être collectifs comme individuels. Il ressort en effet des pièces du dossier, que cette zone est constituée d'ensembles immobiliers de logement modernes principalement en R+2 ou R+3 et de maisons individuelles de style hétérogène. Le projet est par ailleurs pensé de manière à assurer son insertion vis-à-vis des maisons individuelles de plain-pied ou à un étage qui peuvent se trouver à proximité, avec un premier bâtiment, à l'Ouest, en R+4 comportant un retrait des deux derniers niveaux et avec une échancrure, et un bâtiment à l'Est dessiné en R+2 partiel pour fragmenter le volume et une toiture en pente. L'insertion du projet sera également facilitée par la plantation d'arbres de haute tige et de haies arbustives en limite de propriété. Par suite, sans que puisse influer la circonstance qu'un projet similaire ait été antérieurement refusé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 2.4.1.1. du règlement de la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / 1° Un rapport de présentation ; / 2° Un projet d'aménagement et de développement durables ; / 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; / 4° Un règlement ; / 5° Des annexes () ". Aux termes de l'article L. 152-1 du même code : " L'exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d'installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques () ".

12. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) n'est pas, par lui-même, opposable pour la délivrance d'une autorisation d'urbanisme. Il en résulte que les requérants ne sauraient utilement soutenir que le projet contesté ne serait pas compatible avec les objectifs inscrits à l'article 2.1.5. du PADD préconisant de " développer la présence végétale au sein des quartiers ". Le moyen doit donc être écarté comme inopérant.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2.4.4.4. du règlement de la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole : " () / Le projet paysager doit s'appuyer sur les caractéristiques du projet de construction (proportions) et les composantes du site préexistant, en tenant compte notamment de l'implantation des constructions avoisinantes, de la forme de la parcelle, de la topographie, des arbres qui participent à la qualité du paysage. () ".

14. Ainsi qu'il a été dit au point 10, le secteur dans lequel s'inscrit le projet ne présente aucune harmonie ni de qualité paysagère particulière. Il ressort en outre de la notice paysagère du dossier de demande de permis de construire que le terrain d'assiette comporte principalement des arbres de petit développement, quelques arbres de moyen développement et que l'ensemble des arbres vieillissant ne représente pas d'intérêt pour la structure paysagère du projet ainsi que pour l'espacer public environnant. Il en ressort également que si vingt arbres seront abattus, trente-et-un arbres au total seront à planter en compensation. La même notice précise enfin que le long de la rue Paul Doumer, la limite avec l'opération sera accompagnée d'un traitement végétal, que l'allée Paul Doumer sera séparée de l'opération par un écran végétal et que le cœur d'ilot sera composé de vides végétalisés de plantes couvre-sol et d'un arbre d'ornement. Il ressort également des pièces du dossier, et plus précisément de l'expertise réalisée le 20 décembre 2021 par M. H B, membre du Conseil national de l'expertise foncière agricole et forestière (CNEFAF), et sans que cela ne soit sérieusement contredit par les requérants, qu'aucun arbre de la parcelle, y compris le pin de l'Himalaya et le magnolia de Soulange, ne peut être qualifié de remarquable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2.4.4.4. du règlement de la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole doit être écarté.

15. En sixième et dernier lieu, aux termes, d'une part, de l'article 3.2.2. du règlement de la zone UM 8 du plan local d'urbanisme de Bordeaux Métropole : " Tout accès doit permettre d'assurer la sécurité de ses utilisateurs ainsi que celle des usagers des voies, quel que soit leur mode de déplacement. / Cette sécurité est appréciée compte tenu, notamment, de la position de l'accès, de sa configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. () ". Aux termes, d'autre part, de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

16. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de la notice architecturale, que l'accès automobile a été positionné sur la rue Paul Doumer, pour des considérations de sécurité et de logistique, le caractère en impasse de l'allée, voie calme et apaisée, empêchant la création de cet accès. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la rue Paul Doumer ne serait pas suffisante pour permettre une circulation à double sens aisée. Par ailleurs, s'il ressort du plan de masse qu'un accès piéton sera réalisé allée Paul Doumer, deux autres accès piéton seront également créés sur l'autre voie desservant le projet, permettant ainsi de partager le flux des piétons accédant aux immeubles d'habitation. Par ailleurs, les requérants n'apportent aucun élément de nature à établir que ce mode de cheminement doux nuirait à la sécurité des riverains de l'allée. Le projet prévoit en outre la création d'un parking composé de 71 places de stationnement, dont il n'est pas allégué qu'il serait insuffisant, de sorte que les requérants ne sauraient soutenir que les nouveaux résidents se gareront dans l'allée et que cela nuirait à la circulation alentour. Par suite, et alors qu'il n'est pas établi que le projet porterait atteinte à la sécurité des riverains, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune en défense, les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mérignac, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge des requérants, pris ensemble, une somme de 800 euros à verser à la commune de Mérignac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et une somme de 800 euros à verser à la société Paul et Blanche Doumer au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme K et autres est rejetée.

Article 2 : Les requérants, pris ensemble, verseront une somme de 800 euros à la commune de Mérignac et une somme de 800 euros à la société Paul et Blanche Doumer en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme I K, désignée représentant unique en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la société Paul et Blanche Doumer et à la commune de Mérignac.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le rapporteur,

C. FREZET

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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