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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204822

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204822

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204822
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantTREBESSES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2022, et une production de pièce, enregistrée le 10 février 2023 et qui n'a pas été communiquée, M. A B, représenté par Me Trebesses, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui renouveler son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente :

- elle est insuffisamment motivée ;

- la préfète de la Gironde n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur de droit ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre une décision du 29 octobre 2021 définitive que la décision attaquée ne fait que confirmer ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 12 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 décembre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 septembre 2022.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 20 septembre 1995, est entré sur le territoire national en septembre 2015. Il a obtenu plusieurs titres de séjour mention " vie privée et familiale " dont le dernier a expiré le 2 janvier 2020. Le 28 janvier 2019 il a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 octobre 2021, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire. Par un courrier du 7 mars 2022 complété par un courrier du 1er juillet 2022, le requérant a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision et a renouvelé sa demande tendant au bénéfice d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français. M. B demande l'annulation de la décision du 22 juillet 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Une décision dont l'objet est le même que celui d'une décision antérieure revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entretemps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige. Les conclusions tendant à l'annulation d'une décision purement confirmative d'une décision définitive sont irrecevables.

3. Par un courrier du 7 mars 2022, complété par un courrier du 1er juillet 2022, M. B a, d'une part, exercé un recours gracieux à l'encontre de la décision du 26 octobre 2021 par laquelle la préfète de la Gironde avait refusé de lui délivrer un titre de séjour en tant que parent d'un enfant français, et a, d'autre part, enregistré une nouvelle demande sur le même fondement. A l'appui de cette seconde demande, M. B, produit de nombreuses pièces, postérieures à la décision du 26 octobre 2021, par lesquelles il entend établir qu'il participe, depuis au moins deux ans, à l'entretien et à l'éducation de sa fille, de nationalité française. Ainsi, et alors que la préfète de la Gironde avait rejeté sa demande de titre de séjour au motif que la nécessité de sa présence aux côtés de sa fille n'était pas démontrée, les pièces produites par M. B constituent des circonstances de fait nouvelles de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation de son droit au séjour. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme purement confirmative du refus de séjour opposé le 26 octobre 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense ne peut être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est le père d'une enfant française née le 30 octobre 2017, et qu'il est séparé de la mère de l'enfant, de nationalité française, depuis 2019. Pour établir qu'il contribue à l'entretien de sa fille, il produit dix factures d'habillement d'enfant datées de 2020, 2021 et 2022 pour un montant moyen de 85 euros. Il produit également les récépissés de dix-sept mandats adressés à la mère de l'enfant depuis mars 2020 pour un montant moyen de 100 euros par mois alors même que le requérant travaille à temps partiel comme ouvrier agricole et dispose de moyens financiers limités. Ainsi, il témoigne d'une contribution financière effective et régulière, à l'entretien de son enfant. Pour établir qu'il contribue à l'éducation de sa fille, le requérant produit notamment une attestation de la mère de cette dernière selon laquelle il la reçoit un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, six attestations de témoins et de nombreuses photographies sur lesquelles il figure à ses côtés, à différents âges. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de la Gironde a méconnu les dispositions de l'article L. 428-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 22 juillet 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Trebesses, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Trebesses de la somme de 1 200 euros.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 22 juillet 2022 de la préfète de Gironde est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde, sous réserve d'un changement de circonstance de droit ou de fait, de délivrer à M. B un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Trebesses, avocat de M. B, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Jean Trebesses et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente-rapporteure,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

F. MUNOZ- PAUZIÈS

L'assesseure la plus ancienne,

dans l'ordre du tableau

A. LAHITTE

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2204822

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