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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204840

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204840

dimanche 9 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDESPRES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2022 et un mémoire enregistré le 29 septembre 2022, M. A E et M. D C, représentés par la SCP Cabinet Lexia, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Germain-et-Mons a accordé à M. B un permis de construire en vue de l'édification d'une maison d'habitation sur une parcelle cadastrée section B n° 1536 sis au lieu-dit " Pré de la Lieye ".

M. E et M. C soutiennent que :

- ils sont propriétaires, respectivement, des parcelles cadastrées section B n° 1466 et 1467, sur le territoire de la commune de Saint-Germain-et-Mons ;

- ils ont saisi le tribunal d'une requête aux fins d'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2022 ;

- leur requête aux fins de suspension n'est pas soumise aux formalités de notification prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, qui ont néanmoins été respectées ;

- voisins immédiats du terrain d'assiette, ils justifient d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dès lors que, du fait tant de son implantation et que de son ampleur, la construction envisagée, qui va borner le paysage et créer des vues sur leurs propriétés, sans compter la dégradation du chemin d'accès par suite de l'augmentation de la circulation, affectera les conditions d'occupation et de jouissance de leurs biens ;

- la condition d'urgence doit être présumée satisfaite en application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme dès lors que ni le délai de trois mois dans lequel ils ont, après l'action au fond, déposé la présente action, ni celui dans lequel ils ont saisi le juge du fond, ni l'absence de démarrage des travaux ne sont de nature à renverser cette présomption ;

- en outre, il ressort des écrits du pétitionnaire que le démarrage des travaux est imminent ;

- si les parcelles issues de la division qui a été autorisée le 20 juin 2019, dont le terrain d'assiette du projet en litige, étaient situées en zone U, constructible, à la date de cette autorisation, elles sont dorénavant classées en grande partie en zone A dans le plan local d'urbanisme intercommunal qui couvre le territoire de la commune de Saint-Germain-et-Mons, approuvé par délibération du 13 janvier 2020 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération bergeracoise ;

- il n'est pas établi qu'aient été respectées, d'une part, la formalité d'information du pétitionnaire sur la date de transmission du permis et du dossier à l'autorité préfectorale, prévue par l'article R. 424-12 du code de l'urbanisme, d''autre part, celle de la transmission d'un exemplaire de la demande de permis à cette même autorité, imposée par l'article R. 423-7 de ce code ;

- la décision de non-opposition du 20 juin 2019 repose sur une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, les conditions posées par l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme étant satisfaites puisque le débat sur le projet d'aménagement et de développement durable du plan local d'urbanisme s'est tenu le 14 mai 2018 et que le projet de plan prévoyait le déclassement des parcelles concernées, de la zone U en zone A dans laquelle la construction de maison individuelle n'est pas autorisée, la déclaration préalable aurait dû faire l'objet d'un sursis à statuer, sans qu'importe la circonstance que la décision affecte moins de 1,6 % de la superficie de l'espace agricole d'un seul tenant dont le terrain est limitrophe ;

- l'illégalité de la décision de non-opposition, qu'ils sont recevables à invoquer par la voie de l'exception, affecte la légalité du permis de construire ;

- le plan de masse, qui ne fait pas apparaître l'emplacement des plantations, ni les raccordements aux réseaux publics n'est pas conforme à l'article R. 431-9 du code précité ;

- le dossier de demande ne permet pas d'identifier les endroits et les angles des prises de vue des photographies, en méconnaissance de l'article R. 431-10 dudit code ;

- la voie d'accès à la parcelle d'implantation étant très dégradée et ne permettant le passage des véhicules de secours, le permis a été délivré en violation des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code précité ;

- il n'est pas établi que les prescriptions de la carte communale sur la protection incendie soient respectées.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, M. B, représenté par Me Ledoux, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge solidaire de M. E et de M. C d'une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B fait valoir que :

- le recours aux fins d'annulation, enregistré au greffe du tribunal le 23 mai 2022, est entaché de tardiveté ;

- la requête est irrecevable, d'une part, faute de respect des formalités de notification prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, d'autre part, en l'absence de justification par les requérants d'un intérêt à agir conforme aux exigences de l'article L. 600-1-2 de ce code ;

- la présente requête ayant été déposée plus de trois mois après la demande d'annulation et plus de huit mois après la délivrance de l'acte, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie ;

- aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité du permis attaqué.

Par mémoire en défense enregistré le 24 septembre 2022 et un mémoire enregistré le 5 octobre 2022, la commune de Saint-Germain-et-Mons, représentée par Me Després, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. E et M. C d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Saint-Germain-et-Mons fait valoir que :

- les requérants, qui n'exposent pas les raisons pour lesquelles la construction envisagée affecterait les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leurs biens, ne justifient pas d'un intérêt à agir conforme à l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- si la condition d'urgence paraît remplie, aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 17 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 octobre 2022 à 14h30, après le rapport, ont été entendues :

- les observations de Me Hardouin, représentant M. E et M. C, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de ces derniers ;

- les observations de Me Després, représentant la commune de Saint-Germain-et-Mons, qui repris les moyens en défense invoqués par cette collectivité ;

- les observations de Me Ledoux, représentant M. B, qui a confirmé les moyens soulevés en défense par ce dernier.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. E et M. C ont déposé une note en délibéré le 6 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A E et M. D C demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Germain-et-Mons a accordé à M. B un permis de construire en vue de l'édification d'une maison d'habitation sur un terrain cadastré section B n° 1536 sis au lieu-dit " Pré de la Lieye ".

Sur la recevabilité de la présente requête :

2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. (). / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours ".

3. Saisi d'une demande de suspension de l'exécution d'un permis de construire, le juge des référés doit rechercher si la requête en annulation dirigée contre cette décision est recevable et notamment si elle a été notifiée à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation dans les conditions fixées par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme précité. En revanche, cette obligation de notification ne s'applique pas à la demande de suspension elle-même. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par M. B et tirée du défaut de notification de la présente requête dans les termes de l'article R. 600-1 ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la recevabilité de la requête au fond :

5. Si la requête tendant à l'annulation du ou des actes administratifs dont la suspension est demandée est irrecevable, aucun des moyens présentés au soutien d'une requête formée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité du ou des actes administratifs contestés. Lorsqu'elle ressort des pièces du dossier soumis au juge des référés, l'irrecevabilité de la requête à fin d'annulation doit être relevée, le cas échéant d'office, par le juge des référés, pour constater que la requête aux fins de suspension ne peut qu'être rejetée.

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 " et aux termes de ce dernier article : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. () / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable ".

7. Si M. B soutient que la requête au fond est irrecevable pour avoir été déposée le 23 mai 2022, " au-delà du délai de deux mois légalement imparti ", il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressé aurait procédé, sur le terrain d'assiette du projet, à l'affichage requis par l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme pendant une période continue de deux mois antérieure à la date d'enregistrement de la demande d'annulation formulée par M. E et M. C. Par suite, le moyen tiré de l'irrecevabilité de la requête au fond à raison de sa tardiveté ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

10. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'implantation du projet en cause est situé à proximité immédiate de la parcelle cadastrée section B n° 1466 appartenant à M. E, parcelle dont ledit terrain n'est séparé que par un couloir de quelques mètres de large, rattaché à la parcelle cadastrée section B n° 1535. Il s'ensuit que la construction envisagée, sur un terrain vierge de tout bâti, va nécessairement créer des vues directes sur la propriété de M. E et va réduire, certes partiellement, la perspective dont ce dernier bénéficie sur l'environnement agricole. En outre, l'accès au terrain d'assiette est prévu par une voie longeant, à quelques mètres, la propriété de M. E. Il s'ensuit que la réalisation du projet va affecter les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de l'immeuble de ce dernier, qui justifie ainsi d'un intérêt à contester le permis de construire en litige. Dès lors que l'un des requérants est recevable à agir contre cette autorisation, la fin de non-recevoir opposée par M. B ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

11. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite ".

12. M. B fait valoir que la demande tendant à la suspension de l'exécution du permis de construire a été introduite plus de huit mois après la délivrance de cette autorisation et plus de trois mois après la requête au fond. Mais M. B ne justifie pas, ce faisant, de circonstances particulières de nature à permettre, en l'espèce, de regarder la condition d'urgence comme n'étant pas satisfaite.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

13. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'implantation du projet en litige constitue l'un des lots de la division foncière que le maire de Saint-Germain-et-Mons a autorisée par arrêté du 20 juin 2019, en ne s'opposant pas à la déclaration préalable déposée en vue de la création du lotissement. Or, par ordonnance de ce jour, le juge des référés a prononcé la suspension de l'exécution de cet arrêté. Par suite, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le permis de construire accordé à M. B est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la division foncière autorisée le 20 juin 2019 est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité du permis de construire. En revanche, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est, en l'état, de nature à fonder la suspension du permis attaqué.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. E et M. C sont fondés à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Germain-et-Mons a accordé à M. B un permis de construire.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de M. E et M. C les sommes dont la commune de Saint-Germain-et-Mons et M. B demandent le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 17 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Germain-et-Mons a accordé à M. B un permis de construire est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Germain-et-Mons et de M. B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E, à M. D C, à la commune de Saint-Germain-et-Mons et à M. B.

Fait à Bordeaux, le 9 octobre 2022.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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