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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204862

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204862

vendredi 1 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204862
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP CORNILLE - FOUCHET - MANETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 septembre et 13 décembre 2022 et 3 mars 2023, Mme C B épouse A, représentée par Me Bach, demande dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le maire de Mérignac a délivré à la société Progefim un permis d'aménager 5 lots à bâtir à destination d'habitat individuel sur les parcelles cadastrées n° 281 DR 495 et n° 281 DR 592, situées 18 allée des Fauvettes ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Mérignac et de la société Progefim le versement de la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête n'est pas tardive, à défaut pour le panneau d'affichage du permis de construire d'être visible depuis une voie publique ; le permis a été affiché au bout de l'allée du pré des Fauvettes qui est une voie privée ; en outre, le panneau est illisible depuis le trottoir ;

- elle justifie d'un intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de de l'urbanisme, le projet étant de nature à emporter un accroissement de la circulation sur l'allée du pré des Fauvettes ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnait l'article 3.1 du plan local d'urbanisme intercommunal dès lors que le projet porte sur un terrain enclavé ne disposant d'aucune desserte sur la voie publique ; l'association syndicale libre du Pré des Fauvettes n'a pas accordé de servitude de passage au pétitionnaire sur sa propriété privée et le pétitionnaire ne justifie d'aucun titre ou décision de justice constitutif d'une telle servitude ;

- l'allée du pré des fauvettes, utilisée par les propriétaires des 11 lots du lotissement du Pré des Fauvettes est trop étroite pour supporter une augmentation de 50 % de la circulation ; le projet, qui entraine des risques pour la sécurité publique, aurait dû être refusé sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'acte attaqué a été obtenu par fraude, à défaut pour la pétitionnaire de disposer d'un droit réel immobilier lui permettant d'utiliser l'allée du Pré des Fauvettes.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 26 octobre 2022 et 9 janvier 2023, la SA Progefim, représentée par Me Fouchet, demande au tribunal de rejeter la requête, à titre subsidiaire, de surseoir à statuer jusqu'à l'intervention du jugement judiciaire, et de mettre à la charge des requérants le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ; la demande est tardive et la requérante ne justifie pas d'un intérêt pour agir :

- à titre subsidiaire, aucun des moyens n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2023, la commune de Mérignac, représentée par la Selarl HMS Atlantique Avocats, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, à titre principal, que la requête, introduite après l'expiration du délai de recours contentieux, est tardive et, à titre subsidiaire, qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

1. D'une part, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours () peuvent, par ordonnance : () ; 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; ".

2. D'autre part, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. () ". L'article A. 424-15 du code de l'urbanisme prévoit en outre que : " L'affichage sur le terrain du permis de construire, d'aménager ou de démolir explicite ou tacite ou l'affichage de la déclaration préalable, prévu par l'article R. 424-15, est assuré par les soins du bénéficiaire du permis ou du déclarant sur un panneau rectangulaire dont les dimensions sont supérieures à 80 centimètres. ". L'article A. 424-17 de ce code précise que : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : " Droit de recours : " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). " Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (art. R. 600-1 du code de l'urbanisme). ". Enfin, l'article A. 424-18 de ce code indique que : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier. ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette de la construction autorisée doit être effectué de telle façon que les mentions qu'il comporte soient lisibles de la voie publique ou, lorsque le terrain n'est pas desservi par une voie publique, d'une voie privée ouverte à la circulation du public ; que lorsque le terrain d'assiette n'est pas desservi par une telle voie et que l'affichage sur le terrain ne pourrait, dès lors, satisfaire à cette exigence, seul un affichage sur un panneau placé en bordure de la voie publique ou de la voie privée ouverte à la circulation du public la plus proche du terrain fait courir le délai de recours contentieux à l'égard des tiers autres que les voisins qui empruntent la voie desservant le terrain pour leurs besoins propres.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des constats d'huissier des 25 février, 29 mars et 28 avril 2022 produits en défense, que le permis d'aménager contesté, délivré le 16 février 2022 à la société Progefim par le maire de Mérignac, a fait l'objet d'un affichage sur un panneau rectangulaire d'une dimension correspondant au format légal disposé en bordure de l'allée du Pré des Fauvettes, qui comportait l'ensemble des mentions réglementaires requises, notamment celles figurant à l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme. Si la requérante fait valoir que la voie desservant le terrain d'assiette du projet est une voie privée qui n'est pas ouverte à la circulation du public, voisine du projet, cette voie est celle qui dessert sa propriété, sans que puisse influer la circonstance qu'elle ne se rendrait pas à pied ou en voiture jusqu'au bout de l'allée. Si, le panneau d'affichage, visible depuis le trottoir de l'allée, n'était pas aisément lisible depuis ce point, en revanche, seul un espace enherbé de quelques mètres séparait le trottoir du panneau d'affichage qui compte tenu de sa configuration pouvait être assimilé à un espace ouvert permettant d'accéder au panneau. Compte tenu de ces éléments, le panneau d'affichage respectait les prescriptions de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme. Aucun élément n'est apporté par la requérante qui serait de nature à contredire la continuité et la régularité de cet affichage pendant une période deux mois consécutifs. Dans ces conditions, le permis de construire contesté doit être regardé comme ayant été régulièrement affiché sur le terrain d'assiette, au plus tard à compter du 25 février 2022 et de façon continue jusqu'au 28 avril 2022 suivant. Dans ces conditions, la requête introduite le 12 septembre 2022, après l'expiration du délai de recours contentieux, est tardive en application de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme. Elle est par suite manifestement irrecevable et il y a lieu de la rejeter par application des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les frais de l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Mérignac et de la société Progefim, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande la requérante sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B épouse A la somme de 750 euros à verser respectivement à la société Progefim et à la commune de Mérignac sur le même fondement.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B épouse A est rejetée.

Article 2 : Mme B épouse A versera une somme de 750 euros à la société Progefim et une somme de 750 euros à la commune de Mérignac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B épouse A, à la commune de Mérignac et à la société Progefim.

Fait à Bordeaux le 1er septembre 2023.

La présidente de la 2ème chambre

C. CABANNE

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière

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