mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204889 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | COSTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, complétée le 12 octobre 2022 d'une pièce qui n'a pas été communiquée, Mme A B, représentée par Me Coste, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Gironde du 10 février 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou subsidiairement de réexaminer sa situation en la munissant d'une autorisation de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision de refus de séjour méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation au regard des conditions fixées par cet article ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la mesure d'éloignement est dépourvue de base légale compte tenu de l'illégalité du refis de titre ;
- le délai de départ volontaire ne lui a pas permis de passer ses épreuves.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requête est tardive et qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 7 mars 2022, Mme B s'est vu accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 13 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 octobre 2022.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pouget, président,
- et les observations de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, de nationalité tchadienne, est entrée en France le 6 septembre 2019 sous couvert d'un visa de type D " étudiant " valable jusqu'au 16 août 2020. Son titre a été renouvelé jusqu'au 5 janvier 2022. La demande de renouvellement présentée par l'intéressée le 8 novembre 2021 a été rejetée par un arrêté du 10 février 2022 de la préfète de la Gironde, prononçant également à son encontre une mesure d'éloignement. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la recevabilité de la requête :
2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris à compter du 1er mai 2021 l'article L. 512-1 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / 1° De la notification de la décision d'admission provisoire ; / 2° De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné ".
4. Lorsque le demandeur de première instance a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, seuls le ministère public ou le bâtonnier ont vocation à contester, le cas échéant, cette décision, qui devient ainsi définitive, en l'absence de recours de leur part, à l'issue d'un délai d'un mois. Toutefois, en raison de l'objet même de l'aide juridictionnelle, qui est de faciliter l'exercice du droit à un recours juridictionnel effectif, les dispositions précitées de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 ne sauraient avoir pour effet de rendre ce délai opposable au demandeur tant que cette décision ne lui a pas été notifiée.
5. Il est constant que l'arrêté en litige portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, qui mentionne les voies et délais de recours, a été notifié à Mme B le 11 février 2022. Le 23 février 2022, cette dernière a déposé une demande d'aide juridictionnelle, à laquelle il a été fait droit par une décision du 7 mars 2022. Les pièces du dossier ne permettant pas d'apprécier avec exactitude la date à laquelle cette décision aurait été notifiée à la requérante, la requête enregistrée le 12 septembre 2022 ne peut être regardée comme tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et le caractère cohérent desdites études.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, titulaire à son arrivée en France d'une licence de commerce international délivrée par l'université d'Anhui, en Chine, s'est inscrite en master 1 " management commerce et entreprenariat " au titre de l'année universitaire 2019/2020. Elle a abandonné ce cursus en cours d'année, et s'est ensuite inscrite en 2020/2021 en master 1 " Droit économique et gestion mention management des entreprises et entreprenariat " au sein de l'IAE de La Rochelle, pour un suivi en distanciel sur une durée de dix-huit mois. La requérante fait valoir, en produisant des éléments justificatifs, qu'elle est tombée enceinte peu après son arrivée en France, a connu une grossesse pathologique associée à un épisode dépressif l'ayant conduit à une tentative de suicide, et a donné naissance à un enfant le 18 juin 2020. Ces éléments permettent de justifier de l'impossibilité pour Mme B de suivre normalement son cursus en 2019/2020 et de valider son diplôme en juin 2020. Par ailleurs, à la date de l'arrêté litigieux, et alors que sa nouvelle inscription en master 1 à La Rochelle était cohérent avec son parcours universitaire antérieur et ne correspondait pas à une réorientation, la requérante n'avait pas encore eu l'occasion de passer les épreuves finales de ce cursus, programmées du 11 au 15 avril 2022. Or, le responsable de ce master atteste de l'assiduité et du sérieux de Mme B au cours de la scolarité, révélé au demeurant a posteriori par la circonstance que l'intéressée a obtenu son diplôme. Dans ces conditions, alors que la requérante, n'avait connu à la date de l'arrêté attaqué qu'un seul échec dans son parcours universitaire en France, pouvant s'expliquer par des circonstances particulières, la préfète de la Gironde, en refusant le renouvellement de son titre de séjour au motif de l'absence de caractère réel et sérieux de ses études, a commis une erreur d'appréciation et méconnu les dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de la Gironde du 10 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique que soit délivré à Mme B, sous réserve de l'évolution de sa situation de fait et de droit, un titre de séjour lui permettant de poursuivre ses études en France. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de procéder à la délivrance de ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, sans qu'il y ait lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
10. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a donc lieu en l'espèce de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 200 euros à verser à son avocate, Me Coste, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du 10 février 2022 est annulé.
Article 2 : La préfète de la Gironde délivrera à Mme B, sous réserve d'un changement dans sa situation de fait et de droit, un titre de séjour lui permettant de poursuivre ses études en France.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à Me Coste, avocate de Mme B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la préfète de la Gironde et à Me Coste.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pouget, président,
M. Josserand, conseillère,
Mme Frézet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le président rapporteur,
L. POUGET
L'assesseur le plus ancien,
L. JOSSERAND
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026