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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204900

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204900

lundi 30 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBABOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Babou, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 juillet 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et suivant du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- la préfète de la Gironde n'a pas réexaminé sa demande de titre de séjour, en se bornant à faire état, sans les examiner, que les documents d'état civil qu'il lui a communiqués seraient falsifiés ;

- c'est à tort qu'elle a considéré que les documents d'état civil qu'il a produits étaient inauthentiques ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), compte tenu de la durée de son séjour en France et de l'intensité des liens qu'il y a tissés.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Par une ordonnance du 19 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 novembre 2022.

M. B a produit un mémoire, enregistré après clôture le 22 novembre 2022, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 janvier 2023, la présidente du tribunal a désigné M. Julien Dufour, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant béninois qui déclare être né le 24 février 1994 au Gabon, est entré en France le 2 avril 2016 muni d'un visa C. Le 24 septembre 2018, il a conclu avec une ressortissante française un pacte civil de solidarité. Il a sollicité le 2 octobre 2019 son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) auprès de la préfète de la Gironde, désormais codifiés aux articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code. Par un courrier du 12 janvier 2021, la préfète de la Gironde l'a informé qu'elle classait sans suite sa demande en l'attente de documents authentiques. Par un courrier du 6 avril 2021 réceptionné le 9 avril 2021, M. B déposait, par l'intermédiaire de son conseil, une nouvelle demande de titre de séjour sur les mêmes fondements. La décision implicite née du silence gardé par l'administration pendant plus de quatre mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Sur saisine de M. B, le tribunal administratif de Bordeaux a, par jugement du 25 mai 2022, annulé cette décision et enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé dans un délai d'un mois. Par une décision du 12 juillet 2022 prise en exécution de ce jugement, la préfète de la Gironde a estimé que la demande de titre de séjour de M. B était irrecevable et a en conséquence refusé de l'enregistrer. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du CESEDA : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial.

La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / () ".

3. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'alors qu'elle avait été enjointe par le jugement du tribunal du 25 mai 2022 de réexaminer la demande titre de séjour présentée par M. B sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du CESEDA, la préfète de la Gironde a, par la décision attaquée, indiqué au requérant que faute d'avoir produit des actes d'état civil authentiques, sa demande était irrecevable et ne pouvait faire l'objet d'un enregistrement. Toutefois, il est constant que M. B a produit, à l'appui de sa demande de titre, un acte de naissance, une copie intégrale d'acte d'état civil, un certificat de nationalité béninoise et un passeport béninois, permettant de justifier de son état civil et de sa nationalité conformément aux dispositions précitées de l'article R. 431-10 du CESEDA. La préfète, qui se borne dans ses écritures en défense à faire état du caractère falsifié de ces documents, n'établit pas que le dossier présenté par la requérante aurait été incomplet au regard des pièces dont la production est requise en application des dispositions du CESEDA. Il s'ensuit que la préfète était tenue d'enregistrer la demande de titre de séjour du requérant et de mener à son terme l'instruction de sa demande. S'il lui appartenait, dans le cadre de cette instruction, de porter une appréciation sur l'authenticité des documents d'état civil produits, et, le cas échéant, de refuser au terme de son instruction, la délivrance du titre de séjour, elle ne pouvait pour autant décider de refuser d'enregistrer la demande de M. B.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa demande de titre de séjour et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que la préfète de la Gironde réexamine la situation de M. B. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde d'y procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision de la préfète de la Gironde du 12 juillet 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 euros à M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Babou et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Delvolvé, président,

- Mme Molina-Andréo, première conseillère,

- Mme Mounic, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.

La rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉOLe président,

Ph. DELVOLVÉ

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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