mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2204953 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | BABOU |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 15 septembre 2022 sous le n° 2204953, M. C A B, représenté par Me Babou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'elle ne mentionne pas qu'il travaille en France et qu'il n'a jamais commis d'infraction ni fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français ;
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté du 13 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir, en méconnaissance de l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et de l'article 66 de la Constitution française ;
- elle porte atteinte à son droit à la sûreté, en méconnaissance des stipulations de l'article 5-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il n'existe pas de risque de fuite de sa part ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- une solution alternative à l'assignation à résidence est envisageable ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 15 septembre 2022 sous le n° 2204954 et des pièces complémentaires enregistrées le 19 septembre 2022, M. C A B, représenté par Me Babou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, dès lors qu'il ne mentionne pas qu'il travaille en France et qu'il n'a jamais commis d'infraction ni fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle ;
- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu, protégé notamment par les stipulations de l'article 51 de la Charte des droits fondamentaux ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui imposent à l'administration de lui délivrer un titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne le refus de délai de départ :
- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
En ce qui concerne le pays de destination :
- la décision est illégale par voie d'exception d'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation à quitter le territoire ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation à quitter le territoire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Constitution française ;
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte européenne des droits fondamentaux ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2022 :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Babou, qui précise les moyens de la requête, et ajoute :
* que l'arrêté contesté méconnaît les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que l'intéressé est parent d'un enfant français dont il contribue à l'éducation et à l'entretien ;
* il méconnaît également les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 pour les mêmes motifs,
- et les observations de M. A B, assisté d'un interprète en langue arabe, qui indique qu'il ne voit pas sa fille qui réside à Bastia compte-tenu de la distance mais qu'il l'appelle quotidiennement environ, et qu'il exerce le métier de mécanicien depuis environ treize ans au Maroc et un an en France.
En l'absence de la préfète de la Gironde ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A B, ressortissant marocain né le 24 janvier 1984, est entré en France le 28 décembre 2021 sous couvert d'un visa saisonnier, où il a obtenu un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable jusqu'au 9 novembre 2021, dont il a demandé le renouvellement le 11 octobre 2021. Par les présentes requêtes, il demande au tribunal d'annuler, d'une part, l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, et d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel elle l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2204953 et n° 2204954, toutes deux présentées par M. A B, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Pour obliger le requérant à quitter le territoire français, la préfète s'est fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu desquelles : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ", et sur la circonstance que le requérant " n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour temporaire valable jusqu'au 9 novembre 2021 ". En outre, pour refuser d'accorder à M. A B un délai de départ volontaire, la préfète s'est notamment fondée sur les points 3°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, en vertu desquels : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () " et sur la circonstance qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision d'éloignement.
4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A B a bénéficié d'un titre de séjour valable jusqu'au 9 novembre 2021, et qu'il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour réceptionnée le 11 octobre 2021 par les services de la préfecture de la Gironde, accompagnée d'une attestation de déclaration préalable à l'embauche de la SARL Himer Automobiles en qualité de mécanicien. Il ressort également des pièces du dossier que, dans le procès-verbal de la gendarmerie de Libourne du 13 septembre 2022, le requérant a déclaré : " j'ai déposé un dossier à la Préfecture de la Gironde un mois avant l'expiration de son titre de séjour, on m'a répondu en me précisant qu'il me manquait un contrat de travail pour finaliser le dossier. Je leur ai transmis le contrat que j'ai actuellement dans le garage de Saint Seurin sur l'Isle ", sans faire état d'une décision négative. L'arrêté contesté ne mentionne aucunement la demande de renouvellement du titre de séjour déposée par le requérant, et la préfète ne soutient pas en défense qu'elle n'aurait pas reçu notification de cette demande. Dans ces conditions, l'arrêté apparaît entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. Par suite, M. A B est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de destination, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, et la décision portant assignation à résidence.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation des deux arrêtés de la préfète de la Gironde en date du 13 septembre 2022.
Sur l'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa nouvelle version applicable à la date du présent jugement : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
7. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'est pas la conséquence de l'annulation d'une décision de refus de titre de séjour, n'implique pas par elle-même la délivrance d'un titre de séjour. En revanche, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que cette annulation implique un réexamen de la situation de M. A B et l'octroi d'une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de délivrer à M. A B une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de trois mois à compter cette même date.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a fait obligation à M. A B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.
Article 2 : L'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a prononcé une assignation à résidence d'une durée de 45 jours à l'encontre de M. A B est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de délivrer à M. A B une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement et de se prononcer sur sa situation dans le délai de deux mois suivant cette même notification.
Article 4 : L'État versera à M. A B une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié Me Babou, à M. C A B et à la préfète de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
L. DLa greffière,
C. GIOFFRE
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026