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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204982

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204982

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDA ROS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Da Ros, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire, faute de justification d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et suivant du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est contraire à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il a été privé du droit d'être entendu préalablement à son édiction ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire, faute de justification d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est contraire à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il a été privé du droit d'être entendu préalablement à son édiction ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire, faute de justification d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est contraire à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il a été privé du droit d'être entendu préalablement à son édiction ;

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

La procédure a été régulièrement communiquée à la préfète de la Gironde, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 19 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 19 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Molina-Andréo, première conseillère ;

- et les observations de Me Da Ros, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant albanais né le 4 février 1989, est entré sur le territoire français en décembre 2016 selon ses dires. Après le rejet de sa demande d'asile par les autorités compétentes, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par arrêté du 31 décembre 2020, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour tant au titre de l'asile, qu'en qualité d'étranger malade. A la suite d'une interpellation par les services de police le 14 septembre 2022, la préfète de la Gironde a, par arrêté du 15 septembre 2022, fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que M. A D, directeur des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Gironde, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté de la préfète de la Gironde du 21 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-104 du même jour, d'une délégation de signature à l'effet de signer, toutes décisions et courriers relevant des missions de la direction des migrations et de l'intégration, au nombre desquelles figurent l'ensemble des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté attaqué vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), en particulier le 3° de l'article L. 611-1, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour prononcer une obligation de quitter le territoire français, la préfète de la Gironde a indiqué que M. B a déjà fait l'objet, le 31 décembre 2020, d'un arrêté portant refus de séjour avec obligation de quitter le territoire français, que son épouse fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il ne peut se prévaloir de la naissance en France de ses trois filles et qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme manquant en fait.

6. Il ressort de la motivation de l'arrêté contesté que la préfète de la Gironde a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant.

7. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Une atteinte au droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

8. Si M. B soutient qu'il a été privé du droit d'être entendu que lui reconnaît le droit de l'Union européenne, il ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été privé de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision. Par suite, le requérant n'établit pas avoir été privé de son droit à être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment exprimé au 2. de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B soutient qu'il vit en France depuis 2016 et que le centre de ses intérêts privés et familiaux s'y trouve désormais, dès lors qu'il réside sur le territoire national avec son épouse et ses trois enfants, dont les deux plus jeunes sont nées en France le 20 juin 2019. Toutefois, l'intéressé, qui est défavorablement connu des services de police, ne fait état d'aucune insertion sur le territoire national. Son épouse ne dispose pas d'un titre de séjour en France en cours de validité. Dans ces circonstances, il n'y a pas d'obstacle à ce que la cellule familiale constituée par les époux B et leurs trois enfants mineurs puisse se reconstituer en Albanie. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est même pas allégué que M. B serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans, la décision portant obligation de quitter le territoire français attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

11. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 10, que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Albanie, où la fille ainée de M. B pourra poursuivre sa scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1. de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-2 du CESEDA : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

14. L'arrêté litigieux vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 4°, 5° et 8° du CESEDA et mentionne les éléments de fait retenus par la préfète de la Gironde pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire au requérant, au regard du risque qu'il se soustrait à l'exécution de la mesure prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

15. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, soulevé à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire, doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 12, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire.

17. M. B conteste avoir eu notification de la mesure d'éloignement que l'administration aurait prise à son encontre le 31 décembre 2020. La préfète de la Gironde, qui n'a pas présenté d'observations en défense, n'a apporté aucun élément de nature à établir la réalité de cette notification. Dans ces conditions, le requérant ne saurait être regardé comme relevant de la situation visée par les dispositions précitées du 5° de l'article L. 612-3 du CESEDA. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré durant son audition par les services de police qu'il s'opposait à tout retour dans son pays d'origine. Dès lors, il existe bien un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire française prise à son encontre, en application des dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du CESEDA. Par suite, la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du CESEDA : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

19. Il ressort de l'examen de l'arrêté litigieux, que pour interdire à M. B de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans, la préfète de la Gironde a visé les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du CESEDA et s'est fondée sur les motifs qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France, qu'il est sans ressources légales sur le territoire national, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est défavorablement connu des services de police et a déjà été signalé pour des faits de violences conjugales, enfin qu'il s'est soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fonde au regard des critères prévus par les dispositions précitées du CESEDA. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, doit être écarté.

21. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 12, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

22. Il résulte des dispositions citées au point 18 qu'il appartient au préfet, s'il entend assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai déterminé, d'une interdiction de retour sur le territoire, dont la durée ne peut dépasser trois ans, de prendre en considération les quatre critères énumérés par l'article précité que sont la durée de présence sur territoire de l'intéressé, la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et les circonstances, le cas échéant, qu'il ait fait l'objet d'une ou plusieurs précédentes mesures d'éloignement et que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.

23. Si M. B soutient que la notification d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre n'est pas établie et qu'il séjourne en France depuis six ans à la date de l'arrêté attaqué, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé ne fait état d'aucun lien privé et familial en France autre que son épouse, qui ne dispose pas de titre de séjour en cours de validité, et leurs enfants. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté qu'il est défavorablement connu des services de police et a été signalé pour des faits de violences conjugales. Dans ces circonstances, la préfète de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

24. M. B soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle mentionne une mesure d'éloignement dont il n'aurait pas été destinataire. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la préfète aurait pris la même décision si elle n'avait pas commis cette erreur. Le moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

25. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 12, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, doivent être écartés.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

26. L'arrêté attaqué vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne que l'intéressé est un ressortissant albanais et qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté comme manquant en fait.

27. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2022 attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Da Ros et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delvolvé, président,

- Mme Molina-Andréo, première conseillère,

- Mme Mounic, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.

La rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉOLe président,

Ph. DELVOLVÉ

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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