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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2204986

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2204986

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2204986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHAMBERLAND-POULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, M. B Prince D, représenté par Me Chamberland-Poulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 avril 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions d'astreinte et de délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle disposait d'une décision régulièrement publiée aux fins de signer la décision attaquée ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- il méconnaît le droit à être entendu garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale en raison de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zuccarello, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Chamberland-Poulin, représentant de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B Prince D, ressortissant congolais, est entré régulièrement en France le 25 mai 2012 sous couvert d'un visa courte-durée. Il a sollicité le bénéfice de l'asile, qui lui a été refusé en dernier lieu par une décision du 14 mars 2014 de la cour nationale du droit d'asile. Il a par la suite fait l'objet de deux refus de séjour, du 20 novembre 2014 sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et du 22 mars 2018 sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquels ont été assortis d'obligations de quitter le territoire. M. D a sollicité, le 12 novembre 2020, un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 avril 2022, la préfète de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai.

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 11 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-028 du même jour, donné délégation à M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, signataire de la décision en litige, à l'effet de signer, en matière d'éloignement, toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant prises en application des II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les mentions de droit et de fait utiles sur lesquels la préfète de la Gironde a pu légalement se fonder pour prendre l'arrêté attaqué. La circonstance que les articles sur le fondement desquels M. D a sollicité un titre de séjour n'apparaissent pas expressément dans les visas de l'arrêté en litige est sans incidence sur la motivation de la décision portant refus de séjour dès lors qu'ils figurent dans les considérants de cette même décision et que ces mêmes visas font mention du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que la préfète, qui a indiqué notamment ses ressources, ses conditions de logement, sa promesse d'embauche par sa mère, ses relations familiales, la durée alléguée de son séjour sur le territoire et l'absence de risque pour M. D de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés des défaut de motivation et d'examen de la situation personnelle de M. D doivent être écartés comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Lorsqu'il demande la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Toutefois, dans le cas prévu à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D n'aurait pas été mis à même de faire part à l'administration de sa situation personnelle au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est célibataire et père d'un enfant résidant au Congo, dont il n'établit pas qu'il n'aurait plus d'autorité parentale à son égard dès lors qu'il se contente de produire un jugement portant délégation d'autorité parentale à la mère sans toutefois porter déchéance des droits du père. La seule circonstance que sa mère et une partie de sa famille résident en France et aient la nationalité française ne saurait lui ouvrir un droit au séjour. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que ses intérêts familiaux seraient exclusivement situés en France dès lors qu'une partie de sa famille, à l'instar de son père d'adoption, résident aux Etats-Unis. Si M. D allègue que son insertion dans la société française et la durée de son séjour sur le territoire sont de nature à lui ouvrir un droit au séjour en France, il n'établit pas utilement ses prétentions dès lors qu'il se contente de produire une attestation d'hébergement de M. E de novembre 2020 et une promesse d'embauche à durée indéterminée en qualité d'animateur-démonstrateur dans la boutique de sa mère. Bien que M. D fasse valoir l'occupation préalable de plusieurs emplois, il ne produit aucune pièce établissant ses allégations et ne fournit pas davantage d'élément permettant d'apprécier son intégration dans la société française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. M. D n'établit pas que sa situation répondrait à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels de nature à lui ouvrir un droit au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Dès lors, et pour les motifs évoqués au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En sixième lieu, pour les motifs évoqués au point 7, l'arrêté attaqué ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. En septième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

12. En huitième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 11, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions portants refus de séjour et obligation de quitter le territoire doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D aux fins d'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022 doivent être rejetées, et, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles liées aux frais d'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B Prince D, à Me Chamberland-Poulin et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Zuccarello, présidente,

- Mme De Paz, première conseillère,

- Mme Denys, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

F. ZUCCARELLO

L'assesseure la plus ancienne,

D. DE PAZ

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière

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