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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205059

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205059

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHUGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Hugon, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née le 25 mars 2021 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande de carte de résident ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de lui délivrer une carte de résident et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en vertu de l'article L. 911-3 du code précité et de lui remettre, dans l'attente de la fabrication du titre, un récépissé de demande de titre valable six mois assorti d'une autorisation de travail, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui remettre, durant cet examen, un récépissé de demande de titre l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 813 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme B soutient que :

- de nationalité sri-lankaise, elle est entrée en France le 10 octobre 2017, avec son fils né le 4 septembre 2017, et s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par décision du 21 septembre 2020 de la cour nationale du droit d'asile ;

- le pourvoi formé par l'office français de protection des réfugiés et apatrides contre la décision de la cour nationale du droit d'asile a été rejeté par décision du 27 septembre 2021 du Conseil d'Etat ;

- à la suite de la décision de la cour, elle a obtenu un récépissé de demande de carte de séjour, qui a été renouvelé depuis ;

- le silence gardé par l'autorité préfectorale sur sa demande de carte de séjour en date du 24 novembre 2020 a fait naître une décision implicite de rejet le 25 mars 2021 ;

- sa requête n'est pas entachée de tardiveté dès lors que, s'étant vu délivrer des récépissés de demande de titre régulièrement, elle justifie de circonstances exceptionnelles faisant obstacle à ce que le délai raisonnable d'un an pour contester une décision administrative lui soit opposé ;

- son maintien au séjour sous couvert de récépissés valables trois ou six mois, en outre renouvelés parfois avec retard, a pour effet de la bloquer dans ses démarches en vue de son intégration en France, rendant difficile l'accès au travail et impossible la location d'un logement, et préjudicie de manière suffisamment immédiate et grave à sa situation pour que la condition d'urgence soit satisfaite ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dans l'application des articles L. 561-1, L. 424-1, L. 424-2 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'au regard de la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011.

Par mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 11 octobre 2022 à 14h30, après le rapport, ont été entendues les observations de Me Hugon, représentant Mme B, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de cette dernière.

La préfète de la Gironde n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme A B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande de carte de résident en date du 24 novembre 2020.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code précité : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne le doute sérieux :

3. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 21 septembre 2020 devenue définitive, la cour nationale du droit d'asile a reconnu la qualité de réfugié à Mme B. Il suit de là que le moyen invoqué par cette dernière et tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la décision en litige.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. Pour l'application des dispositions précitées du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la décision du 21 septembre 2020 de la cour nationale du droit d'asile, Mme B a sollicité de l'autorité préfectorale la délivrance de la carte de résident, à laquelle elle peut prétendre de plein droit en application de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que Mme B est maintenue sous le régime du récépissé de demande de titre depuis le 24 novembre 2020, alors qu'en vertu de l'article R. 424-1 du code précité, il appartient à l'autorité préfectorale de délivrer la carte de résident à l'étranger bénéficiant du statut de réfugié dans un délai de trois mois suivant la reconnaissance de cette qualité. Compte tenu des conséquences que ce maintien peut avoir sur la situation de l'intéressée, eu égard notamment à sa durée anormalement longue alors qu'elle est droit, à la suite d'une décision juridictionnelle devenue définitive, d'obtenir le titre sollicité, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander la suspension de la décision implicite née le 24 mars 2021 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur sa demande de titre du 24 novembre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut prescrire les mesures nécessaires à l'exécution de sa décision, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ni prononcer l'annulation d'une décision administrative, ni ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant pour défaut de base légale une telle décision.

9. Mme B demande qu'il soit prescrit à la préfète de la Gironde de lui délivrer une carte de résident. Mais de telles conclusions tendent à faire prononcer par le juge des référés une injonction dont les effets seraient en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative de la décision par laquelle le juge de l'excès de pouvoir viendrait, le cas échéant, à prononcer l'annulation pour manque de base légale, de la décision rejetant sa demande de titre de séjour. Le prononcé d'une telle injonction excède donc la compétence du juge des référés.

10. Toutefois, la présente ordonnance implique nécessairement que la préfète de Gironde prenne à nouveau une décision sur la demande de Mme B, après une nouvelle instruction. Il y a donc lieu d'enjoindre à l'autorité préfectorale de se prononcer à nouveau sur la demande de l'intéressée et ce, en l'espèce, dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

11. Enfin, Mme B étant déjà titulaire d'un récépissé de demande de titre l'autorisant à travailler, sa demande tendant à ce qu'il soit prescrit à l'autorité préfectorale de lui délivrer un tel titre est dépourvue d'objet.

Sur la demande d'aide juridictionnelle et les conclusions relatives aux frais de l'instance :

12. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à la nature de la requête, sur laquelle il doit être statué en urgence, il y a lieu d'admettre Mme B à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

13. En deuxième lieu, la requérante étant admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire par la présente ordonnance, son conseil, Me Hugon, peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Hugon au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce versement entraînant renonciation de Me Hugon à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

ORDONNE :

Article 1er : Mme B est admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite née le 24 mars 2021 du silence gardé par la préfète de la Gironde sur la demande de titre de Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de procéder à un nouvel examen de la demande Mme B tendant à la délivrance de la carte de résident et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Me Hugon, conseil de Mme B, la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à la préfète de la Gironde et à Me Hugon.

Fait à Bordeaux, le 18 octobre 2022.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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