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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205062

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205062

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantBAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 21 septembre et 4 novembre 2022, M. B F C, représenté par Me Bazin, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 août 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire, faute de justification d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète de la Gironde ayant méconnu l'étendue de sa compétence en fixant de manière automatique le délai de départ volontaire à trente jours ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- l'exécution de cette décision et impossible, dès lors qu'il ne peut être renvoyé en Palestine, qui n'est pas un Etat reconnu au niveau international ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistrée le 19 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. F C ne sont pas fondés.

M. F C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 18 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Molina-Andréo, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F C, né le 11 avril 1989 et se déclarant d'origine palestinienne, est entré sur le territoire français le 1er septembre 2019. Le 20 septembre 2019, il a sollicité le bénéfice de l'asile. Par une décision du 18 mars 2020, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. Cette décision a été confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 18 août 2022. Par un arrêté du 26 août 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), la préfète de la Gironde a alors refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. F C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par une décision du 18 octobre 2022, M. F C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau d'aide juridictionnelle. Par suite, les conclusions du requérant tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que Mme D A, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté de la préfète de la Gironde du 21 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-104, d'une délégation de signature à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions de la nature de celles en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision d'obligation de quitter le territoire français contestée doit être écarté comme manquant en fait.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. F C soutient qu'il vit en France depuis trois ans, que le centre de sa vie privée et familiale s'y trouve désormais et qu'il dispose par ailleurs d'un travail. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. F C, qui est entré sur le territoire national le 1er septembre 2019, ne s'est provisoirement justifiée que par l'instruction de sa demande d'asile par l'OFPRA, puis par la CNDA. Les affirmations de l'intéressé selon lesquelles il justifierait d'une bonne insertion sociale et professionnelle ne sont corroborées par aucune pièce du dossier. Dans ces circonstances, et alors que M. F C est célibataire et sans charge de famille en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Gironde n'a pas entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du CESEDA : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. /

Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

7. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative, lorsqu'elle accorde ce délai de trente jours, n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point dès lors que l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande tendant à la prolongation dudit délai de départ volontaire en faisant état de circonstances propres à son cas. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire doit être écarté.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Gironde se serait crue en situation de compétence liée pour fixer à trente jours le délai accordé à M. F C pour son départ volontaire du territoire français, alors que cette autorité a précisé que sa situation personnelle ne justifiait pas, qu'à titre exceptionnel, un délai supérieur lui soit accordé. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En se bornant à soutenir que la mesure d'éloignement ne comporte pas un délai de départ volontaire approprié à sa situation, M. F C n'établit pas qu'en limitant à trente jours ledit délai, la préfète de la Gironde aurait entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Aux termes de l'article L. 513-2 du CESEDA : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : / 1° A destination du pays dont il a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu le statut de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Ou, en application d'un accord ou arrangement de réadmission communautaire ou bilatéral, à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ; / 3° Ou, avec son accord, à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".

11. M. F C soutient que la décision attaquée, qui précise qu'il est d'origine palestinienne, est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il ne serait pas possible de le renvoyer en Palestine, qui n'est pas un Etat reconnu sur le plan international. Si la France ne reconnaît pas comme Etat à part entière la Palestine, cette dernière présente le caractère d'une entité gouvernementale d'un territoire ayant le statut, reconnu également par la France, d'État observateur non membre de l'organisation des Nations Unies. Ainsi, la circonstance dont fait état le requérant ne fait pas par elle-même obstacle à ce qu'il soit éloigné à destination de la Palestine, dont il dit être originaire. Cette circonstance n'empêchait pas davantage la préfète de la Gironde d'indiquer, à l'article 5 de l'arrêté contesté, que l'intéressé pourrait être " reconduit d'office dans le pays dont il a la nationalité ou, tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible ". Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

12. M. F C soutient qu'il encourrait des risques de persécution en cas de retour en Palestine, compte tenu de son arrestation par les services de sécurité palestinien au cours d'une manifestation à Ramallah le 13 juin 2018 à laquelle il ne participait pas et du refus de sa famille d'accepter la demande d'agents de ces mêmes services d'utiliser leur société pour blanchir de l'argent. Toutefois, l'intéressé, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée par décision de l'OFPRA du 18 mars 2020, confirmée par décision de la CNDA du 18 août 2022, n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses affirmations. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. F C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 août 2022 attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. F C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. F C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F C, à Me Bazin et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 14 novembre 2022.

La magistrate désignée,

B. MOLINA-ANDREO La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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