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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205063

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205063

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-6 semaines
Avocat requérantBORDES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 22 septembre, 7 octobre, 31 octobre et 3 novembre 2022, M. D A, représenté par Me Bordes, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans cette attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour lui donnant droit de travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

- cette décision est entachée d'un vice de compétence de sa signataire, à défaut de délégation de signature de la part de la préfète de la Gironde ;

- elle ne se prononce pas sur le respect de l'article L. 423-23 du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 424-1 du CESEDA, dès lors qu'il bénéficie de la protection subsidiaire en Italie ;

- compte tenu de sa situation familiale, elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme, ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du CESEDA ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il est le père d'un enfant qui vit en France, ainsi que d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du CESEDA ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, compte tenu de la présence en France de son fils, né en France le 29 mars 2022 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un vice de compétence de sa signataire, à défaut de délégation de signature de la part de la préfète de la Gironde ;

- elle est privée de base légale, compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il est le père d'un enfant qui vit en France, ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistrée le 13 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 2 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Molina-Andréo, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant nigérian né le 26 décembre 1995, déclare être entré sur le territoire français le 13 juin 2021. Le 21 juin 2021, il a sollicité le bénéfice de l'asile. Par une décision du 31 janvier 2022, contre laquelle il a formé un recours auprès de la cour nationale du droit d'asile (CNDA), l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande pour irrecevabilité. Par un arrêté du 23 août 2022, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), la préfète de la Gironde a alors refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées, tiré de l'incompétence du signataire :

2. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que Mme C B, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté de la préfète de la Gironde du 21 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2022-104, d'une délégation de signature à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", au nombre desquelles figurent les décisions de la nature de celles en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français contestées doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 424-1 du CESEDA : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Aux termes de l'article L. 541-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin :

1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; / () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne ; / () ".

4. Il ressort des pièces du dossier et en particulier de la fiche Telemofpra produite en défense que la demande d'asile de M. A a été rejetée pour irrecevabilité par l'OFPRA le 31 janvier 2022, dès lors que l'intéressé bénéficie de la protection subsidiaire en Italie jusqu'au 28 septembre 2025, et que cette décision a été notifiée au requérant le 21 février 2022. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué, l'intéressé ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français par application de l'article L. 542-2 du CESEDA. M. A ne s'étant pas vu reconnaitre la qualité de réfugié en France, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 424-1 précitées.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A soutient qu'il est le père d'un enfant né à Mont-de-Marsan le 29 mars 2022, qu'il a reconnu dès avant la naissance le 22 mars 2022, et qu'il vit en concubinage depuis juin 2022 avec la mère de l'enfant, compatriote qui bénéficie d'une carte de résident en qualité de réfugiée. Toutefois, il ne ressort pas des pièces produites au dossier que la vie commune dont il est fait état, compte tenu de son caractère extrêmement récent à la date de l'arrêté attaqué, aurait un caractère stable, ni même que M. A participerait à l'entretien et à l'éducation de son fils. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la présence en France de M. A, qui a déclaré être entré sur le territoire national le 13 juin 2021, ne s'est provisoirement justifiée que par l'instruction de sa demande d'asile. L'intéressé, qui est sans emploi, ne justifie pas de sa bonne insertion en France. Dans ces circonstances, la décision de refus de séjour attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la préfète de la Gironde n'a pas entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

7. M. A soutient que la préfète de la Gironde a, de manière erronée, mentionné dans l'arrêté contesté qu'il était " célibataire et sans charge de famille en France ", alors qu'il est en concubinage avec une compatriote en situation régulière en France et qu'un enfant est né de leur relation le 29 mars 2022. Toutefois, l'erreur de fait ainsi commise est sans incidence sur la légalité du refus de séjour contesté, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, eu égard aux éléments de la situation privée et familiale du requérant relevés au point précédent et dont la préfète de la Gironde, contrairement à ce qui est soutenu, a tenu compte, que cette dernière aurait pris la même décision, en ne se fondant pas sur cet élément erroné.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du CESEDA ou de l'article L. 435-1 du même code. Alors que la préfète de la Gironde n'était pas tenue d'examiner sa demande sur ces fondements, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'il remplirait les conditions prévues par ces articles.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. M. A soutient que la décision de refus de séjour méconnaît le 1. de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant en privant son enfant de la présence de l'un ou l'autre de ses deux parents, la mère de cet enfant ayant vocation à demeurer en France. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, et il n'est pas fait état de circonstances faisant ainsi obstacle à ce que ce dernier se maintienne en France aux côtés de sa mère. Par suite, le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour dont il a fait l'objet à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6, 7 et 10, les moyens tirés de l'erreur de fait, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 août 2022 attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Bordes et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 14 novembre 2022.

La magistrate désignée,

B. MOLINA-ANDREO La greffière,

S. CASTAIN

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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