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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205072

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205072

lundi 26 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 26 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a désigné un pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de deux ans ;

3°) d'annuler la décision du 20 septembre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

4°) d'ordonner l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, pris dans son ensemble :

- il est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'elle indique à tort qu'il n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour temporaire ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de la situation du requérant, faute de prendre en compte sa demande de renouvellement de son titre de séjour temporaire.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle sur les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour les mêmes motifs.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'assignation à résidence d'une durée de 45 jours :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité des décisions précédentes.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique 26 septembre 2022.

En l'absence de la préfète de la Gironde ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 22 mai 1991 est entré en France le 19 février 2020 sous couvert d'un visa saisonnier, où il a obtenu une carte de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable jusqu'au 19 avril 2021, dont il a demandé le renouvellement le 10 mai 2021. Par la présente requête, il demande au tribunal administratif l'annulation, d'une part de l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a désigné un pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de deux ans, et d'autre part de l'arrêté du 20 septembre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français, pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 juin 2022, la préfète de la Gironde a consenti à Mme C E, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux, une délégation à l'effet de signer toutes décisions prises en application notamment des livres II, VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui permettant de signer les décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions qui l'assortissent et notamment la décision relative au délai de départ volontaire, celle portant interdiction de retour sur le territoire français et celle fixant le pays de renvoi, prévues par les articles L. 610-1 à L. 612-12 de ce code. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, en indiquant que " il n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour temporaire valable jusqu'au 19 avril 2021 et s'est maintenu sur le territoire à l'expiration de ce titre ", la préfète de la Gironde a estimé que l'intéressé n'avait pas demandé ce renouvellement avant l'expiration de son titre de séjour et s'était par suite maintenu irrégulièrement en France. Ce faisant, et ainsi que dit au point 7, la préfète de la Gironde n'a commis aucune erreur de fait, et le moyen ce sens doit être écarté.

4. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ".

6. Le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve dans le cas mentionné au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, y compris si un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour lui a été délivré pendant la durée d'instruction de cette demande de titre de séjour. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

7. Il ressort des pièces du dossier M. A bénéficiait d'une carte de séjour en qualité de saisonnier valable du 20 février 2020 au 19 avril 2021, et qu'il en a sollicité le renouvellement par une demande du 10 mai 2021 réceptionnée les services de la préfecture de Lot-et-Garonne du 11 mai 2021, soit postérieurement à l'expiration de son titre de séjour. S'il produit également un courrier de la préfecture de la Gironde en date du 29 avril 2021 faisant état d'une précédente demande de titre de séjour, il n'établit pas qu'il aurait sollicité la délivrance d'un quelconque titre avant l'expiration de son titre de séjour. Dans ces conditions, et dès lors qu'il ne fait valoir aucun motif susceptible d'entraîner l'attribution de plein droit d'un titre de séjour, la préfète a pu légalement estimer qu'il s'était maintenu sur le territoire après l'expiration de son titre de séjour sans en demander le renouvellement, étant sans incidence la circonstance qu'il a effectué ultérieurement cette demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être également écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, sans ressources particulières. Il ne justifie en outre sur le territoire national d'aucune ancienneté, ni de la moindre attache familiale ou personnelle, ses parents, ses deux sœurs et l'un de ses frères vivant toujours au Maroc, où il a lui-même vécu plus de vingt-six ans. Dans ces conditions, bien qu'il n'ait jamais fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français ni ne représente une menace pour l'ordre public, la durée de l'interdiction de retour décidée par préfète de la Gironde n'est pas disproportionnée et cette autorité n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

Sur les conclusions dirigées contre l'assignation à résidence d'une durée de 45 jours :

10. Mme E avait compétence pour prendre la décision contestée, en vertu de la délégation mentionnée au point 2. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit par suite être écarté.

11. Les décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans n'étant pas, pour les motifs exposés ci-dessus, illégales, le requérant n'est pas fondé à invoquer par la voie de l'exception leur illégalité à l'encontre de la décision l'assignant à résidence.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction seront rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Me Lanne, à Jaouad A et à la préfète de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

L. DLa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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