jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | ZABEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2022 et un mémoire du 6 janvier 2023, Mme D B, représentée par Me Zabel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Gironde en date du 22 avril 2022 portant refus de renouvellement du titre de séjour " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 10 jours suivant la notification du présent jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la signataire de l'arrêté ne justifie pas d'une délégation de signature spéciale ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen sérieux car le préfet n'a pas mentionné les certificats médicaux et dentaires établissant les conséquences des violences infligées par son époux ; la date du divorce mentionnée par le préfet, 25 mars 2021, est erronée puisque le divorce a été prononcé le 29 avril 2022 ; la durée de son séjour en France et ses attaches privées et familiales n'ont pas été prises en compte ;
- l'erreur matérielle commise sur la date de divorce affecte la légalité de l'arrêté puisqu'il a été pris au motif de la fin de la communauté de vie ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle n'était pas encore divorcée à la date de l'arrêté ; de plus, le Conseil d'Etat a jugé dans la décision n° 450285 du 24 février 2022 que le motif de la rupture de la communauté de vie n'est pas opposable à l'étranger qui sollicite le renouvellement d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français lorsque cette rupture est imputable à des violences conjugales ; ces dernières sont établies par les pièces produites ; le motif de la rupture de la communauté de vie ne pouvait pas lui être opposé ; l'article L. 425-6 du même code a été méconnu ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des violences conjugales subies ;
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu en raison des liens privés et familiaux qu'elle possède en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 9 février 2023 à 12 h.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été, sur sa demande, dispensé par la présidente de la formation de jugement, de prononcer ses conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bourdarie a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, ressortissante marocaine née le 6 février 1983 à Marrakech (Maroc), a épousé M. C, ressortissant français né le 12 juillet 1959, le 26 janvier 2012 à Marrakech. Elle est entrée en France le 19 mai 2012 munie d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa D valable jusqu'au 16 mai 2013. Elle a par la suite bénéficié de titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de ressortissant français, renouvelés jusqu'au 30 août 2020. Par un arrêté du 22 avril 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour. Il a implicitement rejeté son recours gracieux reçu le 22 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022 :
2. En premier lieu, l'arrêté du 22 avril 2022 a été signé par M. A F, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Gironde, bénéficiaire d'une délégation de signature du préfet de la Gironde par arrêté en date du 15 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2022-070 du même jour, aux fins de signer les décisions relatives au séjour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision relative au séjour doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, le préfet a examiné la demande de renouvellement qui lui avait été soumise le 2 septembre 2020 par Mme B au regard du fondement sollicité et a pris en considération ses attaches privées et familiales en France et au Maroc. La requérante n'établit pas avoir fourni au préfet les éléments dont elle se prévaut pour établir les violences conjugales dont elle aurait été victime. L'erreur matérielle commise par le préfet sur la date de divorce, pour regrettable qu'elle soit, n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " () Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales () ". Aux termes de l'article L. 425-6 du même code : " L'étranger qui bénéficie d'une ordonnance de protection en vertu de l'article 515-9 du code civil, en raison des violences exercées au sein du couple ou par un ancien conjoint, un ancien partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou un ancien concubin se voit délivrer, dans les plus brefs délais, une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Une fois arrivée à expiration elle est renouvelée de plein droit à l'étranger qui continue à bénéficier d'une telle ordonnance de protection. / Lorsque l'étranger a porté plainte contre l'auteur des faits elle est renouvelée de plein droit pendant la durée de la procédure pénale afférente, y compris après l'expiration de l'ordonnance de protection ".
5. D'une part, les dispositions précitées ont créé un droit particulier au séjour au profit des personnes victimes de violences conjugales ayant conduit à la rupture de la vie commune avec leur conjoint de nationalité française. Dans ce cas, le renouvellement du titre de séjour n'est pas conditionné au maintien de la vie commune. Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une telle demande, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, l'existence de violences conjugales ayant conduit à la rupture de la vie commune du demandeur avec son conjoint de nationalité française.
6. D'autre part, pour refuser le renouvellement du titre de séjour de Mme B sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance qu'elle était divorcée depuis le 25 mars 2021 et qu'ainsi la communauté de vie avait cessé depuis cette date. Toutefois, ces informations sont erronées dès lors que le divorce a été prononcé le 29 avril 2022. Mais, ainsi que le fait valoir le préfet en défense, la communauté de vie a cessé au moins dès le 29 avril 2021 au vu de l'ordonnance de non-conciliation prise à cette date mentionnant une résidence séparée des époux. Cette erreur matérielle n'a pas affecté la légalité de l'arrêté en litige. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet aurait refusé le renouvellement du titre de séjour sollicité en se fondant initialement sur ce motif, de nature à fonder légalement la décision. Ainsi, le préfet n'a ni commis erreur de droit ni erreur d'appréciation en estimant que la communauté de vie avait cessé et que le renouvellement du titre de séjour ne pouvait être délivré sur le fondement de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au surplus, Mme B ne peut utilement invoquer le bénéfice des dispositions de l'article L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne peut justifier qu'elle bénéficie d'une ordonnance de protection.
7. En quatrième lieu, Mme B a accepté le principe de la rupture du mariage sans considération des faits à l'origine de celle-ci. Elle produit plusieurs devis pour des soins prothétiques dentaires établis en 2015 et en 2017 qui ne permettent pas d'établir que ces soins auraient été rendus nécessaires en raison des violences physiques de son époux. Il en est de même des certificats rédigés par son médecin généraliste et des photographies de son visage tuméfié prises par ses soins. Elle ne fournit aucune indication quant au résultat de l'enquête diligentée pour instruire sa plainte du 3 avril 2020, déposée pour violences habituelles n'ayant pas entrainé d'incapacité supérieure à 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un PACS au titre de la période allant du 1er janvier 2012 au 30 mars 2020 à Lacanau alors même qu'elle a été convoquée par un juge d'instruction le 18 janvier 2021 pour des faits identiques ainsi que des faits de viol et viol commis en réunion pour une procédure mettant en cause M. C. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la communauté de vie a cessé du fait de violences conjugales et le préfet n'a pas manifestement mal apprécié la situation de Mme B.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Mme B se prévaut de sa durée de séjour en France, de perspectives d'insertion professionnelle et de la présence en France d'une sœur et d'un demi-frère en situation régulière. Toutefois, la promesse d'embauche du 1er octobre 2022, outre qu'elle est postérieure à l'arrêté attaqué, n'est pas de nature à établir une insertion par le travail, faute d'avoir donné lieu à travail effectif rémunéré. Si elle a un demi-frère présent en France en séjour régulier, elle n'établit ni les liens avec celui-ci ni ceux avec sa sœur dont la régularité du séjour en France ne ressort pas des pièces du dossier. De plus, elle n'a pas mentionné l'existence de cette dernière sur la fiche famille à l'appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour. En revanche, ses deux parents et deux frères résident au Maroc. Ainsi, en dépit d'une durée de présence en France significative, le préfet n'a pas méconnu les stipulations citées au point précédent en prenant l'arrêté attaqué.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2022 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions en injonction sous astreinte et relatives au frais d'instance :
11. Eu égard au rejet des conclusions en annulation de l'arrêté du 22 avril 2022, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de la Gironde. Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Munoz-Pauziès, présidente,
M. Bilate, premier conseiller,
M. Bourdarie, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
Le rapporteur,
H. BOURDARIE
La présidente,
F. MUNOZ-PAUZIÈS
La greffière,
M. E
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026