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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205538

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205538

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET SBA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B, qui contestait l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la maire de Lanton avait abrogé sa nomination au comité de village de Blagon. La juridiction a jugé irrecevables les moyens de légalité externe (insuffisance de motivation et défaut de procédure contradictoire) soulevés tardivement, après l'expiration du délai de recours contentieux. Sur le fond, les moyens de légalité interne, notamment l'absence de preuve des griefs et le détournement de pouvoir, ont été écartés. La décision s'appuie sur le code général des collectivités territoriales, en particulier son article L. 2143-2.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022, des pièces complémentaires enregistrées le 27 mars 2023 n'ayant pas été communiquées, et des mémoires enregistrés le 11 juillet 2023, le 1er septembre 2023, le 1er décembre 2023 et le 5 mars 2024, M. A B, représenté par Me Berland, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la maire de la commune de Lanton a abrogé l'arrêté du 9 novembre 2020 portant nomination des membres du comité de village de Blagon, en tant qu'il abroge sa nomination à ce comité ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lanton la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les griefs qui lui sont reprochés concernant l'irrespect de la Charte du Comité de village ne sont pas établis ;

- l'article 2 de l'arrêté contesté ne donne pas la composition exacte du comité ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il n'a été édicté que pour faire obstacle à son élection comme président alors même qu'il était le seul candidat ;

- il est entaché d'un vice de procédure en raison de la méconnaissance du contradictoire prévu à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est insuffisamment motivé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, la commune de Lanton, représentée par la Selarl HMS Atlantique Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens de légalité externe sont irrecevables dès lors que la requête ne contenait que des moyens de légalité interne et que le mémoire soulevant les vices de forme et de procédure a été enregistré après la fin du délai de recours contentieux ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fernandez,

- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public,

- les observations de Me Berland, représentant M. B ;

- et les observations de Me Lefort, représentant la commune de Lanton.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 7 mai 2014, la commune de Lanton, composée de quatre villages que sont Blagon, Cassy, Lanton et Taussat-les-Bains, a décidé d'instituer des comités de villages. Le 7 novembre suivant, la commune a adopté par délibération une " charte des comités de village ". A la suite des élections municipales de 2020, la commune a approuvé une nouvelle délibération le 15 octobre 2020 fixant le nombre de représentants aux comités de village, pour chaque village, à dix membres et deux suppléants et modifiant la charte des comités de village. Parmi ces membres, tous nommés par la maire de Lanton, six ont été tirés au sort et six ont fait acte de candidature. Il a été prévu que les comités comprennent également un représentant du maire. Par arrêté du 9 novembre 2020, la maire de la commune de Lanton a arrêté la composition du comité de Village de Blagon et a désigné M. B comme membre de ce comité. M. B a également été élu co- président. Puis, la maire a abrogé l'arrêté du 9 novembre 2020 afin d'exclure M. B de ses fonctions par un arrêté du 22 septembre 2022. M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté en tant qu'il l'exclut des membres du comité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la formation d'un recours juridictionnel tendant à l'annulation d'une décision administrative établit que l'auteur du recours a eu connaissance de cette décision au plus tard à la date à laquelle il a formé le recours. Dans ce cas, les moyens qui ne sont pas d'ordre public soulevés plus de deux mois après la date de saisine du tribunal et ressortissant d'une cause juridique différente de celle dont relevaient les moyens invoqués dans ce délai ont le caractère d'une prétention nouvelle tardivement présentée et, par suite, irrecevable.

3. Dans sa requête introductive d'instance enregistrée le 17 octobre 2022, M. B ne soulevait que des moyens critiquant la légalité interne de la décision du 22 septembre 2022. Par suite, les moyens de légalité externes tirés de l'insuffisante motivation et de la méconnaissance de la procédure contradictoire, soulevés dans le mémoire en réplique enregistré le 1er décembre 2023, sont irrecevables et doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2143-2 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal peut créer des comités consultatifs sur tout problème d'intérêt communal concernant tout ou partie du territoire de la commune. Ces comités comprennent des personnes qui peuvent ne pas appartenir au conseil, notamment des représentants des associations locales. Sur proposition du maire, il en fixe la composition pour une durée qui ne peut excéder celle du mandat municipal en cours. Chaque comité est présidé par un membre du conseil municipal, désigné par le maire. Les comités peuvent être consultés par le maire sur toute question ou projet intéressant les services publics et équipements de proximité et entrant dans le domaine d'activité des associations membres du comité. Ils peuvent par ailleurs transmettre au maire toute proposition concernant tout problème d'intérêt communal pour lequel ils ont été institués ".

5. Le comité de village dans lequel était membre M. B a été créé par la commune de Lanton par une délibération et est encadré par une charte. L'objectif de ce comité est principalement d'instaurer une concertation entre les citoyens et la municipalité, en conformité avec la politique définie par le conseil municipal et en conservant une neutralité notamment politique. Les membres de ce comité sont nommés par le maire sans autre condition que d'être volontaire et de résider dans le village du comité. De la sorte un tel comité peut être regardé comme un comité consultatif au sens des dispositions précitées de l'article L. 2143-2.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B entretenait une relation conflictuelle avec l'élu représentant la commune au comité de village de Blagon ce qui ressort notamment de plusieurs courriels qui ont également été adressés aux élus de l'opposition municipale. D'ailleurs le requérant était candidat sur la liste des élus d'opposition aux élections municipales de 2020. Au demeurant, les membres des comités de village de Lanton ne sont pas élus et ne disposent d'aucune garantie de conserver leur place jusqu'à la fin du mandat municipal date à laquelle les comités arrivent à échéance. En outre, les personnes membres de ces commissions consultatives créées par le conseil municipal le sont uniquement parce qu'ils ont été nommés par la maire qui peut par conséquent, en modifier la composition et ainsi mettre fin à leur présence. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, en soutenant seulement que l'article 2 de l'arrêté attaqué ne donne pas la composition exacte du comité, le requérant n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bienfondé.

8. En quatrième et dernier lieu, l'arrêté contesté a effectivement été édicté quelques jours avant que le comité de village ne procède à l'élection de son président et M. B était le seul candidat. Toutefois, l'objet même de l'arrêté est de nommer les membres de ce comité à l'exception de M. B, de sorte qu'il n'a pas été édicté dans un autre but que celui-ci. La circonstance que l'intéressé ne puisse donc pas candidater à la présidence de ce comité n'est pas de nature à entacher la décision contestée d'un détournement de pouvoir, d'autant qu'en tout état de cause, la fonction de président ne lui donnait aucune attribution autre que celles dont disposent les autres membres du comité.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 septembre 2022.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lanton, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant sur ce fondement. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros à verser à la commune au titre de ces mêmes dispositions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Lanton la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Lanton.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le rapporteur,

D. Fernandez

Le président,

D. KatzLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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