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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205585

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205585

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantHUGON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 20 octobre et 1er novembre 2022, Mme B A, représentée par Me Lucile Hugon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou à défaut de réexaminer sa situation et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de la préfète de la Gironde une somme de 1 813 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour,

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la préfète ne démontre pas avoir saisi l'OFII, et il ne ressort pas des pièces du dossier que le rapport médical a été émis par un médecin régulièrement désigné ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande, dès lors que la préfète se fonde sur un avis du collège des médecins de l'OFII du 6 décembre 2021, sans l'avoir invité à actualiser les éléments relatifs à son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors d'une part que le défaut de prise en charge aurait des conséquences graves, et d'autre part, que l'origine du stress post-traumatique qui nécessite depuis plusieurs années une médication antipsychotique neuroleptique très lourde, se trouve dans son pays d'origine, puisqu'il est lié aux graves violences subies par elle et ses quatre enfants de la part de son ex-époux ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressée et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle vit en France depuis 6 ans ; sa fille est titulaire d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant ressortissant européen ; son fils est titulaire d'un titre de séjour " vie privée et familiale " et sa plus jeune fille, âgée de neuf ans, est scolarisée en France depuis six ans ; elle a travaillé dès que le titre de séjour qui lui a été délivré le lui a permis ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français,

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par décision du 22 novembre 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Hugon, représentant Mme A, présente.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, de nationalité albanaise, est entrée irrégulièrement en France en 2016 et a sollicité l'asile le 15 décembre 2016. L'Office français de protections des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par décision du 28 avril 2017, confirmée le 8 décembre 2017 par la Cour nationale du droit d'asile, et l'intéressée a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 18 janvier 2018, qu'elle n'a ni contestée ni exécutée. Le 29 janvier 2019, elle s'est vue délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade, renouvelé jusqu'au 13 septembre 2021. Elle a sollicité le renouvellement de ce titre le 20 septembre 2021, et par l'arrêté attaqué du 27 septembre 2022, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, dans son avis du 6 décembre 2021 produit par la préfète, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Toutefois, dans l'arrêté litigieux comme dans le mémoire en défense, la préfète de la Gironde affirme que d'après cet avis du collège des médecins, " l'état de santé du demandeur ne nécessite pas de prise en charge médicale ". Par suite, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, et à demander son annulation, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique nécessairement que la préfète de la Gironde procède à un réexamen de la situation de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

5. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hugon renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier, pour le compte de Me Hugon, la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de la Gironde du 27 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 200 euros à Me Hugon en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Hugon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Lucile Hugon et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

Mme Lahitte, conseillère,

M. Bongrain, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La présidente rapporteure,

F. C

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. LAHITTE

La greffière,

C. SCHIANO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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