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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205660

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205660

mercredi 4 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFOUCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021 sous le n° 2106442, M. B A, représenté par Me Foucard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit son retour pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut, de réexaminer sa situation, l'ensemble dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- cette décision a été édictée en méconnaissance du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde ;

- elle a été édictée en méconnaissance du 6° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 décembre 2021, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la recevabilité de la requête n'est pas établie ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un jugement du 15 décembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a renvoyé à une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'arrêté du 23 février 2021 en tant que la préfète de la Gironde a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A, ainsi les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qui s'y rapportent, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête. Les conclusions ainsi renvoyées ont été enregistrées sous le n° 2205660.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 5 mai 2021.

Par une ordonnance du 8 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Foucard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité tunisienne né le 7 mars 1983, a sollicité le 25 août 2020 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en se prévalant de sa qualité de père de deux enfants de nationalité française nés le 29 janvier 2017 et le 25 août 2019. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 février 2021 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit son retour pour une durée de deux ans.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement n° 2106442 du 16 décembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal a statué sur les conclusions de M. A dirigées contre l'arrêté du 23 février 2021 en tant que la préfète de la Gironde lui a enjoint de de quitter le territoire français dans un délai de trente jour, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour pour une durée de deux ans. Les conclusions des requêtes dirigées contre ces décisions sont donc devenues sans objet, et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ".

4. D'une part, M. A ne produit aucun élément à l'appui de sa requête de nature à établir qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français, alors au demeurant qu'il ressort des termes de la décision attaquée que M. A a seulement présenté à la préfète de la Gironde, à l'appui de sa demande de titre de séjour, des factures établies au nom de la mère de ses enfants, des tickets de caisse non nominatifs et une attestation d'un fournisseur d'énergie libellée à leurs deux noms datée du 22 juin 2020, ce qui ne suffisait pas à établir sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans.

5. D'autre part, il ressort des mentions portées sur le bulletin numéro 2 de son casier judiciaire que M. A a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux à une peine d'un an d'emprisonnement par un jugement du 29 novembre 2011 pour des faits de récidive de transport, acquisition, détention, offre ou cession non autorisés de stupéfiants et contrebande de marchandise prohibée commis le 6 décembre 2009, à une peine de quatre mois d'emprisonnement par jugement du 10 octobre 2017 du tribunal correctionnel de Bordeaux pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, conduite d'un véhicule sans permis, conduite en ayant fait usage de stupéfiants commis le 1er février 2017, et à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans par un arrêt du 11 juin 2019 de la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Bordeaux pour des faits de violence avec menace ou usage d'une arme sans incapacité, blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par agression d'un chien d'attaque, circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et rébellion, commis le 31 octobre 2016. Il ressort également du procès-verbal établi à la suite de sa convocation par les services de gendarmerie le 30 novembre 2020 qu'il a de nouveau été interpellé alors qu'il conduisait un véhicule terrestre à moteur en ayant fait usage de stupéfiants. Il résulte de l'ensemble de ces circonstances que M. A, qui persiste encore récemment, malgré les condamnations déjà prononcées à son encontre pour les mêmes faits, à conduire sous l'emprise de substances prohibées, représente un danger pour les usagers de la route qui circulent en même temps que lui et que la préfète de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

6. Il résulte de ce qui a été dit aux deux points précédents que le moyen tiré de ce que la préfète aurait méconnu les dispositions citées au point 3 en refusant de lui délivrer un titre de séjour doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En outre, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A ne contribue pas à l'entretien et à l'éducation de ses enfants de nationalité française, et que sa vie commune avec leur mère n'est pas davantage établie. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il ne dispose d'aucun autre lien personnel ou familial en France, alors qu'il n'établit en être dépourvu dans son pays d'origine, où il retourne régulièrement, et qu'il est déjà le père d'une enfant de nationalité roumaine à l'entretien et à l'éducation de laquelle il n'établit pas davantage contribuer. Il résulte enfin de ce qui a été dit au point 5 que la présence en France de M. A représente une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, eu égard notamment à l'objectif dans lequel cette décision de refus de séjour a été prise, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'arrêté du 23 février 2021 en tant qu'il porte refus de séjour, ainsi que les conclusions à fin d'injonction, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées sur ce fondement, ainsi que sur celui de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent par suite être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pouget, président,

M. Josserand, conseiller,

M. Frézet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2023.

Le rapporteur,

L. C Le président,

L. POUGET

La greffière,

M-A PRADAL

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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