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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2205730

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2205730

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2205730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS SEBAN NOUVELLE AQUITAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2022, la communauté de communes de Blaye, représentée par la SAS Seban Nouvelle-Aquitaine, avocat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre aux occupants sans droit ni titre de l'aire d'accueil permanente de gens du voyage située sur le territoire de la commune de Campugnan, en bordure de la route départementale 18, et en particulier à M. B C, M. D et M. A, de libérer le site avec l'ensemble des caravanes, véhicules et camions qui s'y trouvent, et ce, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, sous peine d'en être expulsés avec le concours de la force publique ;

2°) de l'autoriser, en cas de carence des occupants sans droit ni titre dans la remise en état des lieux, à faire procéder aux réparations nécessaires aux frais et risques de ces derniers ;

3°) de décider que l'ordonnance sera exécutoire dès qu'elle aura été rendue et, le cas échéant, qu'elle sera communiquée, assortie de la formule exécutoire, sur place aux parties, qui en accuseront réception ;

4°) de mettre à la charge solidaire des occupants sans droit ni titre la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes de Blaye soutient que :

- alors que l'aire d'accueil lui appartenant sur le territoire de la commune de Campugnan, de l'exploitation de laquelle la société SG2A était chargée, a été dévastée par un groupe de gens du voyage dans la nuit du 3 au 4 janvier 2022 et que cet équipement a été en conséquence fermé, un autre groupe s'y est installé irrégulièrement dans le courant de l'été ;

- la mesure sollicitée ressortit à la compétence de la juridiction administrative dès lors que le terrain en cause, qui est affecté au service public de l'accueil des gens du voyage, appartient à son domaine public, par application de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques ;

- la présence des occupants, qui refusent de libérer les lieux, empêchant tout projet de remise en état de l'aire, les conditions d'utilité et d'urgence sont satisfaites, et ce d'autant que l'occupation se traduit par des atteintes à la salubrité publique, à défaut d'installations sanitaires et d'alimentation en eau, ainsi que par un risque pour la sécurité publique du fait de branchements sauvages sur le compteur électrique ;

- enfin, la présence irrégulière sur l'aire d'accueil entraîne des troubles à l'ordre public, du fait de dépôts d'immondices et de détritus en tous genres le long de la route départementale ;

- les occupants ayant refusé de décliner leurs identités, l'absence d'identification ne saurait affecter la recevabilité de la présente action.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 novembre 2022, à 14h30, ont été entendues :

- le rapport de M. Bayle, juge des référés ;

- les observations de Me Gicquel, représentant la communauté de communes de Blaye, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de cette collectivité.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions qui lui permettent de prononcer éventuellement une astreinte, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

2. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Aux termes de l'article L. 2141-1 du même code : " Un bien d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1, qui n'est plus affecté à un service public ou à l'usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l'intervention de l'acte administratif constatant son déclassement ".

3. Il ressort d'un procès-verbal de constat établi le 18 octobre 2022 par commissaire de justice que le site aménagé aux fins d'aire d'accueil des gens du voyage situé par sur le territoire de la commune de Campugnan, au lieudit " La Comteau ", est occupé par un groupe de gens du voyage qui y stationne sans autorisation une vingtaine de caravanes et divers véhicules.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, comme il a été dit, le terrain en cause, qui appartient à la communauté de communes de Blaye, a été aménagé pour servir d'aire d'accueil des gens du voyage. Affecté ainsi au service public de l'accueil des gens du voyage, le terrain relève du domaine public de cet établissement public, alors même que, selon les informations communiquées, les installations ont été presque totalement détruites par des membres de la communauté des gens du voyage dans la nuit du 3 au 4 janvier 2022 et que l'aire est dorénavant inutilisable.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du constat du commissaire de justice, que les occupants de ce site se sont raccordés au réseau électrique par des branchements sauvages sur un tableau électrique toujours en place. Ces branchements alimentent les équipements des occupants par des réseaux de câbles qui courent à même le sol, sans aucune protection contre la pluie notamment. Il est par ailleurs établi que le site est dorénavant dépourvu d'installations sanitaires, de réseau de collecte et de système de traitement des eaux usées, ainsi que d'équipements de collecte des ordures. Par ailleurs, il ressort des éléments au dossier que les occupants ont transformé le terrain en déchetterie sauvage, entassant immondices et détritus, outre qu'ils y pratiquent le démontage d'appareils électroménagers et qu'ils y désossent même des véhicules sans aucune précaution, à l'évidence, contre le risque de détérioration les sols par l'abandon de matériaux ou la diffusion de liquides présentant un danger pour la santé humaine. En outre, ne disposant pas d'installations sanitaires du fait de leur destruction quasi-totale par leurs prédécesseurs, ils polluent les alentours par leurs déjections. Il suit de là que l'occupation du terrain génère un risque tant pour la sécurité publique que pour la salubrité publique. Enfin, il ressort du courrier électronique adressé à la juridiction par le maire de la commune de Campugnan le 8 novembre 2022 que, non seulement, les intéressés présents sur le site lors de la notification de la requête et de l'avis d'audience se sont montrés hostiles, mais qu'ils ont adopté un comportement menaçant à l'égard de l'autorité municipale. L'occupation génère donc un trouble à l'ordre public.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2121-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les biens du domaine public sont utilisés conformément à leur affectation à l'utilité publique. / Aucun droit d'aucune nature ne peut être consenti s'il fait obstacle au respect de cette affectation ". L'occupation du terrain dont s'agit a pour effet d'empêcher la rénovation de l'aire d'accueil et, par suite, d'utiliser le domaine public conformément à son affectation ; dès lors, elle porte atteinte au fonctionnement du service public de l'accueil des gens du voyage.

7. Il suit des points précédents que les conditions d'urgence et d'utilité exigées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont satisfaites.

8. Enfin, compte tenu de ce qui vient d'être dit, la mesure sollicitée ne peut se heurter à aucune contestation sérieuse.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. B C, à M. D, à M. A et aux autres occupants sans droit ni titre de l'aire d'accueil des gens du voyage située sur le territoire de la commune de Campugnan, en bordure de la route départementale 18, de quitter les lieux sans délai avec leurs biens et leurs déchets de toute nature, sous peine d'en être expulsés avec le concours de la force publique.

Sur les conclusions de la commune aux fins d'astreinte :

10. Le juge administratif, lorsqu'il fait droit à une demande tendant à la libération d'une dépendance du domaine public irrégulièrement occupée, enjoint à l'occupant de libérer les lieux sans délai, une telle injonction prenant effet à compter de la notification à la personne concernée de la décision du juge. Si l'injonction de libérer les lieux est assortie d'une astreinte, laquelle n'est alors pas régie par les dispositions du livre IX du code de justice administrative, l'astreinte court à compter de la date d'effet de l'injonction, sauf à ce que le juge diffère le point de départ de l'astreinte dans les conditions qu'il détermine. Lorsqu'il a prononcé une telle astreinte, il incombe au juge de procéder à sa liquidation, en cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive de l'injonction. Il peut toutefois modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution de la décision juridictionnelle.

11. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu d'assortir la mesure d'expulsion d'une astreinte, qui doit être fixée à un montant de 100 euros par jour de retard et par personne à compter d'un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions aux fins d'exécution immédiate :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'affaire, de décider que la présente ordonnance sera immédiatement exécutoire, en application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire de M. B C, de M. D, de M. A et des autres occupants sans droit ni titre de l'aire d'accueil des gens du voyage située sur le territoire de la commune de Campugnan, en bordure de la route départementale 18, une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il est enjoint à M. B C, à M. D, à M. A et à tout autre occupant sans droit ni titre de l'aire d'accueil des gens du voyage située sur le territoire de la commune de Campugnan, en bordure de la route départementale 18, de quitter les lieux sans délai avec leurs biens et leurs déchets de toute nature, sous peine d'en être expulsés avec le concours de la force publique, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard et par personne à compter d'un délai de vingt-quatre heures suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : M. B C, M. D, M. A et les autres occupants sans droit ni titre de l'aire d'accueil sont condamnés solidairement à verser une somme de 2 000 euros à la communauté de communes de Blaye en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté de communes de Blaye, à M. B C, à M. D, à M. A et à tout autre occupant sans droit ni titre de l'aire d'accueil visée à l'article 1er.

Copie sera adressée pour information à la préfète de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 25 novembre 2022.

Le juge des référés,

J-M. BAYLE La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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