vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2205933 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU-6 semaines |
| Avocat requérant | LANNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 novembre et 16 décembre 2022, M. B E, représenté par Me Pierre Lanne, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2022 par lequel la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant notification du jugement à intervenir, et dans l'attente, lui délivrer un récépissé ;
4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il souffre de problèmes de santé dont l'absence de prise en charge pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui ne peuvent être effectivement soignés en Géorgie ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle n'est pas justifiée et que son statut de demandeur d'asile caractérise une circonstance humanitaire y faisant obstacle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Par une décision du 22 novembre 2022, M. E a été admis à l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C D ;
- les observations de Me Lanne, avocat de M. E, qui reprend et précise ses écritures ;
- la préfète de la Gironde n'étant pas présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. M. B E, ressortissant géorgien né le 29 août 2002, déclare être entré en France le 26 septembre 2021, avec son père, M. A E. Le 6 octobre 2021, ils ont sollicité le bénéfice de l'asile. Leurs demandes d'asile, traitées en procédure accélérée, ont été rejetées par des décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 août 2022. Par un arrêté du 21 octobre 2022, la préfète de la Gironde a refusé de délivrer à M. B E le titre de séjour qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié ou l'octroi d'une protection subsidiaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays où il est légalement admissible et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Par une décision du 22 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bordeaux, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. E souffre notamment d'ostéochondrodysplasie, maladie osseuse compliquée de déformations douloureuses des membres inférieurs, secondaires à un rachitisme hypophosphatémique, à l'origine d'une perte d'autonomie, et pour lesquelles plusieurs chirurgies de correction ont été effectuées. Des radiographies réalisées en février 2022 ont montré une déminéralisation osseuse diffuse, un remodelage osseux et une suspicion de fracture diaphysaire fémorale gauche non consolidée et, en juin 2022, un diabète phosphaté responsable de l'ostéomalacie a été diagnostiqué à l'hôpital Pellegrin à Bordeaux. Selon les pièces médicales qu'il fournit, M. E a alors bénéficié, en France, d'une prise en charge multidisciplinaire ainsi que d'une supplémentation en vitamine D et en phosphore, avant l'initiation, en octobre 2022, d'un traitement mensuel spécifique par Burosumab, afin d'améliorer le gain de masse osseuse et envisager, le cas échéant, un nouveau geste de correction des déformations des membres inférieurs. Son état nécessite également une surveillance rapprochée de ses bilans sanguins, une kinésithérapie plusieurs fois par semaine et un bilan génétique a été initié. L'intéressé, qui se déplace en fauteuil roulant et est assisté de son père dans la vie quotidienne, soutient sans être contredit sur ce point, qu'en l'absence de traitement, il risque d'aggraver sa perte d'autonomie. Il résulte par ailleurs des pièces du dossier que le Burosumab est un médicament d'exception, bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché récente en France, et qui, selon les documents produits par le requérant, n'est pas disponible en Géorgie, de même que le phosphoneuros. Ainsi, en l'état du dossier, l'interruption des traitements suivis sur le territoire par M. E et dont il ne pourrait effectivement bénéficier dans son pays d'origine, doit être regardée comme de nature à avoir des conséquences exceptionnelles sur son état de santé. S'il n'est pas contesté que le requérant n'a pas fait valoir ces éléments médicaux auprès de la préfecture de la Gironde et n'avait pas encore, à la date de l'arrêté attaqué, déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision de l'OFPRA que la défense verse aux débats, que cette maladie handicapante et son état de santé ont motivé la demande d'asile de l'intéressé. Dans ces conditions, eu égard à la gravité de la pathologie de M. E et à la spécificité du traitement dont il bénéficie actuellement en France, le requérant est fondé à soutenir que la préfète de la Gironde a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 21 octobre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a obligé M. E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquences, les décisions du même jour fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions en injonction :
6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
7. L'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français implique un réexamen de la situation de M. E et l'octroi d'une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de la Gironde de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans cette attente, de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :
8. Le présent jugement prononçant l'annulation de la décision du 21 octobre 2022 par laquelle la préfète de la Gironde a obligé M. E à quitter le territoire français, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette mesure d'éloignement jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
9. Ainsi qu'il a été dit au point 2, M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lanne, avocat de M. E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lanne de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. E tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et à la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire.
Article 2 : Les décisions, contenues dans l'arrêté du 21 octobre 2022, par lesquelles la préfète de la Gironde a obligé M. E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulées.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer la situation de M. B E dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et, de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera à Me Lanne une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lanne renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à la préfète de la Gironde et à Me Lanne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
La magistrate désignée,
A. D
La greffière,
H. Malo
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026