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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2206058

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2206058

jeudi 4 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2206058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CAPORALE MAILLOT BLATT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2022, un mémoire enregistré le 13 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 23 février 2023, Mme C D et M. B A, représentés par Me Faivre-Vilotte, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'enjoindre à la commune de Puymirol, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de prendre toutes les mesures conservatoires nécessaires à la mise en sécurité de leur propriété sise 26, rue des Amours à Puymirol, notamment de réparer les désordres affectant le rempart situé en contrebas de cette propriété en adoptant les solutions proposées par la société CROBAM, et ce, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Puymirol la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D et M. A soutiennent que :

- les pièces produites par la commune doivent être écartées, par application de l'article R. 414-5 du code de justice administrative, faute de porter un intitulé commençant par un numéro d'ordre ;

- les parcelles cadastrées n° 349 et 354 sur lesquelles est bâtie leur maison d'habitation surplombent des remparts, propriété de la commune ;

- après que, le 12 février 2021, une partie des remparts s'est effondrée, au sud, plusieurs tonnes de cet ouvrage se sont désolidarisés au-dessous de leur propriété, le 17 mai 2021, leur causant des dégâts tels que leur piscine et leur maison d'habitation menacent de basculer dans le vide ;

- si des travaux ont été entrepris pour reconstruire le rempart et le mettre en sécurité au cours du deuxième semestre de l'année 2021, dans le cadre d'un marché public confié à la société par actions simplifiée (SAS) CROBAM, aucune mesure n'a été prise au droit de leur propriété qui présente un risque d'effondrement comme le commissaire de justice diligenté l'a relevé par procès-verbal du 30 novembre 2011 ;

- les demandes d'intervention qu'ils ont adressées au maire sont restées sans réponse ;

- à la suite d'un courrier électronique du maire en date du 2 février 2022, ils ont fait connaître leur accord, par courrier du 4 février 2022, pour la réalisation des travaux au droit de leur propriété ;

- depuis la fin du mois d'octobre 2022, les désordres sur leur propriété s'aggravent, ainsi qu'il ressort du procès-verbal de constat dressé par le commissaire de justice le 10 novembre 2022 ;

- compte tenu des risques pour les biens mais surtout pour les personnes, la condition d'urgence est satisfaite ;

- alors que la commune a fait procéder à la reconstruction des remparts de part et d'autre de la partie au-dessous de leur propriété, aux fins de les sécuriser, l'utilité de la mesure n'est pas contestable ;

- en application des articles L. 2212-1 et suivants du code général des collectivités territoriales, il appartient au maire d'assurer la sécurité publique et à la commune de financer les travaux nécessaires, que la société CROBAM a définis ;

- la mesure ne se heurte à aucune constatation sérieuse dès lors qu'il s'agit de prévenir un péril grave ;

- seules les eaux de ruissellement de la terrasse de la piscine étant évacuées côté rempart, ils n'ont aucune responsabilité dans la fragilisation de cet ouvrage, laquelle résulte d'un défaut d'entretien et des événements de forte pluie ;

- ils n'ont commis aucune infraction au code de l'urbanisme et n'ont réalisé aucune construction susceptible d'avoir endommagé le rempart.

Par mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022 et un mémoire enregistré le 17 décembre 2022, la commune de Puymirol conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'il soit enjoint à Mme D et M. A, d'une part, de régulariser la construction du garage sur la parcelle section AB n° 351 et la création de la piscine, de la plage autour de cet ouvrage et de la terrasse sur la parcelle cadastrée section AB n° 354, d'autre part, de procéder à la démolition du mur arche entre la salle de séjour de l'habitation et le rempart, enfin, de présenter à l'autorité municipale un plan technique d'évacuation de toutes les eaux de toiture de leurs constructions et des eaux de ruissellement sur leurs parcelles ainsi qu'un plan technique du réseau d'évacuation du trop-plein et de la vidange de leur piscine, annexés aux demandes d'autorisation d'urbanisme, sous astreinte, pour chaque demande de régularisation, de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) à la mise à la charge de Mme D et M. A de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Puymirol fait valoir que :

- elle a régularisé le défaut de numérotation des pièces jointes à ses écrits ;

- les parcelles des requérants n'ont pas été affectées par l'effondrement d'une partie des remparts sud qui s'est produit le 12 février 2021 ;

- alors que les travaux de restauration de la partie en cause étaient cours, depuis le mois d'avril, un rocher à la base de la partie du rempart au droit de la terrasse et de la piscine des requérants, correspondant à la parcelle cadastrée section AB n° 354, s'est détaché, n'occasionnant toutefois ni chute de moellons, ni effondrement partiel du rempart, ni davantage de désordres aux immeubles de ces derniers ;

- la chute a révélé une érosion en profondeur du rempart, par deux crevasses longitudinales dues à des écoulements d'eau à l'aplomb de la parcelle cadastrée section AB n° 354 où a été construite la piscine des requérants ;

- le 19 mai 2021, ont été constatées sur le muret des requérants, aux endroits où sont fixées les canalisations d'évacuation d'eau de la propriété privée, deux fissures qui ne présentaient pas de danger pour les occupants, même si elles s'étaient aggravées le 31 mai ;

- la première expertise contradictoire n'a pu intervenir que le 22 novembre 2021, soit plus de six mois après l'événement, du fait de la carence de l'assureur des requérants ;

- le danger qu'ils invoquent résulte aussi de l'absence de muret sur leurs parcelles cadastrées section AB n° 349, 350 et 351 pour un linéaire de douze mètres environ, muret dont la construction sera prise en charge par la collectivité comme la restauration totale du rempart à l'aplomb des parcelles précitées notamment ;

- les requérants ont reconnu que les eaux pluviales de leurs immeubles coté rempart ainsi que du garage, au demeurant construit sans autorisation, sont évacuées par le rempart, en plus des eaux d'infiltration ;

- ces derniers avaient installé une réserve d'eaux pluviales d'un mètre cube à l'aplomb des remparts, dont le trop plein se déversait dans le rempart ;

- à la suite d'une deuxième expertise contradictoire en date du 22 mars 2022, il été établi un projet de protocole d'accord qui n'a pu aboutir ;

- eu égard à l'absence de danger réel pour les occupants, au regard tant de certains de leurs écrits, du comportement de leur assureur et de celui de l'expert que ce dernier avait mandaté, que des mesures prises par le maire, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'est pas remplie ;

- les mesures sollicitées ne présentent pas un caractère d'utilité dès lors que le risque d'effondrement n'existe pas ;

- aucune décision administrative n'est en cause, l'absence de réalisation des travaux de restauration du rempart résultant du comportement des requérants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bayle, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la recevabilité des pièces produites en défense :

1. Mme D et M. A soutiennent que les pièces produites par la commune de Puymirol à l'appui de son mémoire enregistré le 6 décembre 2022 doivent être écartées par application de l'article R. 414-5 du code de justice administrative, faute de comporter un numéro d'ordre affecté par l'inventaire détaillé. Mais il résulte de l'instruction que, par mémoire enregistré le 17 décembre 2022, la commune a régularisé ce vice. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par les requérants doit être écartée.

Sur les conclusions de Mme D et de M. A :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En particulier, le juge des référés peut, pour prévenir ou faire cesser un dommage imputable à des travaux publics ou à un ouvrage public, enjoindre au responsable du dommage de prendre des mesures conservatoires destinées à faire échec ou mettre un terme à des dangers immédiats, en l'absence de contestation sérieuse tant sur l'imputabilité du dommage à ces travaux publics ou à l'ouvrage public que sur la faute que commet la personne publique en s'abstenant, hors de toute justification par un motif d'intérêt général ou par les droits des tiers, de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets.

3. Il est constant que Mme D et M. A sont propriétaires, sur le territoire de la commune de Puymirol, d'une unité foncière constituées des parcelles cadastrées section AB n° 349 à 354, située en contre haut des remparts anciens de la ville et sur laquelle, au nord, ont été construits une habitation, un bâtiment à usage d'ateliers et des annexes le long de la rue des Amours, au sud-est, a été aménagé un jardin et au sud-ouest, ont été créés une piscine, une terrasse et un local technique enterré. Il est établi que le 17 mai 2021, un bloc rocheux volumineux s'est détaché des remparts sur la partie ouest de la propriété, au droit de la parcelle cadastrée section AB n° 354, au niveau de la piscine et de la terrasse, emportant une partie du garde-corps, côté sud de la piscine, une déformation des plages et des margelles de cet ouvrage et la déstabilisation, coté rempart, d'un mur séparant la terrasse du jardin. Si, le rapport d'expertise établi le 15 octobre 2021 à la demande de l'assureur de Mme D et M. A conclut que le rempart, propriété de la commune de Puymirol, a été fragilisé par le développement de la végétation, du fait d'un défaut d'entretien, il ressort de ce document que cette altération résulte également des apports d'eau anthropiques qui sont issus des évacuations de la propriété des requérants. En particulier, selon le rapport d'une expertise réalisée le 15 février 2022, les eaux de pluie de la terrasse et les eaux de la piscine, notamment de la vidange, se déversent dans le rempart. En outre, il a été dûment observé par un commissaire de justice, lors de ses constatations en date du 22 novembre 2021, que l'eau d'un évier d'une des cuisines se déversait également dans le rempart. Si cette constatation est démentie par le " schéma de principe des réseaux d'eaux usées et d'eaux vannes de l'habitation " figurant dans le rapport du 15 février 2022, ce document a été rédigé au regard de constatations effectuées trois mois plus tard. Il suit de ce qui précède que la mise en cause de la responsabilité de la commune de Puymirol dans la détérioration du rempart au droit de la parcelle cadastrée section AB n° 354 se heurte à une contestation sérieuse.

4. Par ailleurs, il n'est pas établi que la maison d'habitation de Mme D et M. A, qui n'est nullement " suspendue dans le vide " contrairement à ce qu'ils ont pu prétendre, ce bâtiment étant situé nettement en retrait de l'aplomb du rempart, soit dans un état qui rendrait dangereuse son utilisation. Les intéressés invoquent certes une fissuration de cet immeuble. Mais le rapport d'expertise rendu le 15 octobre 2021 précise que la fissure " joint " à l'angle sud-est du salon et la fissure verticale dans cette même pièce paraissent, comme au demeurant la fissure " joint " au niveau de la terrasse couverte en limite de propriété ouest, comme anciennes, leur origine ne pouvant être par suite imputée à l'éboulement du bloc rocheux.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D et M. A tendant à l'application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées

Sur les conclusions reconventionnelles de la commune de Puymirol :

6. Il n'appartient pas au juge administratif de mettre en demeure, en lieu et place de l'autorité compétente en vertu des articles L. 422-1 à L. 422-3-1 du code de l'urbanisme, une personne privée auteur de travaux entrepris ou exécutés en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du livre IV de ce code, sur le fondement de l'article L. 481-1 dudit code, de solliciter la régularisation les travaux en cause. Dès lors, les conclusions de la commune de Puymirol aux fins d'injonction à Mme D et M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Puymirol, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme D et M. A demandent le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu de mettre à la charge conjointe de Mme D et de M. A le versement de la somme de 2 000 euros à la commune de Puymirol sur ce fondement.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2206058 de Mme D et de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Puymirol aux fins d'injonction sont rejetées.

Article 3 : Mme D et M. A verseront conjointement la somme de 2 000 euros à la commune de Puymirol en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C D, à M. B A et à la commune de Puymirol.

Fait à Bordeaux, le 4 mai 2023.

Le juge des référés,

J-M. Bayle

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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